• [Critique] Philomena

    [Critique] Philomena


    Le très british Stephen Frears revient après The Queen et Tamara Drew pour s’intéresser à un drame inspirée d’une histoire vraie (et d’un livre éponyme) autour des orphelinats catholiques irlandais. Pas forcément attendu, le long-métrage a tout de même décroché une nomination pour le meilleur film aux oscars, de même que Judi Dench pour son interprétation de Philomena elle-même. Il n’en faut pas plus pour attiser la curiosité et aller jeter un coup d’œil sur ce petit film qui pourrait bien surprendre son monde.

    Philomena décide après 50 années de silence d’avouer à sa fille qu’elle a un demi-frère, Anthony. Après avoir couché très jeune avec un jeune homme l’espace d’une nuit, elle a dû mettre au monde son fils au sein d’une communauté de bonnes sœurs catholiques irlandaises, avant de se voir enlever son fils, adopté par un couple d’américain.
    Quant à Martin Sixsmith, ex-journaliste célèbre de la BBC désormais sans travail, il ne sait plus vraiment que faire avant de rencontrer justement Philomena et de se plonger dans de « l’aventure humaine » en l’aidant à retrouver son fils. Pour cela, ils devront aller jusqu’aux Etats-Unis et briser bien des tabous.

    Pas forcément un cinéaste majeur, Frears n’en reste pas moins un bon réalisateur qui donne régulièrement des films honnêtes. Philomena dénote un peu d’une démarche similaire. Bâti comme un road-movie, il repose sur des procédés éculés et efficace comme celui, bien connu, de se faire rencontrer deux personnes que tout oppose. Heureusement, ces deux personnages principaux s’avèrent très attachants et ce malgré le côté élitiste de Sixsmith. Philomena reste le cœur du duo et plus loin, du film. Sa personnalité et ses croyances catholiques surprennent au vu ce qu’elle a subit. Frears dépeint une vieille dame qui refuse la haine et la rancœur, une vraie « catholique » pourrait-on dire, notamment à travers la scène de confrontation finale et le pardon, éminemment difficile. Son manque de second degré et son naturel la rendent pourtant réellement sympathique et touchante, ceci n’étant pas étranger à l’excellent jeu de Judi Dench d’ailleurs également nommée aux oscars, et assez loin de son rôle de femme de fer dans Skyfall.

    De l’autre, il y a donc Martin Sixmith interprété par le remarquable Steve Coogan, un personnage peut-être plus singulier et plus intéressant qu’il n’y parait, à la fois totalement athée et sacrément prétentieux, illustrant avec simplicité la différence de classe entre la bourgeoisie intellectuelle et le commun des mortels. Parfois agaçant, c’est cependant à lui qu’on s’identifie le plus pour sa « saine colère » vis-à-vis de la révélation finale. Le film n’est cependant pas construit entièrement sur la révélation du destin d’Anthony et laisse une large place à la douleur d’une mère, tout simplement. Même si on regrette un manque de chaleur dans le traitement, surement un peu trop british en fait, force est de reconnaître le talent de Frears pour dépeindre une situation révoltante sans en faire des tonnes.

    S’attaquant de front au scandale des orphelinats catholiques Irlandais, le film pourrait être vu comme une violente charge contre la religion et, surtout, le clergé. Mais Frears prend bien soin de disséminer des personnes meilleures que la sœur Hildegarde par exemple, et forcément il reste Philomena. Il s’avère difficile de comprendre les fondements de la foi de celle-ci, surtout au vu de son passé, mais finalement, en recentrant le métrage sur sa douleur et en illustrant son passé – le début se trouve parsemé de flash-backs – le spectateur finit par pouvoir appréhender ce comportement surprenant. Reste cependant un arrière-goût d’inachevé, de manque d’ampleur, en fait d’un manque de panache dans la réalisation et dans la structure qui nous amène à considérer Philomena comme un bon film, surement nécessaire dans un sens, mais qui n’a pas la carrure pour marquer durablement.

    Concurrent surprise des oscars, Philomena n’a quasiment aucune chance de l’emporter, à raison au vu du niveau des nominés. Pourtant, il serait abusif de le manquer, d’une part par son sujet important – d’autant plus important quant à l’heure actuelle des associations catholiques défilent contre l’IVG pour nous montrer qu’ils ont du respect pour la vie, des milliers d’enfants irlandais en parleraient autrement - mais aussi parce que le long-métrage de Frears confronte deux acteurs de talent sur un parcours touchant.

    Note : 7.5/10

    Meilleure réplique : « Si Jesus était là, il vous jetterait au bas de votre chaise »

    Meilleure scène : Philomena qui demande à s’arrêter dans une église américaine


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  • Commentaires

    1
    Lundi 1er Décembre 2014 à 16:16
    Vert

    Je l'ai beaucoup aimé pour ma part, je trouve le personnage de Philomena très touchant et très frais (on s'attendrait à bien d'autres réactions de sa part).

    2
    Dimanche 7 Décembre 2014 à 17:05

    En effet, elle est pour beaucoup dans la réussite du film. Ses réactions, notamment vis-à-vis de la religion, sont assez inattendues. Judi Dench livre une très belle prestation.

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