• [Critique] Les Sentiers des Astres, Tome 2 : Shakti

    [Critique] Les Sentiers des Astres, Tome 2 : Shakti

    Révélé il y a déjà deux ans de cela par Manesh, premier volume de la saga du Sentier des astres, et couronné par le prix Imaginales l’année suivante, le belge Stefan Platteau avait en outre trouvé le temps de sortir une novella intitulée Dévoreur s’inscrivant dans le même univers. Attendu de pied ferme par nombre de fans de fantasy, la suite de Manesh pose enfin le pied sur la terre ferme. Comme son illustre aîné, ce nouvel opus écope d’un titre laconique mais révélateur : Shakti. Nous avions en effet laissé l’expédition remontant le Framar dans une bien mauvaise posture, encerclée par leurs ennemis et des dieux pour le moins effrayants, les Nendous. Parmi les survivants de cette folle aventure se trouve le désormais fameux barde Fintan Calathynn ainsi que la mystérieuse Courtisane…Shakti ! Stefan Platteau nous offre pour le coup un volet plus féminin mais pas moins mordant comme le prouve le début de cette nouvelle épopée.

    On croit pendant un temps que le nom de ce second volet ainsi que la description des Moutons Electriques en quatrième de couverture ne soient que de fausses pistes. En effet, pendant un bon tiers du roman, la Courtisane n’est pas particulièrement mise en avant. Stefan s’attache d’abord (et fort bien lui en prend) à faire avancer la quête de son expédition vers le Roi-Diseur. De façon délicieuse, le récit lorgne davantage sur une certaine terreur sourde avec les ennemis surnaturels (ou non) qui poursuivent nos héros. On retrouve instantanément ses marques (d’autant plus que l’auteur a la très bonne idée de nous remettre en mémoire qui est qui au tout début) dans un univers de fantasy qui aime à se jouer des légendes exotiques. Les Astres, les Nendous et autres Solaires se mêlent toujours de l’univers des mortels (ou serait-ce l’inverse ?) créant un climat particulièrement intéressant pour cette première partie, à mi-chemin entre le récit mythique et le fantastique.

    Même si l’on retrouve quelques excès de zèle niveau style dans le début de ce nouvel arc, Stefan Platteau arrive finalement à équilibrer sa verve et la richesse lexicale qu’il sollicite. Cette tournure très riche, très foisonnante reprend le grand point fort du précédent volume, à savoir un vocabulaire archaïque qui aime chatouiller l’argot et l’emploie avec une authenticité de plus en plus assurée au fil des pages. Forcément, comme dans les autres œuvres du belge, les allergiques à ce style en seront pour leur frais, ceci malgré l’évident maturation de l’écrivain sur ce plan. La poésie souvent mélancolique et le patois fantasy de Shakti transportent définitivement le lecteur dans l’univers singulier concocté par Stefan Platteau. On y retrouve également toute cette folle imagination qui mixe les influences mythologiques et sait les réutiliser avec une habilité parfois véritablement bluffante.

    Plus encore que Fintan, Stefan s’avère le vrai barde de l’histoire. Shakti donne peut-être tout d’abord dans la fureur guerrière mais revient finalement au système de poupées russes de Manesh. C’est ici que la Courtisane devient centrale dans le récit. Plus encore que pour le précédent, l’auteur enchâsse les mythes, dissimule des histoires dans les histoires et s’amuse avec les légendes décidément innombrables de son univers. Un univers toujours aussi diablement fascinant qui ajoute une forte consonance Indienne/Inuit lors de la plongée vers le passé de Shakti. Le lecteur attentif trouvera ici plus que des créatures fabuleuses ou une histoire d’amour flirtant dangereusement avec le grotesque parfois. Il y trouvera une fibre écologiste délicate qui magnifie la nature et les bêtes. Le moindre renard, le moindre arbre devient un acteur, une divinité qu’il faut respecter. Le saccage, la profanation de la Nature deviennent péchés, deviennent malédictions. Stefan Platteau joue de malice pour explorer les drames personnels de Shakti, convoque le respect des traditions et de la terre pour mieux faire ressortir les conséquences de l’influence néfaste de l’homme « moderne » que représente Meijo, doux charmeur qui se moque bien des ancêtres et des seigneurs de la forêt.

    Jonglant avec ses créatures surnaturelles, Stefan n’en oublie pas pour autant ses personnages et, si Shakti se taille (naturellement) la part du lion (ou de l’Ourse), Fintan et les autres connaissent eux aussi leur moment de gloire. De vieilles connaissances refont également surface et emmènent nos héros dans une cité qui n’est pas sans rappeler la demeure des Elfes de Galadriel, les toiles d’araignées en plus, les vêtements en moins. Cette fantasy bouffée par la mythologie apporte son lot de scènes franchement grandioses qu’on ne dévoilera volontairement pas pour vous en laisser la primeur. On regrette que notre Bâtard, Manesh, devienne un peu trop secondaire (certainement du fait de la place démesurée qu’il occupait précédemment) mais le récit de la Courtisane comble aisément ce vide. Dire que ce maudit scribouillard nous laisse une nouvelle fois en plan à l’issue de ce second tome sur les deux versants de son aventure mériterait certainement une correction en bon et due forme !

    Nouvel acte réussi pour Shakti qui gagne en maturité dans son style et dans la richesse de son univers décidément passionnant. Stefan Platteau aura cependant fort à faire dans les prochains mois pour maintenir le cap de sa gabarre et continuer à empiler les mythes et légendes avec autant d’adresse. Une chose est sûre, nous serons là pour le mettre à l’épreuve !

    Note : 8.5/10

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