• [Critique] Les Oubliés

    [Critique] Les Oubliés

    Bodil 2016 Meilleur film
    Bodil 2016 Meilleur acteur pour Roland Møller
    Bodil 2016 Meilleur acteur dans un second rôle pour Louis Hofmann
    Nommé Oscars 2017 Catégorie Meilleur film étranger

     Honoré aux Bodils, équivalents des Césars au Danemark, Land of Mine a également eu l'honneur de faire partie de la short-list des films sélectionnés dans la catégorie meilleur film étranger des Oscars 2017. Comme La Chasse en 2014 ou A Royal Affair en 2013, Les Oubliés (tel que le film a été renommé pour sa sortie française), a permis au Danemark d'être représenté à la plus prestigieuse cérémonie cinématographique au monde. Même s'il en est reparti bredouille, le long-métrage de Martin Zandvliet a naturellement trouvé le chemin de l'Hexagone pour prouver une fois de plus que le cinéma Danois n'a pas à rougir de la concurrence...

    ...Surtout lorsqu'il aborde un sujet méconnu et largement passé sous silence par les livres d'histoire moderne. La Seconde Guerre Mondiale vient de prendre fin et les derniers allemands qui occupaient encore le Danemark sont faits prisonniers par les Alliés. Si certains sont renvoyés en Allemagne, nombre d'entre eux vont servir à l'armée Danoise pour déminer leurs plages devenues de véritables champs de mort. Le sergent Carl Rasmussen reçoit donc un détachement de prisonniers allemands avec pour consigne de méticuleusement sécuriser le secteur qu'il lui est attribué. Déjà sommairement formés par le lieutenant Ebbe Jensen, les "démineurs" doivent se plier au commandement inflexible de Rasmussen qui, comme beaucoup de danois alors, hait les soldats allemands. Sauf que le sergent se rend vite compte qu'on lui a donné le responsabilité de gérer un groupe de gosses qui n'ont rien de véritables combattants. Peu à peu, un lien se tisse entre eux jusqu'à ce que les premiers accidents arrivent et ne révèlent l'atrocité de la tâche qui a été confié à ces enfants qui ne désirent rien d'autre que revoir leur pays. 

    Bouleversant.
    Land of Mine ou Sous le Sable ou Les Oubliés...peu importe le titre que porte le long-métrage selon l'endroit où vous le verrez, le récit rapporté par Martin Zanndvliet au travers de ce groupe de jeunes condamnés à rattraper la faute de leurs aînés...s'avère bouleversant. D'abord parce qu'il profite d'un casting impeccable, à commencer par l'extraordinaire Roland Møller dans le rôle très difficile du sergent Rasmussen, tiraillé entre son ressentiment envers un peuple qui a occupé pendant des années son pays et par l'évidente cruauté de faire déminer des plages par des adolescents. En face de lui, tous les jeunes acteurs s'avèrent à la hauteur et notamment Louis Hofmann, d'une incroyable justesse et qui arrive à tordre le cœur du spectateur en quelques larmes. Ce n'est pas un hasard si ces deux-là ont été justement remarqué aux Bodils. On pourra aussi noté la présence de Mikkel Boe Følsgaard dans le rôle du lieutenant Ebbe et qui rappellera l'excellent souvenir du roi dans A Royal Affair. Sur cette base des plus solides, Zandvliet peut donc parler d'un sujet poignant.

    Ce qui prend aux tripes dans Les Oubliés, c'est le lien qui s'établit petit à petit d'une part entre le sergent Carl et ses jeunes prisonniers (finissant par devenir comme autant de fils), et d'autre part par ce qui unit ces camarades d'infortune qui n'ont rien des sanguinaires nazis ayant saccagé le pays. De ce fait, la vengeance aveugle des Danois sur des innocents fait basculer la perception que l'on peut avoir des vainqueurs qui en deviennent aussi écœurants et inhumains que leurs oppresseurs d'hier. Comme si, en un certain sens, la haine appelait la haine. En n'épargnant pas au spectateur quelque longues scènes éprouvantes - la première explosion sur les mines d'un des gamins qui perd ses deux bras, la vaporisation d'un des jumeaux... - Zandvliet montre l'horreur de ces faits presque totalement oubliés par l'histoire. Au milieu pourtant, il reste l'humanité d'un homme, celui du sergent Rasmussen, qui n'arrive pas à devenir un rouage dans l'horreur, qui finit par refuser et sauver des innocents. On assiste à la fois à la fin définitive de l'innocence mais aussi, paradoxalement, à un acte d'humanité non autorisée. 

    La sobriété de la mise en scène et le décor naturel formé par les plages danoises offrent aussi un étrange effet apaisant à cette histoire terrible. Zandvliet évite les effets de manche et reste au plus près de ses personnages, faisant des Oubliés un film de guerre tout à fait atypique et, en un sens, bien plus poignant que nombre de représentants du genre. Il faut saluer aussi le courage du cinéaste danois pour ne jamais nier le rôle prépondérant joué par l'armée danoise et par le Danemark dans cette atrocité dont on apprend avec effroi les chiffres en fin de long-métrage. En un sens, Les Oubliés se révèle un catharsis salutaire à plus d'un titre. Il brise également le manichéisme facile sur un conflit qui a vu des horreurs commises par tous les belligérants mais comme toujours...l'Histoire est écrite par les vainqueurs.

    Film remarquable, à la fois par son sujet et par sa qualité cinématographique, Les Oubliés permet également de mettre en avant le talent de deux acteurs, Roland Muller et Louis Hofmann, ainsi que celui d'un cinéaste, Martin Zandvliet, que l'on espère revoir dans nos salles de cinémas.
    En attendant, voici un long-métrage à découvrir au plus vite.

      

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  La Conversation sur la plage entre Carl et Sebastien - la mort de Ernst

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