• [Critique] Le Hobbit : La bataille des cinq armées

    [Critique] Le Hobbit : La bataille des cinq armées


    Après La désolation de Smaug, un second volet en demi-teinte, Peter Jackson achève sa trilogie consacrée à Bilbo le hobbit. Autant dire qu'après le ventre mou du deuxième opus, toutes les craintes étaient permises pour ce final. L'idée de base, adapter un livre de 200 pages en 3 films de 2h30, était franchement une des plus mauvaises de la décennie (oui, il y a pire, comme adapter Twilight ou Hunger Games). Comment garder un souffle épique et une histoire captivante sur une durée aussi étirée ? Si le tout premier film était encore très bon et renouait avec la magie de son illustre aîné, force est de reconnaître qu'au moment de la sortie de la bataille des cinq armées, les choses sont beaucoup plus compliquées. En y ajoutant le fait qu'une grande partie du film s'emploie à recycler les appendices du roman... bref, l'appréhension gagne le plus fervent fan du travail du néo-zélandais. Les craintes sont-elles fondées ?


    Smaug a été réveillé. La compagnie des nains menée par Thorin Ecu-De-Chêne a réussi à échapper au dragon... pour mieux le jeter sur Lacville. Alors que Bard s'apprête à défendre sa ville, Bilbo et les nains assistent impuissants au désastre. Au-delà de l'apocalypse déchaînée par le dragon, la Terre du Milieu bruisse de l'extraordinaire nouvelle : Smaug n'est plus dans la montagne solitaire. Les elfes, les nains, les orcs et les hommes se préparent tous à fondre sur le trésor inestimable enfoui sous la roche. Pris au piège entre les cinq armées, comment un cambrioleur hobbit peut-il espérer changer le destin de ses amis et de son monde ? La fureur de la guerre approche et les nains fourbissent leurs armes, la lutte promet d'être âpre.

    On ne le cachait pas en introduction, l'idée d'adapter en 3 volets le livre du Hobbit était une idée désastreuse dès le départ. La raison en est simple : il n'y a pas assez de matériel pour ça. Une chose que l'on sentait énormément dans un bon tiers du second volet. C'est donc tout à fait logique que, pour ce dernier opus, cette espèce d'étirement ad nauseam finisse par tout détruire. Voilà, le mot est lâché. La bataille des cinq armées constitue une des plus grandes déceptions des dernières années, et pire, un film médiocre. Que l'on puisse être déçu par le métrage, c'est une chose, mais que celui-ci se révèle être proche du ratage total, c'en est une autre. Expliquons à présent pourquoi.
    D'abord pour le choix totalement putassier de la coupure du second film juste avant l'attaque de Lacville par Smaug. La résolution de cet arc tant attendu tient en réalité... sur dix minutes. Avant d'enchaîner sur la question centrale du récit : qui va avoir le trésor ? Et là, on sent d'emblée que Jackson n'a plus rien à dire - ou presque - sur les 2h30 qu'il lui reste. On passe par les conséquences sur les hommes survivants de Lacville de façon totalement artificielle, on ergote sur la position délicate des nains... et on en profite pour revenir vite fait sur Sauron et Gandalf... parce qu'on n'a pas grand chose d'autre à dire et qu'en fait, on ne sait pas trop comment en reparler. Cette séquence synthétise presque intégralement le film. On est touché d'un côté par la nostalgie de revoir les "anciens" mais de l'autre, les effets spéciaux sont tellement omniprésents et voyants, le dramatisme tellement appuyé et les choses tellement mal emboîtées qu'il ne reste rien pour nous réjouir véritablement. Entre les parodies de spectres (d'un kitsch hallucinant) et le surjeu de Blanchett en Galadriel (pourquoi elle reste à terre mais pourquoi ?), sans même évoquer les sempiternels "ses forces l'abandonnent" pour faire plus dramatique... Non, c'est à pleurer.


