• [Critique] Latium, Tome 2

    [Critique] Latium, Tome 2
    Grand Prix de l'Imaginaire 2017 catégorie Roman francophone

    >> Critique de Latium, Tome 1

     Coup de génie ou pétard mouillé ? C'était un peu la question qui restait en suspens après la lecture du premier tome de Latium, la pari éditorial de la collection Lunes D'encre de la fin de l'année 2016 (et qui lui réussi d'ailleurs très bien jusqu'ici). Romain Lucazeau avait peut-être livré un excellent space-opéra bourré de réflexions philosophiques et métaphysiques passionnantes, il se devait encore de mener à bien son épopée et de concrétiser toutes les promesses de son ambitieuse entreprise. C'est pourquoi l'on est d'autant plus exigeant lorsque l'on aborde ce second volume où les pièces du puzzle s'assemblent et où Lucazeau relie les fils de son intrigue pour un final qu'on espère à la hauteur.

    Othon est furieux. Après la bataille spatiale qui vient d'avoir lieu entre sa Nef et la flotte barbare, il sait désormais qu'un des prince de l'Urbs a trahi le Latium. C'est pourtant l'occasion rêvée pour lui de retourner auprès des autres IAs en vainqueur tel César rentrant victorieux de la guerre des Gaules. Pour Plautine, Rutilus et Atticus, les choses ne sont pas si claires. Ils craignent en effet qu'un piège ne soit tendu à leur maître et que l'Urbs ne soit leur dernier voyage. Depuis que les hommes-chiens d'Eurybiadès et Photis ont découvert les secrets de leurs origines et qu'ils ont décidé de ne plus suivre aveuglément les commandements d'Othon, Transitoria se trouve dénué de son maître-atout. Il faut pourtant faire vite car les Barbares arrivent et ne laisseront rien de l'espace épanthropique derrière eux. Reste un mystère que tous devront découvrir : le dernier Homme existe-t-il et l'Hécatombe fut-elle préméditée ?

    Nous ne reviendrons pas sur le génie de bâtisseur d'univers de Romain Lucazeau sauf pour dire que pour ce second tome, le français nous gratifie d'un passage somptueux dans la cité de L'Urbs, décalque futuriste d'une Rome fantasmée. Par la suite, l'écrivain nous trimbale dans l'univers, de Mars à Europe, tout en s'interrogeant sur le sens de l'existence. Plus encore que le premier volume, le second tome s'intéresse à la signification de la vie. Il faut voir l'autre création "Moreau-esque" de Lucazeau pour comprendre à quel point celui-ci ouvre le débat sur la création de la vie et où s'arrête justement le pouvoir créateur. Il est à ce stade assez intéressant de considérer l'opinion très pessimiste de Romain quand à la race humaine. L'espèce découverte par le Transitoria s'opposant presque point par point à celle des hommes-chiens, la première étant issue de l'intellect de machines (Othon et Atticus en l’occurrence) la seconde des hommes. Il semblerait que ces derniers n'aient eu que faire de l'enfer auxquels ils condamnaient des êtres pourtant doués d'intelligence. Toute ressemblance avec la réalité n'étant que purement fortuite, évidemment.

    Comme pour le premier tome, Lucazeau continue à s'intéresser à la capacité des machines de se rapprocher de l'être humain. Ce fil rouge sur le transhumanisme (en quelque sorte) et sur la frontière entre homme/IA permet de se rendre compte qu'arrivé à un certain niveau de complexité, la machine peut être aussi touchante que l'humain. Les frontières se brouillent. Il en va de même avec les hommes-chiens, toujours aussi formidablement intégrés à l'histoire, et dont on oublie rapidement l'apparence certainement repoussante pour ne plus voir que l'humanité qui en ressort. Cette volonté d'effacer la trace de l'homme au profit d'espèces génétiquement modifiés ou de machines pensantes donne une saveur particulière à l'épopée de Latium. De même, on plonge à nouveau (et de manière plus intense) dans le rapport à Dieu. Conscient de la fausseté de leurs croyances, les hommes-chiens reprennent le pouvoir sur leur existence...ou presque. Ils ne sont pourtant qu'un écho de la solitude ressentie par des IAs perdues sans la présence de l'homme. La conclusion, logique, prend alors tout son sens : un Dieu cruel se doit d'être abattu, cela par tous les moyens possibles. Mais peut-on se débarrasser de la force divine pour autant ? Il semblerait qu'un Dieu en remplace toujours un autre.

    Toujours très cohérent avec son univers et son inspiration principale, Romain Lucazeau ne pouvait que conclure par un Deus Ex Machina qui en décevra certains mais qui, à l'évidence, ne fait que prolonger l'expérience théâtrale voulue par Latium dès ses premières lignes. Il faut souligner le talent déployé par le français pour ne jamais perdre son univers et son ton singulier de bout en bout. Ce qui n'est pas forcément sans revers puisque, soyons clair, si vous n'avez pas goûté le contenu du premier volume, il ne vous sert strictement à rien de lire le second. En définitive, ce roman de 900 pages scindé en deux se révèle non seulement sacrément stimulant intellectuellement mais aussi un superbe et passionnant space-opera qui livre également dans ce second tome quelques scènes épiques en diable (la bataille de Mars, la résistance sur la Tour...). Décidément, Romain n'a rien négligé dans son entreprise pharaonique.

    Vous l'aurez compris, avec ce second tome de 500 pages, le diptyque Latium achève de convaincre du bien-fondé de la confiance accordée par Gilles Dumay et Lunes D'encre pour sa publication. Space-opera élégant et passionnant, Latium n'en oublie jamais d'entretenir l'intellect et l’émerveillement devant l'immensité de son univers. Romain Lucazeau vient d'entrer dans le petit monde de l'imaginaire par la grande porte. On lui souhaite le meilleur pour la suite !
    Alea Jacta Est.

    Note : 9/10

     

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