• [Critique] Mad Max : Fury Road

    [Critique] Mad Max : Fury Road

     

    30 ans ont passé depuis Mad Max 3 : Au-delà du Dôme du Tonnerre. 30 ans que le réalisateur australien George Miller a quitté la science-fiction et sa saga culte pour explorer des horizons radicalement différents (Happy Feet... Babe 2...). Après moults rebondissements, le quatrième volet de Max se dévoile au public. Malgré l'absence du légendaire Mel Gibson dans le rôle titre (c'est l'anglais Tom Hardy qui le remplace), le film renoue avec les premières amours de Miller. A la fois reboot, remake et suite, Mad Max : Fury Road se propose de relancer la série, tout en offrant une porte d'entrée accessible au public actuel. Un pari forcément osé mais qui a obtenu un budget conséquent de la Warner, près de 150 millions de dollars. Quand on pense aux 300 000 dollars du tout premier épisode, voilà qui laisse rêveur. A nouvelle histoire, nouveaux protagonistes, nouveaux lieux (la Namibie pour le tournage au lieu de l'Australie) et nouvelles fantaisies. Revenu d'une longue période noire, Miller revient plus motivé que jamais. Sélectionné Hors Compétition au festival de Cannes 2015, Mad Max : Fury Road déchaîne les passions. Retour gagnant ou déception amère ? 

    Dès l'introduction, les choses sont claires : George Miller revient aux sources. Dans la lignée de l'intro en noir et blanc de Mad Max 2, le film s'ouvre sur un rappel historique avec des phrases énigmatiques mais évocatrices. Arrive ensuite un personnage solitaire, le Mad Max en personne. Rapidement, on comprend que Miller a abandonné l'orientation saugrenue du dernier volet. Avant même l'affichage du titre, le ton est donné. Emballement de la caméra, plans somptueux, montage ultra-nerveux, iconisation des personnages comme des lieux, Miller se lâche et ça fait mal, très mal. L'australien a cette fois les moyens de ses ambitions, que ce soit sur le plan technologique ou budgétaire, et il est bien résolu à réaliser ses fantasmes les plus fous. A l'écran, c'est un vrai festival, Mad Max : Fury Road emmène ses spectateurs dans un monde peuplé de dingues, où l'on ne sait que peu de choses. Jeté en plein milieu, on n'y comprend d'abord rien. Miller reste élusif à souhait, balance des mots et titres étranges. Le temps d'un discours, le public est ferré. La folie s'établit. Dans un monde post-apocalyptique où la sécheresse, la radiation et l'essence règnent en maître, les hommes sont devenus des monstres. Immortan Joe (incarné par le ToeCutter de Mad Max premier du nom) renvoie à un Dark Vador punk. Il illustre immédiatement l'audace visuelle de Miller.

    Voilà. Ce qui avait été jusqu'ici la marque de fabrique de l'australien, à savoir un sens esthétique ébouriffant et unique, éclate ici de mille feux. On nous balade dans une Citadelle terrifiante où le grotesque (les trayeuses à femmes) côtoie le terrifiant (le coffre-fort à épouses) pour rapidement nous emmener sur LE lieu emblématique de la série : la route. C'est bien simple, tout s'y passe. Miller revient à ses obsessions de grosses mécaniques et de vitesse, développe un culte de l'automobile (où le V8 trône fièrement) et crée une imagerie encore plus forte qu'auparavant. C'est tout simplement génial de créativité. Les volants deviennent des objets de culte, les conducteurs des kamikazes des routes... Le réalisateur australien flirte avec le ridicule mais cette fois, il ne tombe jamais dedans, mieux, il accomplit de vraies merveilles. Il ouvre une dimension quasi-fantasy dans son film en y invitant des héros aux titres grandiloquents, Imperator Furiosa, Immortan Joe, The Bullet Farmer, The People Eater... On nage dans une science-fantasy sur fond d'ambiance post-apocalyptique, et le pire, c'est que tout fonctionne. Tout en mettant son univers de fous en place, Miller accélère constamment. Il gère les grands espaces comme personne et le prouve de nouveau. Il ne faut pas attendre bien longtemps avant la première course-poursuite et, en fait, tout le film en sera une. Le rythme pris par Mad Max devient insensé, il nous emmène à 200 à l'heure, collisionne les chairs et la ferraille, élabore un ballet de mort et de fureur. Le spectacle est au rendez-vous, mieux encore, il est épique de bout en bout. Cela faisait un temps invraisemblable que l'on avait pas vu des séquences aussi magistrales. George Miller donne une leçon de cinéma à tous les blockbusters sans âme qui hantent les salles ces dernières années. Le film devient virtuose.

