• [Critique] Le Nexus du docteur Erdmann

    [Critique] Le Nexus du docteur Edrmann
    Prix Hugo 2009 Catégorie Novella

    Second titre de la toute nouvelle collection du Bélial, Le Nexus du docteur Erdmann a la lourde responsabilité d'incarner le fer de lance d'Une Heure-Lumière aux côtés de l'excellent Dragon de Thomas Day. On ne reviendra pas sur les spécificités de cette collection (les curieux se reporteront à la précédente critique) pour se concentrer sur ce deuxième titre. Couronné par le prestigieux prix Hugo en 2009, Le Nexus du docteur Erdmann n'est autre qu'une novella de l'américaine Nancy Kress, auteure des Hommes Dénaturés ou d'Après la chute (Critiqué ici). Faux-récit science-fictif où l'humanité et l'humour de l'américaine se taillent la part du lion, l'ouvrage constitue une toute autre approche du genre. 

    Quelque part entre Cocoon et Bubba Ho-Tep pour ce qui est de l'âge moyen des personnages (et leur participation active à l'intrigue), Le Nexus du docteur Erdmann ne parle ni de tourisme sexuel ni de Thaïlande mais bien des affres de la vieillesse dans une maison de retraite américaine. Nancy Kress nous présente une galerie de vieillards aux personnalités bien trempées, à commencer par le fameux Dr Henry Erdmann, ancien physicien ayant participé à l'Opération Ivy et qui a côtoyé nombre de sommités scientifiques de l'époque, ou Evelyn Krenchnoted, une commère de première catégorie qui n'a rien perdu de sa curiosité en vieillissant. Erdmann n'a d'ailleurs que faire d'Evelyn, Erin ou des autres, tant ceux-ci lui semblent pathétiques et ridicules. Il préfère enseigner à des étudiants qui, bien que médiocres, comprennent au moins sa passion première : la physique. Sauf qu'un beau jour, Henry est victime de ce qu'il semble être une attaque devant les yeux de son aide-soignante, la superbe Carrie. Bien vite, il s'aperçoit qu'il n'a pas été le seul dans ce cas et qu'une grande partie des résidents a vécu des faits similaires. Nul doute que quelque chose se trame dans l'univers. Ça tombe bien puisque l'auteure américaine va nous expliquer pourquoi ces pauvres vieillards subissent d'étranges épisodes d'absences et de douleurs. 

    Ce qui surprend en premier lieu dans ce texte de quelques 136 pages, c'est à la fois le ton très humoristique adopté par Nancy Kress mais aussi que la science-fiction reste en arrière-plan. En effet, avant toute chose, Le Nexus du docteur Erdmann est un roman drôle qui porte un regard à la fois tendre et dur sur la vieillesse. Ne tombant pas dans le piège de montrer des vieillards insipides et se ressemblant tous, l'américaine arrive à représenter le troisième âge avec tout le respect qu'il mérite mais également toute la nuance qu'il suppose. Aucun personnage ici n'est vraiment parfait, que ce soit le prétentieux Dr Erdmann ou l'illuminée d'Erin Bass en passant par le balourd de Bob Donovan. Rapidement, et de façon surprenante, on éprouve de la sympathie pour ces vieux enfermés dans des corps qui ne suivent plus. C'est là aussi tout le propos et le charme de ce volume, celui de décrire par le menu la mélancolie de la vieillesse et comment chacun aura une façon différente de la vivre selon son passé. 

    L'humanité de Nancy Kress fait des merveilles et l'on suit avec bonheur les folles tergiversations des pensionnaires, à peine perturbés par l'irruption d'un beau docteur en neurosciences ou d'une aide-soignante touchante mais un peu limitée. Avec sobriété et humour, Kress rend honneur au troisième âge, en fait plus que des figures passives. Elle les met sur le devant de la scène et les positionne au coeur d'une intrigue cosmique longtemps floue mais d'une grande simplicité à l'arrivée. La chose la plus surprenante pourtant reste que la science-fiction semble, malgré tout, jouer un rôle secondaire dans cette histoire de corps flétris et d'esprits affûtés. Dans Le Nexus du Docteur Erdmann, il est question de vaisseau, de conscience collective et de transcendance. Autant d'éléments qui donnent du piquant à l'intrigue et permettent à Nancy Kress d'imaginer une histoire autour de la responsabilité et de l'individualité. Que cela soit voulu ou non, ce ne sera pas le versant science-fictif que l'on retiendra le plus de la novella, mais bien son cœur humain, vieillissant mais toujours bondissant.
    Difficile pourtant de justifier son prix Hugo, une récompense un poil excessive !

    S'il reste certainement moins accrocheur au premier abord que Dragon, Le Nexus du docteur Erdmann a un côté profondément humain qui permet à Nancy Kress d'envisager une intrigue science-fictive sous l'angle peu commun de la vieillesse. Attachant et intelligent, le texte se lit sans déplaisir aucun et nous entraîne à la fois dans un questionnement sur notre place dans l'univers mais aussi sur notre futur à tous, celui de l'âge. 

    Note : 7/10

    CITRIQ

     

    [Critique] Dragon

     

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  • Commentaires

    1
    Lundi 18 Janvier 2016 à 17:07

    100% d'accord avec cette critique, c'est vrai qu'auréolé du prix Hugo, j'attendais un peu plus de ce livre.

    2
    Jeudi 21 Janvier 2016 à 08:30
    L'ours inculte

    Je te rejoins aussi, le côté SF (un peu maladroit) n'est pas le point fort du livre, mais le reste vaut le détour

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