• [Critique] Mommy

    [Critique] Mommy
    Prix du Jury Festival de Cannes 2014
    César 2015 Meilleur film étranger


    En grand habitué du Festival de Cannes, Xavier Dolan a, de nouveau, participé à la grande messe de la Croisette. En sélection officielle, il y a présenté un long-métrage autour d'un adolescent TDAH (Trouble Déficit de l'Attention Hyperactivité) qui revient sous la garde de sa mère, dépassée par un fils impulsif et violent qu'elle aime pourtant plus que tout.Deux heures trente dont douze minutes de standing ovation et bien des larmes plus tard, Dolan redevenait (encore) l'homme dont on parlait partout à Cannes. Couronné par le Prix du Jury, Mommy a littéralement transporté la critique. Le jeune québécois à qui l'on doit des films aussi superbes que J'ai tué ma mère ou Les amours imaginaires nous réservait encore des surprises. Celle-ci à le goût de l'héroïsme et de l'espoir, un authentique coup de cœur qui fait un bien fou.


    Seule, Diane "Die" Després, doit assumer de nouveau la garde de son jeune fils Steve, un adolescent diagnostiqué TDAH avec de surcroît un trouble de l'attachement. Quasi-incontrôlable, parfois violent, incapable de tenir en place, Steve va venir totalement bouleverser la vie de sa mère. Tant bien que mal, celle-ci va tenter de canaliser son fils et de retrouver un équilibre. C'est grâce à Kyla, la voisine d'en face, que Diane et Steve vont rebâtir leur vie et leur unité, une unité forcément fragile. L'amour d'une mère peut-il tout vaincre ? Diane veut y croire, dur comme fer, parce que si tout échoue, elle sait qu'elle devra définitivement se séparer de son seul enfant.

    En 2009, on se souvient de J'ai tué ma mère, premier film plein de haine, d'amour et de passion de Xavier Dolan. Il y parlait de sa mère à travers le personnage de Chantal, et de lui-même à travers celui d'Hubert. Sorte de punition, de "revanche" (même si le mot est bien fort), J'ai tué ma mère occupe toutes les pensées du spectateur lors de ce Mommy. Pourquoi ?
    Parce que Xavier Dolan, d'une façon plus détournée, bien moins autobiographique, célèbre la figure maternelle, la drape dans l'étoffe de ces héroïnes anonymes qu'on a trop tendance à oublier. A travers Diane, le québécois prend le contre-pied de Chantal. Oubliez la mère un peu retorse, place à la mère pleine de force. Pour tout dire, à un "ostie" d'bout d'femme ! Pour l'incarner, qui d'autre que l'actrice fétiche de Xavier, la fabuleuse Anne Dorval. Plus proche de la classe populaire que de la classe moyenne, Diane bouffe Anne à moins que ce ne soit Anne qui bouffe Diane. Sa prestation laisse pantois, brisé, vidé. Anne Dorval est impériale. Elle nous offre ce personnage lumineux et tellement mais tellement attachant de mère-père, de colosse au cœur de Goliath. En face, d'elle, il y a deux autres acteurs gigantesques. D'abord Suzanne Clément, une autre chouchou de Dolan, fabuleuse dans son rôle plus effacé de prof bègue recelant des trésors de patience, parfait contrepoids à l’expansive Diane. Ensuite, on tombe sur un "petit nouveau" (ou presque) en la personne d'Antoine Olivier Pilon qui nous compose un Steve éblouissant d'authenticité, si puissant qu'il en fait trembler l'écran, si poignant qu'il nous brise le cœur comme les tympans. Parce que Mommy, avant tout, avant sa mise en scène, son format d'image 1:1 surprenant et toutes les choses qui le magnifient, c'est un trio d'acteurs carrément, simplement, purement épatant. Magique en réalité. Non seulement intense et attachant en diable, mais également en parfaite osmose, autant dans la bagarre que dans le fou-rire. Mommy fait le portrait d'une famille qui n'a besoin d'aucun critère, d'aucune norme qui se suffit à elle-même, parce qu'elle est parfaite de par ceux qui la compose.

