• [Critique] Loin de la foule déchaînée

    [Critique] Loin de la foule déchaînée

     


    Trois ans après avoir créer l’événement à Cannes avec La Chasse, le danois Thomas Vinterberg revient sur le devant de scène avec un nouveau long-métrage adapté de Thomas Hardy : Loin de la foule déchaînée. Délaissant l'époque moderne pour l'ère victorienne, le réalisateur recrute un casting 5 étoiles composé de Carey Mulligan, Matthias Schoenaerts ou encore Michael Sheen. Bien plus sage et posé que son précédent film, le métrage met à l'honneur une certaine conception du féminisme et se propose d'axer son récit sur une romance à tiroirs. En près de deux heures, Vinterberg nous invite à découvrir la vie pastorale anglaise ainsi que le déchaînement des passions amoureuses, le tout en costumes et avec le plus grand sérieux. Peut-il réitérer le coup de maître de La Chasse ?

    Le verdict s'avère en fait assez complexe. Vinterberg nous entraîne dans l'existence mouvementée de Bathsheda Everdene, une simple fermière héritant de tout un domaine agricole suite au décès de son oncle. Belle comme le jour, elle attire nombre de prétendants dans son sillage, à commencer par l'infortuné Gabriel Oak qui devient berger au domaine d'Everdene. Alors que la jeune femme s'installe péniblement dans ses nouvelles fonctions, elle repousse également les avances d'un riche veuf, William Boldwood. Têtue et farouchement indépendante, Bathsheda va pourtant voir sa vie bouleversée par l'arrivée d'un certain soldat de sa majesté : le sergent Troy. Dès lors, tout est en place pour une grande tragédie Shakespearienne où les cœurs se brisent aussi facilement que les corps.

    Fresque romantique par excellence, Loin de la foule déchaîné semble partir à l'opposé de La Chasse. Pourtant, à y regarder de plus près, Vinterberg met encore une fois en scène un personnage en proie à toutes les peines du monde. Bathsheda Everdene incarne un féminisme avant l'heure, une femme forte ne reculant devant aucun regard ou aucune remarque. Inimaginable pour l'époque, elle repousse également ses prétendants successifs. Il n'empêche que le personnage devient rapidement antipathique à force de jouer avec les sentiments des uns et des autres (notamment ceux de Gabriel Oak). Carey Mulligan se révèle brillante de bout en bout, livrant une interprétation impeccable de l'effrontée Batheshda, mais il faut avouer qu'on a du mal à faire la part des choses entre le dégoût que peut inspirer le comportement de son personnage par moment et la volonté de Vinterberg d'ériger son héroïne en figure solitaire et rebelle. Heureusement (ou pas d'ailleurs), il reste toujours le personnage du sergent Troy, infiniment écœurant, qui va vite faire oublier ce dilemme.

    Au-delà de ces préoccupations purement empathiques, Loin de la foule déchaînée ne vient jamais démentir la talent de mise en scène du danois. L'ambiance comme les plans s'avèrent impressionnants, croquant l’Angleterre victorienne avec un grand raffinement. Même si l'on est loin du génie des Hauts de Hurlevent d'Andrea Arnold, le long-métrage est un ravissement pour les yeux. Le principal bémol qui vient freiner cet enthousiasme, c'est le côté longuet de l'histoire et cette répétition lassante du triangle amoureux, vu mille fois ailleurs et resservi sans trop d'originalités ici. L'autre grand personnage du film, c'est bien évidemment Gabriel Oak, interprété par l'omniprésent Matthias Schoenaerts. Celui-ci compose une figure digne et morale, bouillonnant de désirs contenus. A l'arrivée, c'est bien l'alchimie étrange entre Oak et Everdene qui porte le film sur ses épaules. Le reste s'avère parfois bien ennuyeux, tant les péripéties autour de ce couple tragique traînent en longueur.

    On peut tout de même saluer le risque pris par Thomas Vinterberg en adaptant le roman de Thomas Hardy. Toute la démesure sentimentale et le déchaînement des passions du récit sont parfaitement retranscrit à l'écran. Le message féministe ainsi que la vision nouvelle de la femme, à une époque où le monde est entièrement dominé par les hommes, fait du bien. D'autant plus qu'il laisse la place aux erreurs, n'érigeant pas la femme moderne en être humain infaillible. Comme dit plus haut, le personnage de Bethsheda s'avère souvent hautement énervant, mais reste finalement assez fidèle aux tumultueux revirements sentimentaux que l'on peut voir dans la réalité. Malgré toutes ces qualités cependant, Loin de la foule déchaînée s'avère bien moins convainquant que son illustre aîné.

    Rongé par le classicisme de son récit et par de multiples longueurs, Loin de la foule déchaîné déçoit. Une déception toute relative cependant puisque Thomas Vinterberg ne perd rien de son talent de mise en scène, il accouche simplement d'une histoire trop longue et parfois bien fade par rapport à l'ardeur des sentiments exposés à l'écran.
    A réserver aux amateurs.

    Note : 7/10

    Meilleure scène : Le tir au fusil de chasse de Boldwood

     

     

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