• [Critique] Mad Max 3 : Au-delà du dôme du Tonerre

    [Critique] Mad Max 3 : Au-delà du dôme du Tonerre


    Fort d'un succès planétaire avec Mad Max 2, George Miller se paye le luxe de réaliser un segment de la Quatrième Dimension avec des ténors tels que Spielberg, Landis ou Dante. Après ce crochet fantastique, l'australien revient à ses premiers amours avec sa saga culte. Pour son troisième tour de piste, Miller retrouve Mel Gibson juste avant que celui-ci ne tourne le mythique film d'action L'arme Fatale. Si Mad Max 2 laissait notre anti-héros dans la poussière du désert australien, Mad Max 3 ne l'en sort pas pour autant. Sous-titré Au-delà du Dôme du Tonerre, l'épisode finale de la trilogie reprend les fondamentaux d'une série de science-fiction post-apocalyptique pur jus à l'ambiance désormais mythique. Seulement voilà, George Miller décide de tenter tout autre chose et va surprendre tous les fans de la première heure. Volet mal aimé (et c'est peu de le dire) de la saga culte, Mad Max 3 se trompe totalement de voie en détrusiant la vision sombre et grandiloquente de son auteur. Retour sur un naufrage artistique.

    Dans ses 30 premières minutes, Mad Max 3 arrive à faire illusion. Le fan retombe en terrain connu dans un monde à la dérive à l'esthétique inimitable où la technologie se raccommode de bric et de broc, où les crêtes punks et les tenues de cuirs sont devenues la norme. On retrouve un Mel Gibson aux cheveux longs, taciturne et charismatique, dangereux mais étrangement sympathique à la fois. Miller continue d'étendre son univers en délaissant la station de pompage encerclée pour une ville aux allures de marché géant où se rassemble les bizarreries désormais familières de l'univers Mad Max. L'australien en profite pour introduire une seconde ressource indispensable en catimini avec l'eau. Alors que l'on pense qu'il va capitaliser là-dessus, il nous parle rapidement d'une source d'énergie alternative et barrée comme seul l'univers de la franchise pouvait le concevoir. A ce moment précis, Miller joue à nouveau sur la corde raide menaçant de basculer dans le ridicule à tout moment. Un ridicule qui est franchi une première fois lors de l'apparition d'Aunty Entity, en fait la grande méchante de l'histoire, interprétée par nulle autre que...Tina Turner. Idée aussi improbable qu'absurde, son personnage est également introduit par une séquence simplement débile sur fond de saxophone. Turner n'a ni la carrure ni le talent pour le rôle, fait pâle figure après le délirant Lord Humungus ou le terrible Toecutter. Comble de l'horreur, la chanteuse surjoue outrageusement son rôle. Ce premier accroc n'est que le premier d'une longue liste.

    Si Mad Max 3 renoue avec la classe et l'ambiance unique des précédents volets dans sa première partie au cœur de BarterTown, il s'achève après l'excellent combat dans le fameux Dôme du Tonnerre. Encore une fois, Miller dispose d'idées de mise en scène originales (les élastiques ajoutent une nouvelle dimension aérienne au duel) mais il se flingue avec le final lorsque Blaster se dévoile. A partir de ce moment précis, c'est véritablement le drame. Outre une Tina Turner insupportable passant son temps à s’égosiller, Miller tombe dans une niaiserie incongrue. Quelques instants plus tard, le spectateur semble quitter l'univers Mad Max pour celui de...Hook. Mad Max se transforme un conte où des enfants perdus symbolisent le retour à l'innocence et le futur de l'humanité. Miller tente d'introduire l'espoir dans son univers mais il se plante magistralement dans sa rupture de ton et la façon de le faire. Il devient rapidement difficile de croire que l'on est dans le même film tant ce qui était un univers de violence se métamorphose en une resucée d'aventures bonnes enfants où l'humour gentillet domine et où Max se fait papa de substitution. On nage en plein délire. Et pas le bon.

    Tout le reste du film adopte le même ton enfantin. Miller essaye de réenchanter un univers qui ne se prête absolument pas à ça. Il nous mixe les Ewoks avec les aventures d'Indiana Jones et le Temple Maudit, montre Max comme le sauveur d'une génération perdue...Bref, on reste pantois devant ce déferlement de niaiseries sorties d'on ne sait trop où. A un moment, il semble que le réalisateur se souvienne que Mad Max reste le symbole de la mécanique et de la course-poursuite en nous gratifiant enfin d'une séquence de chasse à l'homme peu convaincante et tellement moins intense que celle du second volet. Il semble à un certain point que Miller ne sait plus comment mixer les deux versants de son long-métrage bâtard. D'un côté on se retrouve avec quelque chose d'aseptisé, familial et tendre, de l'autre une esthétique léchée et crade qui ne colle pas un seul instant avec le reste. Miller se prend les pieds dans le tapis et entraîne son film avec lui. Sa conclusion tente bien de renouer avec le mythe du Road Warrior du précédent opus mais va jusqu'à déifier Max, en totale contradiction avec l'aura du vengeur solitaire des précédents opus. Arrivé au générique et malgré la tentative de Miller d'élargir son monde à une sorte d'espoir inattendu, Mad Max 3 se révèle un échec majeur. Pire, une catastrophe. Le début sympathique ne suffit en rien à cacher l'immense gâchis qui vient après et tout le versant écologiste du long-métrage est noyé dans une guimauve de bons sentiments que l'on s'attendait à voir partout ailleurs sauf sans cet univers-là.

    Pour George Miller, Mad Max 3 représente un terrible naufrage. Malgré l'évident talent de mise en scène du réalisateur, tout capote lorsqu'il tente vainement de virer de bord après une demi-heure de film. La surprise est d'autant plus désagréable qu'il reste de bonnes choses dans Mad Max, notamment un Mel Gibson toujours aussi à l'aise et une esthétique dingue à faire pâlir d'envie bien d'autres metteurs en scènes. Après cet opus, Miller quitte la science-fiction pour longtemps, très longtemps. Il faudra près de 30 ans pour voir le retour de l'australien à la saga qui l'a propulsé sur le devant de la scène. 

    Note : 4.5/10

    Meilleure scène : L'affrontement du Dôme du Tonnerre

    Meilleure réplique : Deux hommes entrent, un seul sort.

     

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