• [Critique] Le chant de la mer

    [Critique] Le chant de la mer

     

    Nommé Catégorie Meilleur Film d'animation Oscars 2015
    Nommé César Meilleur film d'animation 2015

     

    En deux films, Le britannique Tomm Moore s'est payé le luxe de voir nommés ses deux métrages d'animations aux Oscars. Le franc succès critique de Brendan et le secret de Kells a permis à Moore de retenter l'aventure avec Le chant de la mer, un autre récit inspiré par des légendes irlandaises. Refusant la 3D habituelle qui a envahi les grands écrans, il nous emmène dans un univers en 2D plein de magie et de poésie que n'aurait pas renié un Miyazaki. Même si Le chant de la mer est reparti bredouille de Los Angeles (rappelons que c'est Big Hero 6 qui a remporté l'Oscar de façon tout à fait injustifiée), l'oeuvre de Tomm Moore mérite un bon coup de projecteur tant elle réjouit petits et grands. Plus qu'une fable écologique, elle renoue avec le récit initiatique plein de mystères, tout en n'oubliant pas d’entremêler les niveaux de lectures. 

    Le petit Ben vit au sommet d'une minuscule île, dans le phare de son père. Avec sa sœur, Maïna, il passe le temps en rêvant aux mondes magiques contés jadis par sa mère Bruna. Celle-ci a mystérieusement disparu lors de la naissance de sa petite soeur, un lointain et douloureux souvenir que le jeune Ben a encore du mal à évoquer. L'anniversaire de Maïna et l'arrivée de sa grand-mère vont bouleverser l'existence de la petite famille. Obligés de partir à la ville, les deux enfants vont entreprendre un voyage aussi périlleux que fascinant pour retrouver leur phare. Pour sauver sa sœur d'une terrible malédiction, Ben va affronter tous les périls.

    Petite surprise au goût acidulé, Le chant de la mer prouve, s'il en était encore besoin, que la 2D traditionnelle est loin d'être morte. De la première à la dernière seconde, le métrage ravit les yeux et réchauffe les cœurs. Grace à un parti-pris artistique simple mais génial - l'arrière-plan est statique, avec un aspect crayonné qui flatte la rétine -, Le chant de la mer se démarque de la concurrence et renvoie, justement, aux films du studio Ghibli. Un sacré compliment. D'ailleurs, il ne partage pas que l'aspect esthétique à l'ancienne de l'école Miyazaki. On retrouve dans Le chant de la mer une volonté de présenter une fable écologique, plus raffinée qu'il peut y paraître de prime abord. De quelques phoques émergeant timidement des vagues à l'aspect merveilleux de la campagne, en passant par la froideur d'une ville devenue bien terne, le long-métrage de Moore se fait chantre d'un certain mode de vie et d'une certaine perception de l'harmonie homme-nature.

    Pour nous montrer cet aspect, le britannique plonge dans les profondeurs des mythes irlandais. Grâce à une subtilité de conteur surprenante, Moore prend ses spectateurs par la main à la rencontre de trolls, de hiboux maléfiques, de sorcières recluses - dans le plus pur style Miyazaki, encore - et bien sûr de selkies. En reprenant à son compte le mythe de l'être mi-femme mi-phoque, Le chant de la mer nous fait vivre quelques instants de pure poésie, sans parole et bercés par la douce musique du long-métrage. Une musique aux accents celtiques forcément. L'ensemble donne une ambiance délicieuse au film, presque hors du temps. On suit les aventures de Ben et Maïna avec un immense plaisir, oubliant la quête initiatique assez simple des deux enfants pour trouver des trésors d'intelligence dans les non-dits du film.

    Tomm Moore fait peut-être un film pour enfants, mais il oublie ce défaut à l'occidental bien étrange qu'est celui de prendre les enfants pour des idiots. Il propose non seulement une quête trépidante pour les plus jeunes dans son premier niveau de lecture, mais également une histoire en miroir entre l'univers mythique rencontré par les deux héros et le deuil de toute une famille. Les correspondances permettent de comprendre avec intelligence le cheminement intérieur à la fois des enfants mais aussi du père pétrifié, tel un géant de l'ancien monde. C'est ce refus de bâtir une banale aventure au profit de quelque chose de plus profond qui surprend... dans le bon sens du terme. Le chant de la mer joue sur plusieurs registres, évite le manichéisme et finit par ravir petits et grands.

    Ils sont rares ces dessins animés capables de nous charmer par leur ambiance, leur univers et leur intelligence, tout en ébauchant des héros attachants. Le Chant de la Mer marche sur les traces d'une certaine école japonaise, et ravira tous les fans du monde celtique.
    Une petite pépite à découvrir, qu'on ait 7 ou 77 ans.

    Note : 8.5/10 

     

     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 9 Mai 2015 à 20:36

    J'avais A-D-O-R-E ! C'est vrai qu'on deux films,  Moore c'est hissé au niveau des plus grands ! Le gros coups de coeur de l'année passée !

    Hâte de découvrir son prochain film....

    2
    Samedi 9 Mai 2015 à 20:43

    Personnellement, j'ai découvert Moore avec celui-ci, mais je vais me procurer au plus vite le secret de Kells !

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