• [Critique] Paterson

    [Critique] Paterson

     A sa manière, chaque nouveau film de l'américain Jim Jarmusch est un petit événement. Prenons par exemple son dernier en date, Only Lovers Left Alive qui revisitait le mythe vampirique à la sauce moderne avec une mélancolie lancinante délicieuse. Cette fois, c'est un cinéma dénué de tout élément fantastique qui voit le retour du réalisateur avec Paterson. A la fois petite-ville du New-Jersey et prénom du héros du personnage principal, Paterson plonge dans l'intimiste à la sauce Jarmusch d'un couple de passionnés qui coule des jours paisibles avec leur chien dans une modeste maison de banlieue. Sélectionné en compétition officielle à Cannes, le film est reparti bredouille prouvant, s'il le fallait encore, que le jury de Cannes de l'année passée avait des goûts fort contestables.

    Paterson n'est certainement pas un film facile et commun...même s'il nous parle justement du commun, du banal de notre existence. Jarmusch place sa caméra dans l'intimité d'un couple et surtout dans la routine de Paterson. Le rythme s'avère forcément extrêmement lent de par son sujet, encore davantage que les films traditionnels du réalisateur. Car Jarmusch tente de montrer le temps qui passe de manière effronté, ne s'arrêtant jamais. Son héros, Paterson, à la fois humble et magnifique, est incarné par un Adam Driver toujours aussi talentueux. En face, Golshifteh Farahani s'avère à la fois un contrepoids au flegme de Paterson ainsi qu'un feu d'artifice de création artistique. C'est cette dernière thématique qui est explorée par le cinéaste dans son long-métrage. La passion, la capacité à créer et, surtout, la poésie qui se cachent dans le banal de nos vies.

    A travers le parcours journalier de Paterson, Jarmusch déniche des instants de grâce discrets où les moindres petits détails semblent devenir de petites merveilles. On le constate par les conversations captées par Paterson lorsqu'il conduit son bus, petites tranches de vies touchantes de passagers qui ignorent leur propre grandeur. On le constate aussi par les nombreuses personnes que côtoie Paterson : acteur en mal d'amour, créatrice folle, poète oublié, rappeur anonyme...Tout ce petit monde prend vie...quand on sait regarder et ralentir. Paterson délivre ce message : ralentissez et regardez autour de vous, regardez cette vie qui recèle des merveille simples et délicieuses. Peut-être découvrirez-vous des artistes inconnus et qui resteront dans l'ombre pour toujours. Peut-être verrez-vous le bonheur simple d'un couple discret qui crée, qui s'aime, en toute simplicité et pour qui la routine n'a rien d'un fléau...mais tout d'un voyage langoureux et infini. 

    Paterson s'attaque surtout à la poésie puisque son personne principal est poète. Traversé par les poèmes de Ron Padget et de William Carlos Williams, le long-métrage affiche ses vers à l'écran avec pudeur et tendresse, lus par la voix-off d'un Adam Driver touchant. Il faudra bien sûr avouer que l'on aimera ces vers en fonction de notre sensibilité à la poésie de ses auteurs. Pourtant, ces poèmes bâtit sur le quotidien s'insèrent formidablement bien avec ce qui nous est raconté à l'écran. C'est aussi ça la force de Paterson, de faire correspondre son fond, son message sur la création et la poésie, avec sa forme lente et aérienne, qui se déguste petit à petit comme on goûte un grand vin. Si l'on goûte de la bonne façon, on redécouvre avec un émerveillement constant un quotidien pas si soporifique et tout à fait grandiose par la somme des petites gens qui le constitue. Paterson semble trouver du génie créateur en chacun d'entre nous, et c'est surement cela le plus beau.

     Presque contemplatif par moment, Paterson ne déroge pas au cinéma habituel de Jim Jarmusch. Avec son talent consommé pour exprimer la mélancolie et la difficulté de la création artistique, Jarmusch nous offre un anti-blockbuster qui prend son temps et redonne foi en l'humanité. Une humanité belle dans ce qu'elle a de plus ordinaire ou comment transformer le banal en fabuleux.  

    Note : 9/10

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