• [Critique] Le Roi des Fauves

    [Critique] Le Roi des Fauves

    Prix des Halliennales 2015

     En 2015, après un recueil de nouvelles (Ferous Occire au Club Présence d'Esprits) et un roman jeunesse (Le Cheval et l'Ombre chez Sortilèges), la française Aurélie Wellenstein se fait remarquer avec son second court roman fantasy jeunesse : Le Roi des Fauves. Si celui-ci décroche le prix des Halliennales 2015, il est surtout nommé pour plusieurs prix majeurs comme Grand Prix de l'Imaginaire et le Prix des Imaginales. Aujourd'hui repris et disponible en poche, Le Roi des Fauves convie son lecteur dans un monde particulièrement cruel. 

    Sous la sublime couverture signée Aurélien Police (ce qui est en effet un pléonasme), Aurélie nous raconte l'histoire de trois jeunes gens qui, poussés par la faim, s'aventurent dans les bois d'un puissant seigneur dans l'espoir d'y trouver assez de gibiers pour survivre. Malheureusement, ils sont rapidement pris au piège par le maître des lieux qui dispose, comme tous les nobles de la région, de redoutables berzerkirs, des êtres chimériques mi-homme mi-bête. Ivar, Kaya et Oswald sont rapidement capturés et doivent répondre de leur crime. Ils vont découvrir qu'il existe des sentences pire que la mort puisque bientôt, les trois adolescents sont conduits à Hadarfell, le royaume des berzerkirs, où ils seront changés à leur tour en hybrides sanguinaires. 

    Évidemment, le principal atout du Roi des Fauves, c'est de s'appuyer sur un mythe peu exploité dans le monde fantasy : celui du berserk. A la base guerrier légendaire issu de la culture nordique et germanique, Aurélie Wellenstein l'accomode à sa sauce en conservant certains éléments fondamentaux tels que ses accès de fureur sanguinaire mais n'hésite pas à élargir le champ des possibles quand à son caractère d'homme-bête. Le Berserkir peut aussi bien se transformer en homme-loup ou en homme-ours mais aussi en homme-auroch ou en homme-cheval. L'autre très bonne idée de la française, c'est d'en faire une malédiction. Il ne s'agit pas d'un don divin mais bien d'un châtiment imposé par les nobles pour punir ceux qui leur désobéissent. Ainsi, le berzerkir devient une créature certes terrifiant mais tout aussi pathétique, être humain en perdition sous des traits monstrueux. Cet apport au mythe originel permet au Roi des Fauves de renouer avec la cruauté du temps médiéval où l'intrigue du Roi des Fauves est sensée se dérouler. La grande force du roman se situe dans cette capacité à tordre le mythe et à se le réapproprier presque totalement. 

    Outre cette évidente qualité, Aurélie construit des personnages attachants bien qu'un peu caricaturaux et offre une aventure qui n'a quasiment aucun temps morts. Elle y déroule une intrigue type voyage initiatique capable de surprendre (notamment autour de l'origine très bien pensée de la transformation en berzerkir) dans un univers accrocheur. La cruauté de son intrigue étonne pour un roman jeunesse. La française n'hésite pas à flirter avec le monde de la fantasy adulte...jusqu'à un certain point du moins. Car Le Roi des Fauves n'a pas non plus que des qualités. Si l'histoire captive dès la première page et que l'écriture fluide d'Aurélie Wallenstein facilite grandement la lecture, elle a tendance à s'enliser dans les derniers chapitres de son roman. On regrette notamment un personnage bien trop caricatural et unidimensionnel avec le Roi des Fauves lui-même. On attendait mieux après toute cette épopée qu'un méchant vraiment très méchant. Autre point regrettable, le manque de subtilité dans les derniers moments de l'histoire où Aurélie insiste beaucoup trop sur certains dialogues (la dernière scène de Kaya aurait mérité quelques franches coupes...) ou entretient artificiellement un suspense largement éventé (la nature du Roi des Fauves notamment). Il reste cependant au roman à jouer un dernier atout, celui d'une fin jouissive qui pousse les opprimés à la révolte. L'honneur est donc sauf !

     Grâce à un style fluide, à une idée centrale excellemment traitée et des personnages attachants, Le Roi des Fauves offre une lecture plaisante qui ravira les amateurs de fantasy mythologique. S'il reste encore des défauts de jeunesse au roman d'Aurélie Wellenstein, on se penchera avec attention sur ses autres romans, Les Loups Chantants et La Mort du Temps.

     

    Note : 7.5/10

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    Existe également en version poche chez les éditions Pocket :

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