• [Critique] On l'appelle Jeeg Robot

    [Critique] On l'appelle Jeeg Robot

      Prix du jury Gerardmer 2016

      Devenu l'un des genres les plus populaires au cinéma, le super-héros est aujourd'hui devenu une machine ronronnante. D'un côté, la formule Marvel avec des blockbusters tous les six mois ou presque qui répète à présent toujours les mêmes schémas narratifs pour procurer un divertissement souvent agréable mais manquant cruellement de caractère. De l'autre, un univers DC avec des mises en scène au caractère marqué mais dont le scénario et le clinquant enlèvent l'essence de ce qui constituait le cœur du super-héros. C'est pourquoi la sortie d'On l'appelle Jeeg Robot surprend d'autant plus au sein d'un marché que l'on pensait saturé et complètement dominé par les américains. Véritable phénomène de l'autre côté des Alpes, le long-métrage de Gabriele Mainetti a non seulement conquis un grand nombre de festival - dont Gerardmer - mais également fait une razzia de David Di Donatello (équivalent des Césars en Italie) prouvant une nouvelle fois que la France a des années de retard en la matière (on imagine même pas un film de super-héros français remporter même un César technique...). On l'appelle Jeeg Robot ne ressemble pourtant à aucun film de super-héros récent...tout en respectant scrupuleusement le cahier des charges du genre.

    On l'appelle Jeeg Robot est un véritable OVNI. L'action se situe à Rome (ce qui change déjà radicalement des productions américaines) et nous fait suivre Enzo Ceccotti, petit voyou romain qui vit de vols et de petites combines. Alors qu'il tente d'échapper à la police, Enzo tombe dans le Tibre et en ressort...changé. Il s'aperçoit bien vite qu'il dispose désormais d'une force surhumaine et d'une résistance hors du commun. Là où la majorité des super-héros hollywoodiens auraient enfilé un costume pour sauver la veuve et l'orphelin, Enzo lui...va braquer une banque en arrachant un distributeur automatique. C'est là, la première grosse originalité du métrage : le super-héros a tout de l'anti-héros. Enzo vit dans un appartement miteux et passe ses journées à regarder des films pornos en savourant des danettes vanilles. Il n'a aucun ami et se contrefiche d'en avoir parce qu'il n'aime pas les gens. Difficile de faire plus improbable en la matière. 

    La force d'On l'appelle Jeeg Robot, c'est justement de chercher à la fois à briser les codes...et à les respecter. D'un côté notre super-héros n'est pas vraiment celui que l'on attendait (et c'est peu de le dire) mais de l'autre il va avoir un cheminement qui respecte scrupuleusement les règles des comics books. En rencontrant Alessia, sa voisine du dessous, Enzo va progressivement s'humaniser...et cela malgré le fait que son "amie" soit une fille autiste accroc à l'anime japonais Jeeg Robot. De même, comme tout film de super-héros qui se respecte, On l'appelle Jeeg Robot compte un grand vilain avec le sobriquet qui va avec : Le Gitan. Mais Le Gitan n'est pas non plus l'exemple type du méchant charismatique. Bouffon, chanteur de karaoké amateur, considéré comme le bout de la chaîne alimentaire dans le milieu et qui se vante d'être passé à l'émission Bon Dimanche. Gabriele Mainetti arrive à fondre les codes du super-héros dans un contexte italien moderne et surtout tout à fait banal. De ce fait, on se retrouve devant un film à la fois référencé, satirique et foutrement convaincant. 

    En effet, le réalisateur italien n'oublie jamais le second degré de son entreprise avec un abord très second degré dans le traitement de son histoire. Si l'on sourit souvent devant On l'appelle Jeeg Robot, on s'étonne également de la qualité de la mise en scène dynamique et iconique du jeune cinéaste. De même, les acteurs s'avèrent brillants. Claudio Santamaria dans le rôle d'Enzo "Hiroshi" Ceccotti arrive à la fois à faire rire et à émouvoir le spectateur tout comme la folle-dingue Alessia interprétée par une Ilenia Pastorelli plus vraie que nature. On s'attardera davantage sur Luca Marinelli, simplement génial en grand-vilain ridicule, hommage intelligent au super-méchant le plus célèbre de l'histoire. Que ce soit par son côté mégalomaniaque, par son côté guignol ou son sourire carnassier, Le Gitan est un cousin évident du Joker (avec l'accent italien savoureux en prime !). Cependant, Mainetti inclut une nouvelle fois son méchant dans sa démarche réaliste en en faisant un petit malfrat italien obsédé par la gloire...et en l’occurrence son nombre de vues sur YouTube !

    Ce qui fait plaisir dans On l'appelle Jeeg Robot, c'est que le long-métrage dégage à la fois une sincérité évidente mais également un authentique amour du genre. Gabriele Mainetti connaît les codes et tente d'en faire quelque chose d'accessible, de drôle et d'intelligent. Jamais le métrage ne prend le spectateur pour un idiot et il arrive à jongle avec un nombre impressionnant de registres, du film de gangster à la comédie en passant par le drame social. Ce joyeux cocktail ne tient que par le talent des comédiens et la mise en scène d'une extrême intelligence de Mainetti qui économise pas mal de moyens grâce aux choix scénaristiques qu'il fait. Surtout, On l'appelle Jeeg Robot revient aux bases du super-héros, tente de réfléchir à comment choisir entre bien et mal, ce qui fait qu'un homme peut choisir d'être un héros et de ne pas simplement agir pour lui-même. La tendresse évidente de Mainetti envers les genres donne au film des allures de déclaration d'amour à une certaine culture geek qui mérite mieux que les formules hollywoodiennes actuelles. 

    On l'appelle Jeeg Robot est une immense bouffée d'air frais.
    Sincère, touchant, drôle, original et simplement passionnant, Gabriele Mainetti fait fort pour son premier film. On avait pas vu du super-héros aussi rafraîchissant depuis...des années !
    Foncez !

      

    Note : 8.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Le sauvetage de la petite fille  

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