    Cependant, Mad Max : Fury Road va bien plus loin que le registre du blockbuster. Non seulement il bénéficie d'un background passionnant mais en plus, il se permet des sous-textes vraiment intelligents. Outre l'importance primordiale de l'essence qui renvoie aux préoccupations écologiques les plus actuelles, Miller approfondit le thème de l'eau. Ressource primordiale qu'il avait manqué d'exploiter dans son troisième volet, elle revient ici au premier plan. Bien mieux encore, le réalisateur se penche sur la ressource la plus capitale à l'âge de la radiation et de la consanguinité : la vie elle-même. Il est peu surprenant dès lors de voir que l'enjeu réside dans la fuite des "reproductrices" ou que les War Boyz, ravagés par le cancer, se perfuse du sang des "full life". Tout sera basé là-dessus et finalement - enfin !! - Miller réussit à introduire l'espoir dans son univers, sans niaiserie aucune. Oubliez les enfants perdus du dernier volet, Mad Max : Fury Road est un film féministe (le vrai, le beau, le sensé). Le personnage principal n'est pas tant un Mad Max taciturne et distant (exactement comme dans le premier volet) qu'une Furiosa incarnée par la formidable Charlize Theron. Femme forte par excellence, grandiose du début à la fin, elle vole souvent la vedette à Max. De même, l'enjeu ici, ce n'est ni le pétrole, ni les balles, ni le territoire. Ce sont les femmes. Il est donc bien normal que ce soit finalement les femmes qui tiennent le film sur leurs épaules. Dans l'univers de Miller, si l'homme a tué le monde, la femme vient lui redonner vie et raison. Comme dirait les Vuvulanis, un homme, une balle.

    Miller assume non seulement son univers grandiloquent mais aussi ses niveaux de lecture. Sous ses aspects de blockbuster violent, Mad Max : Fury Road charge le terrorisme et, notamment, le djihadisme. Immortan Joe s'est érigé en Prophète, fanatise ses troupes à l'extrême dès leur naissance avec le mythe de l'accès au Valhalla en retour de leur suicide à la guerre, il s'approprie les femmes qu'il réduit à l'état de choses, leur dénie leurs droits, les cloître dans son harem. Tout est là. Malgré ces évidences, tout passe comme une lettre à la poste. Tout s'emboîte et la dimension fanatisée des War Boys fait mouche. Le personnage de Nux devient dès lors primordial. Fanatique parmi les fanatiques, il découvre le mensonge derrière le faux-dieu, il renaît par la seule chance de salut pour l'homme : la tendresse d'une femme. Nicholas Hoult livre ici une prestation tout à fait magistrale. Il offre un pendant plus naïf au spectateur par rapport au blasé Max. Une des principales craintes des fans, c'était évidemment le remplacement de Mel Gibson. Heureusement, Tom Hardy s'avère totalement à la hauteur. Sa voix rocailleuse, sa façon de parler, trébuchante et peu sûre, tout concourt à rendre un hommage appuyé au Mad Max du premier volet. Miller a également la bonne idée de ne pas trop en faire, notamment dans l'affrontement avec le Bullet Farmer, seulement suggéré mais excellemment géré. A ce stade, l'australien emploie à fond les possibilités offertes par ses effets numériques, applique un filtre bleuté de toute beauté durant la nuit et n'hésite jamais à élargir la palette de couleurs disponibles à l'écran. Pourtant, Miller refuse le recours au numérique et à la synthèse lors des courses-poursuites, les voitures, les motos et toutes les autres joyeusetés sont là, en chair et en métal. Le metteur en scène pousse à l'extrême les idées de ses précédents opus, du saut à la perche sur une citerne du premier Mad Max au camion blindé du second. Il n'oublie d'ailleurs pas quelques clins d’œils savoureux pour les fans, d'une petite boîte à musique à une longue vue, juste de quoi caresser les habitués dans le sens du poil.

    Mad Max : Fury Road s'avère plus qu'un reboot, c'est une résurrection. Sorte d'opéra furieux où les corps s'écrasent, où la tôle se froisse, où l'improbable devient la norme, où la musique décuple l'expérience. Frénétique, grandiloquent, étrange, marquant, siphonné, allumé, incroyable, il va falloir chercher de nouveaux mots pour définir cette expérience qui renvoie les autres blockbusters au bac à sable. Amoureux du désert, de la vitesse et de l'épique, bienvenue sur la Fury Road.
    Soyez témoins de la résurrection de George Miller.

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène : Trop pour les énumérer toutes...

    Meilleure réplique : We are not things !

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  • Commentaires

    1
    Adrien
    Dimanche 17 Mai 2015 à 23:46

    Tu aurait la citation de fin qui commence par "Où devons nous aller... " ? svp

    2
    Dimanche 17 Mai 2015 à 23:53

    Malheureusement non...

    3
    Mercredi 20 Mai 2015 à 10:12
    Efelle

    Tu as trouvé les mots pour parler de ce film, ça faisait longtemps que je n'avais pas eu une telle expérience au cinéma.

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