    Le reste du métrage se révèle tout à fait semblable. Jackson étire de façon éhontée son récit et brode, brode, et brode encore. On en finit plus avec les préparatifs pour la bataille, puis celle-ci arrive et on nous offre une overdose de baston. Le pire là-dedans, c'est que même si le design des créatures et leur diversité offrent un festival d'idées conceptuelles aux spectateurs, il ne reste rien du tout de la mise en scène épique en diable du Seigneur des Anneaux. Cette fameuse bataille des cinq armées n’est jamais crédible, le rapport des forces totalement aberrant, la stratégie envolée et il suffit d'une dizaine de nains pour retourner la situation alors que, deux secondes auparavant, les gentils se battaient à 10 contre 1. C'est franchement pas 10 nains qui vont tout bouleverser. Où sont les grandioses séquences du Gouffre de Helm, la charge héroïque du Pelennor ou le dernier carré de la Porte Noire ? Plus le récit avance, plus il se noie dans sa volonté de surenchérir à tout prix pour faire oublier son absence de consistance scénaristique. Jackson se heurte au néant de ce qu'il raconte. Et le spectateur s'emmerde, littéralement. On filme une ou deux scènes avec Legolas en mode super-héros, ridiculisant un peu davantage le personnage devenu un simple "fils rebelle". On ajoute aussi un side-kick à la débilité crade en la personne de Alfrid... chaque séquence sur ce personnage accentue l'embarras du spectateur... Et puis, on prolonge la ridicule histoire d'amour du film qui s'achève dans un océan de niaiseries.

    Mais pire que tout, Jackson achève sa transformation initiée dans la Désolation de Smaug en obsédé de la synthèse. Tout, ou presque, est filmé sur fond bleu, avec des monstres et des environnements en synthèse. Non seulement c'est souvent mal incrusté mais surtout, c'est juste étouffant. Certains plans sont une vraie bouillie de photoshop et d'effets spéciaux clinquants, c'est abominable. Où sont les costumes du Seigneur des Anneaux et sa volonté de rester au moins pour moitié en éléments réels ? Oubliées les maquettes à échelle du Gouffre de Helm, oubliés les costumes d'Uruk-Haïs, bienvenue dans l'ère pathétique du tout artificiel. La beauté des décors de Nouvelle-Zélande ne se retrouve que vers la toute fin et le retour de Bilbo chez lui. C'est d'un triste... d'autant plus triste que la conclusion du film retrouve en un sens la beauté et le charme de la trilogie du SDA. Une petite note déchirante de nostalgie qui rappelle à quel point il y a plus de 10 ans aujourd'hui, Peter Jackson était doué. Après le spectacle auquel on a assisté, on reste hébété. On cherche les quelques bonnes choses à retenir. L'armée des nains, bien classe. Quelques tête-à-tête entre Thorin et Bilbo, ou Bilbo et l'un des nains, séquences qui renouent avec la justesse d'antan. Et puis une dernière chose...

    Bilbo lui-même. Martin Freeman mérite bien mieux que ce que l'on a fait de son personnage. Rendez-vous compte, pour un métrage qui s'intitule Le Hobbit, Bilbo est relayé en arrière-plan dans un rôle de personnage secondaire. Si Thorin bouffe l'écran, il ne retrouve un tant soit peu de majesté que lors de sa séquence finale, bien plus touchante que tout le reste. Mais revenons à Bilbo qui demeure, malgré tout, une pure réussite et cela grâce à Freeman qui incarne à la perfection le cambrioleur le plus célèbre de la Comté. Ses mimiques, ses tics et simplement son attitude générale, tout concourt à faire de lui la meilleure incarnation des petits habitants aux pieds velus. L'immense injustice, c'est qu'il restera éclipsé par Frodon dans les années à venir, non pas parce qu'il manque de talent, mais simplement parce qu'il a le malheur de jouer dans une trilogie qui s'épuise dès le second volet. Il était donc plus que nécessaire de rendre honneur à l'interprétation magistrale de l'anglais. Les autres acteurs ne sont pas forcément mauvais, soyons bons joueurs, mais jamais on ne retrouve l'éclat des personnages flamboyants du Seigneur des Anneaux. Au fond, on a l'impression de se retrouver face à un blockbuster lambda où l'action sert de prétexte pour faire payer le spectateur, encore une fois. Une dernière fois, espérons-le.

    Immense, monumentale déception que ce dernier volet du Hobbit. On en ressort en colère contre ce qu'a fait Jackson de sa mémorable trilogie originelle. Mais aussi triste. Triste de voir qu'un réalisateur qui avait une voix si particulière s'est laissé entièrement bouffer par le système. Noyé par ses effets spéciaux, anémique sur le plan scénaristique et même ridicule à plusieurs reprises, La bataille des cinq armées rappelle une autre magistrale déception. Peter Jackson a rejoint son illustre prédécesseur, George Lucas. RIP.

    Note : 2/10

    Meilleure scène : le retour dans la Comté


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