    Mais on le connaît notre Xavier Dolan, Un film uniquement construit sur ses acteurs ? Non, c'est impossible. Parce qu'il n'est pas comme ça, qu'il veut toujours explorer, tenter, aller plus loin. Mommy le démontre encore une fois. Son format d'image, un 1:1 un peu claustro, un peu oppressant, n'est pas un simple artifice de petit malin. C'est avant tout un outil de forme qui sert le fond. Le truc en plus qui nous montre ses protagonistes à l'horizontale, à hauteur du commun des mortels. Une plongée dans l'intime et le proche, dans les visages crispés et émus, colériques et souriants. Une façon de nous convier par le trou de la serrure. Sans parler qu'il incarne également le sentiment de bien-être de Steve qui, lors d'un plan superbe, élargit la fenêtre, respire avec nous, entre un peu dans LE monde. Cela en musique, bien sûr. Parce que Dolan n'a jamais caché sa manie de recourir de façon abusive, mais jouissive, à une B.O inattendue mais toujours parfaitement calquée sur ses scènes fortes. On se souvient avec émoi de Noir Désir dans J'ai tué ma mère ou de Bang-Bang de Dalida au cour des Amours imaginaires. Le québécois récidive, toujours. Il transforme sa musique en véritable ombre pour ses personnages. En fait, la musique devient un personnage. Drôle l'espace d'un morceau de Céline Dion, envoûtante pendant un White Flag de Dido ou simplement crève-cœur sur un morceau monstrueusement poignant de Ludivico Einaudi. Les désormais traditionnelles séquences ralentis-clippesques s'intercalent mieux que jamais... Et puis Xavier ne lâche pas son envie d'explorer les possibilités de mise en scène qui s'offrent à lui. Ce plan serré et renversé tétanisant entre une Suzanne Clément possédée et un Antoine Olivier Pilon effaré, cette photo d'ensemble style "selfie lointain" des trois héros de son long-métrage.... Toutes ces petites choses qui font que Dolan se reconnaît en un clin d’œil et qui épatent encore après cinq films. Merde, déjà cinq films !

    Mommy ne s'arrête même pas là. Xavier Dolan nous y parle de l'autre versant de la pièce J'ai tué ma mère. Il explore avec un talent insolent un morceau de bravoure d'une mère pour un fils qu'elle désespère de garder à ses côtés. Et là, le temps d'une séquence onirique, le temps d'un fantasme, Xavier nous prend et nous tort. Il vrille nos oreilles, étouffe notre cœur, il éclabousse la toile de son génie. Là, pendant quelques minutes, le québécois nous fait croire aux miracles. Oui, Mommy, à sa façon, est un film dur, intense, éprouvant, mais il n'est pas que cela. Mommy est aussi drôle, touchant, traversé de moments de grâce et d'humanité presque insoutenables. Le métrage parle sans ambages d'une pathologie psychiatrique hautement difficile à vivre, tant pour le malade que pour son entourage. Il le fait avec une justesse irréprochable et rend un hommage vibrant aux héros de l'ombre, aux mères, qui tentent de surmonter la maladie. C'est ça aussi le "Die" de Diane, c'est l'envie à mourir de sauver l'être qu'on aime le plus au monde, envers et contre tous. Envers et contre tout. Mommy, entre ses références hilarantes à Maman j'ai raté l'avion, cherche à toucher avec la plus grande justesse de cette humanité et de cette humilité dont une mère est capable face à la chair de sa chair. Oui, Xavier avait en quelque sorte punit sa mère dans son premier long-métrage, avec Mommy...il l'aime, de toutes ses forces, de toute sa rage. Et bon sang, qu'est ce que c'est beau à voir !

    Il a 25 ans. Il est québécois. Il a réalisé cinq films et mis à genoux Cannes cette année. 
    Il s'appelle Xavier Dolan, et retenez bien ce nom parce que Mommy, sa pépite au goût d'Ambroisie, le propulse sur le toit du monde.
    En un mot comme en cent : Fabuleux.

    Note : 9.5/10

    Meilleures scènes : Kyla qui plaque Steve au sol, Le rêve de Diane, L'escapade à vélo. Le film en fait.

    Meilleure réplique : 
    "Toi et moi, on s'aime encore ?"
    "Nous deux, c'est ça qu'on fait le mieux mon homme"

    La critique de J'ai tué ma mère ici.


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 26 Août 2015 à 14:14
    Mariejuliet

    Waouh!!!!

    Quelle chronique !

    Mais c'est vrai que ce film le vaut bien, une sacrée claque!

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