• [Critique] Men & Chicken

    [Critique] Men & Chicken

    Sortant dans le même laps de temps que Ma Loute, autre comédie folle et inclassable, Men & Chicken est le quatrième long-métrage d’un réalisateur danois jusqu’ici inconnu dans l’Hexagone : Anders-Thomas Jensen. Détenteur de deux oscars pour ses court-métrages, le cinéaste regroupe un casting alléchant avec Mads Mikkelsen (Hannibal, A Royal Affair…), David Denick (The Homesman, La Taupe…) ou encore Soren Malling (The Killing, Hijacking…) pour un film improbable et, pour tout dire, complètement jeté. L’humour danois mêlé au talent de mise en scène du réalisateur font pourtant de Men & Chicken une (très) bonne surprise.

    Dans cette histoire difficilement racontable, Jensen nous présente deux frères, Elias et Gabriel, qui vont découvrir à la mort de leur père…qui ne l’est en fait pas. C’est un vieil homme du nom d’Evelio Thanatos (!!) vivant sur une petite île danoise loin de tout qui serait leur véritable géniteur. Arrivé là-bas, les deux compères font la rencontre plutôt brutale de leurs trois demi-frères : Josef, Gregor et Franz. Tous ont le même père mais leurs mères respectives ont disparu, supposément mortes en couche. Que se passe-t-il sur cette île inquiétante ? Voilà bien la façon la plus sérieuse de poser les choses quant à l’histoire de Men and Chicken. Parce que le film déjoue systématiquement les attentes du spectateur.

    Vous pensiez voir un thriller banal ? C’est raté. Un film d’horreur ? Encore raté. Une simple comédie ? Toujours raté…
    Men and Chicken c’est un peu tout cela à la fois. Anders-Thomas Jensen se focalise sur la fraternité vraiment…étrange qui unit nos cinq loustics. Pourquoi étrange ? Parce qu’ils ont tous un grain (voir deux) de folie. Elias est un masturbateur compulsif qui se balade avec un rouleau de papier toilettes dans sa poche, Josef un obèse philosophe amateur de fromage, Gregor un coureur de jupons mais qui n’en a pas vu un seul en réalité et Franz adore empailler des animaux pour frapper les autres avec. Seul Gabriel semble un peu mieux loti. Mais dans un tel milieu de doux-dingues, il est aisé de paraître plus normal. Avec cette galerie de gueules – les acteurs sont horriblement grimés pour paraître tous plus repoussants et bouseux les uns que les autres –, difficile de ne pas s’attacher devant les raisonnements débiles et les us et coutumes de ces cinq-là.

    Constamment porté par un humour à mi-chemin entre les Monty Pythons et Laurel & Hardy, Men & Chicken est à mourir de rire dans ses dialogues comme dans ses (rocambolesques) situations. Le cinéaste danois arrive à trouver rapidement l’équilibre parfait entre rire et sérieux, ne réduisant pas le film à une simple comédie vite vue vite oubliée. Il développe aussi, et surtout, une vraie bonne histoire en arrière-plan, superbement filmée et interprétée. On n’aurait d’ailleurs jamais cru Mads Mikkelsen aussi désopilant. Men & Chicken se penche non seulement sur les liens familiaux, explorant avec malice l’adage « On ne choisit pas sa famille », mais également sur le besoin de racines, d’origines. C’est bien cela qui pousse Gabriel et Elias à partir sur la petite île retirée qui sert de décor au film. En parlant de décor, l’idée de filmer cette histoire loufoque dans un ancien sanatorium où les animaux vagabondent librement au milieu de la décrépitude ambiante s’avère exquise. Mariée à la mise en scène sobre et raffinée du danois, on obtient une ambiance unique entre le freaks show et le pur film d’horreur.

    Mais, plus encore peut-être que tout cela, c’est un dernier choix scénaristique qui fait définitivement tomber Men & Chicken du côté du bon film que l'on attendait pas (On vous conseille d’arrêter la lecture de cette critique à ce point si vous voulez ne pas vous spoiler le récit) : la relecture intelligente d’un classique littéraire. Une île mystérieuse, des humains dégénérés, un vieil homme qui manipule les gênes, des animaux partout…oui, Men & Chicken n’est en fait rien d’autre qu’une relecture comique et contemporaine de l’île du Docteur Moreau. Avec de la zoophilie et de l’humour borderline en prime (comme la séquence épique en maison de retraite). Le réalisateur danois livre sa propre version du classique avec un luxe de détails qui permet à l’intrigue de bénéficier d’une cohérence magnifique. Si l’on devine rapidement l’origine des frères, on ne peut qu’éclater de rire devant les mélanges improbables dont ils sont issus. Enfin, et c’est peut-être la cerise sur le gâteau, Men & Chicken parle en filigrane de ces endroits oubliés qui se meurent petit à petit. L’île du film rendant un hommage drôle et tendre à la fois à ces populations s’accrochant à leurs terres d’origines envers et contre tout.

    Drôle à souhait, finement mené, brillamment pensé et interprété, Men & Chicken est une petite sucrerie encore plus délicieuse qu’espérée. Anders-Thomas Jensen nous offre un moment de comédie loin d’être bête qui n’aime pas les conventions. Un délice à apprécier au plus vite.

    Note : 8.5/10

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