• [Critique] Love Hunters (Hounds of Love)

    [Critique] Love Hunters

     Les publicitaires français n'en finissent pas d'ébahir par leur bêtise. Cette fois, c'est le premier film de l'australien Ben Young qui en subit les conséquences. A l'origine intitulé Hounds of Love, le métrage devient Love Hunters sous nos latitudes. Encore une fois, ça n'a aucun intérêt. Pourquoi remplacer un titre anglais par un autre ? Quitte à supposer que le public français est débile, autant le traduire...Mais passons. Inconnu jusqu'ici, Ben Young se risque sur un sujet archi-rebattu : celui du serial-killer, et, plus précisément, le couple serial-killer. Avec un casting peu connu, le réalisateur nous livre un thriller qui flirte constamment avec l'indicible dans la droite lignée des Crimes de Snowtown de Justin Kurzel ou de The Loved Ones de Sean Byrne. Deux films sur des serial-killers à l’atmosphère pesante. Deux films australiens là-aussi. Le pays des kangourous serait-il devenu le nouvel eldorado du thriller malsain ?

    Il semblerait bien...
    Ben Young pose une intrigue simple et, apparemment déjà vue : des jeunes filles sont enlevées par un couple de serial-killer particulièrement sadique. Le métrage s'intéresse plus particulièrement à l'une d'entre elle, Evelyn, et à son calvaire entre les mains de Vicki et John. Si la trame semble écrite par avance au vu de ce postulat de départ, Young a beaucoup d'arguments à faire valoir pour différencier son oeuvre du tout-venant. A commencer par son environnement et sa mise en scène. L'histoire se déroule dans une banlieue pavillonnaire australienne - comme Les Crimes de Snowtown - et utilise la forte identité visuelle de ce lieu pour établir un contraste avec ce qui se déroule à l'abri des regards. Dès les premiers instants, le cinéaste utilise des ralentis pour évoquer la langueur et la tranquillité de la banlieue australienne. Puis, il nous transporte dans la maison de Vicki et John pour casser cette image. L'effet, très similaire à celui de Snowtown, possède des avantages évidents. L'atmosphère,elle, est complétée par une mise en scène sobre, volontairement assombrie par des couleurs délavées, fades. 

    Hounds of Love évite la case du simple film de torture-porn en évoquant plutôt qu'en montrant. Il se plaît à laisser imaginer le spectateur une fois la porte close et les cris devenus insupportables. Fonctionnant à moitié en huit-clos asphyxiant, le récit laisse toute latitude à son trio d'acteurs extrêmement bien dirigé. Emma Booth et Ashleigh Cummings sidèrent par l'intensité de leur jeu tandis que Stephen Curry compose un monstre plus vrai que nature. Derrière ce banal enlèvement se cache aussi tout un jeu sur la dépendance sentimentale. La relation dysfonctionelle (et c'est peu de le dire) entre Vicki et John alterne des scènes hautement dérangeantes (la fellation devant Evelyn attachée au lit) et les moments de doutes viscéraux. Au fond, qui est le plus monstrueux ? Sans dédouaner un instant, le film montre comment la dépendance peut pousser aux pires choses. 

    Enfin, le dernier élément qui fait la force de Hounds of Love, c'est l'indifférence. L'indifférence des policiers blasés, l'indifférence des voisins qui ne cherchent pas à comprendre (ou qui ne le veulent pas), l'indifférence des autres habitants (personne, à part les parents, ne cherche toutes ces gamines disparues). Derrière cette torture psychologique autant que physique se cache l'indicible banalité. Dans cette petite banlieue où le temps semble ralentir, l'horreur s'enracine sans que personne n'y prenne réellement garde. En dehors de leur petit chez-eux, le couple monstrueux devient tristement banal dans une société qui s'en fout. On peut crier devant la porte d'à côté en cherchant sa fille, il est préférable de rentrer dans sa propre baraque pour ne plus l'entendre. Sous ses allures innocentes, Hounds of Love, comme Se7en, met le doigts sur l'individualisme de la société moderne. 

     Thriller tendu et intelligent, Love Hunters offre une vision lugubre de la banlieue australienne. Grâce à un trio d'acteurs excellemment dirigés et une mise en scène inspirée, Ben Young entre dans la cours des grands.
    Voilà un cinéaste que l'on suivra avec attention à l'avenir.

     

    Note : 8.5/10

     

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