• [Critique] Le Village

    [Critique] Le Village

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     Premier roman du traducteur et critique Emmanuel Chastellière, Le Village est également le premier ouvrage francophone publié par les jeunes éditions de L'instant. Servi par la splendide couverture de Marc Simonetti, le récit nous emmène dans un monde des plus inquiétants. Dans celui-ci, une jeune fille se réveille dans un lit qu'elle ne connaît pas et semble avoir perdu tous ses souvenirs. Elle découvre bientôt un village oublié de tous où rodent des individus dangereux rappelant les fameux docteurs de peste des temps passés. Trouvant refuge auprès d'un groupe d'enfants qui survivent tant bien que mal dans les marais, elle s'aperçoit rapidement qu'une malédiction terrible pèse sur cet endroit. Pour sauver ses compagnons, elle va devoir affronter le responsable de cette situation...mais aussi les dissensions internes qui agitent le petit groupe qu'elle a rejoint. C'est donc un premier roman fantasy que nous propose Emmanuel Chastellière (et c'est assez logique puisqu'il est le responsable du site de référence en la matière, Elbakin.net) mais aussi un récit lorgnant davantage vers le Young Adult sans pour autant renoncer à proposer quelques scènes assez dures. Seulement voilà, quelque part en chemin, l'écrivain français se rate.

    Le Village plonge dans un univers fantasy où l'on croise des loups inquiétants, des docteurs de peste, un troll et, même, un dragon. Bien que l'on sente que l'auteur maîtrise les codes du genre et qu'il sait en jouer à certaines occasions, les choses prennent mauvaise tournure dès le début car, pour tout dire, Le Village est un roman inégal. Inégal en terme de narration, d'écriture/style et d'ambiance. En effet, la première partie du récit alterne entre le fil d'histoire principal (avec la jeune fille et les enfants perdus, nous y reviendrons) et des interludes. Ce qui saute immédiatement aux yeux, c'est que l'écrivain français a des problèmes de style, d'écriture. Se voulant par trop explicatif/démonstratif dans sa façon d'écrire, il alourdit régulièrement ses phrases et brise la musique qui se dégage de son récit. Du coup, la lecture en devient vite agaçante perdant par la même un élément primordial : la fluidité. Lié à ça, le style d'Emmanuel Chastellière manque cruellement de caractère surtout en regard de l'ambiance qu'il se propose d'ébaucher dans le roman.

    Ce premier problème explique d'ailleurs plusieurs autres défauts de l'ouvrage. D'abord, le ratage intégral du méchant qui apparaît comme excessivement théâtral. Au lieu de laisser les choses sous-entendues, Emmanuel fait tout dire à ses personnages, ce qui dessert ses dialogues. Son méchant, qui n'est pas forcément une mauvaise idée à la base, en devient juste extrêmement rébarbatif. Ce qui est un paradoxe puisque dans la première partie du roman, les Interludes s'avèrent bien plus convaincants que le reste. Pourquoi ? Simplement parce l'histoire y est ramassée, l'auteur ne s'y perd pas en explications ou péripéties inutiles, et arrive ainsi à concrétiser une atmosphère qui a tendance à s'écrouler arrivé au premier tiers de l'histoire. On rejoint alors la seconde inégalité que renferme le récit : celui du rythme et de sa narration. Le Village souffre d'un gros ventre mou entre sa première partie mystérieuse et relativement convaincante, et sa fin qui donne dans la surenchère pyrotechnique. Emmanuel Chastellière se perd dans les romances et atermoiements émotionnels de ses adolescents, multiplie les imbroglios amoureux en délaissant la vraie force de son roman : l'ambiance fantastique. Tous les protagonistes se plaisent à répéter que l'endroit est horrible...mais on ne le ressent pas, on ne le voit pas. Ni dans le style, pas assez sombre, ni dans l'univers, qui s'échine plus à parler des querelles d'adolescents mal dans leur peau qu'autre chose.

    C'est assez dommage car finalement l'idée de fond qui sous-tend Le Village (et que l'on ne révélera pas) est assez sympathique. Le véritable ennui c'est que les éléments forts sont sous-exploités (Le troll, les docteurs de peste, le désespoir de la situation...) et les faibles sur-exposés (les sentiments des uns et des autres, les considérations amoureuses, les discours du méchant qui est très très méchant). En résulte donc un récit frustrant, qui se trompe de route, tout simplement. Dernier point de mécontentement, le manque de subtilité quand à sa forme de conte. On note au départ quelques références aux contes populaires (Alice au pays des merveilles, Boucle d'Or) tout a fait bien placés puis, Chastellière oublie de n'en faire que des références pour les ériger en principe faisant même répéter à plusieurs personnages qu'ils ne sont pas dans un conte ou en appelant carrément son groupe d'enfants...les Enfants Perdus. Une chose que l'on aurait très bien compris sans qu'on nous le martèle toutes les deux pages. 

    Que reste-t-il du Village alors ? Il reste une bonne idée de départ et des Interludes véritablement convaincants, un univers avec un certain potentiel et une fin certes un peu dans la surenchère mais qui présente d'ultimes rebondissements bien sentis. Malheureusement, cela ne sauve pas un récit trop plat ni des personnages trop chiants. On regrette infiniment que l'auteur ne se concentre pas davantage sur les habitants damnés que sur cette bande de gamins sans background véritablement efficace. 

    Le Village s'avère donc une déception. Emmanuel Chastellière souffre encore de nombreuses lacunes dans le fond et dans la forme et l'on espère simplement qu'avec le temps, il corrigera le tir. En attendant, difficile de vous conseiller Le Village qui reste un premier roman raté.

    Note : 4.5/10

     

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