• [Critique] Pontypool

    [Critique] Pontypool

     

    Malgré une période creuse, le zombie a rapidement repris du poil de la bête. Relancé par des films comme 28 Jours plus tard ou L'Armée des morts, le genre connaît une nouvelle popularité notamment grâce à l'adaptation de la série de comics Walking Dead. Malheureusement, difficile de dire que ces différentes œuvres aient fait preuve de beaucoup d'originalité. En 2008, le canadien Bruce McDonald avait pourtant dirigé son propre film de morts-vivants avec un postulat autrement plus curieux que ses prédécesseurs. Son film, intitulé Pontypool, reste cependant peu connu par rapport aux poids lourds du genre, puisqu'il est malheureusement sorti directement en DVD dans nos contrées en 2013. Une petite injustice qui mérite clairement un coup de projecteur.

    C'est l'hiver sur la petite ville de Pontypool en Ontario.Grant Mazzy, ancienne star radiophonique nationale, vient animer une émission locale avec son ami productrice Sydney Briar et une standardiste, Laurel Ann. Les choses sont pourtant plus compliquées que prévues puisque Sydney a bien du mal à gérer cette grande gueule peu habituée aux petites communautés et à la modération. Pour calmer les ardeurs de Grant, Sydney passe la parole à l'envoyé spécial de la radio, Ken Loney. Celui-ci parle d'un étrange rassemblement au cabinet du docteur Menez, rassemblement qui semble prêt à dégénérer. Obligé de fuir les lieux, Ken raconte que l'armée arrive et que les habitants auraient d'effrayantes pratiques cannibales. Par la force des choses, la station de radio devient un refuge devant l'ampleur que prennent les événements...jusqu'à ce que la contamination ne l'atteigne.

    Petit film sans prétention, Pontypool n'en reste pas moins une curiosité. Bruce McDonald tente de revenir aux racines du film de morts-vivants en reprenant à son compte le genre de message contestataire que pouvait délivrer George A. Romero par le passé. Pontypool peut être vu comme le prolongement de la scène d'introduction de Zombie ou l'envers du décor des émissions radiophoniques de La nuit des morts-vivants. Une des meilleures idées du canadien, c'est de nous faire vivre une contamination zombie non pas sur les lieux des incidents mais par les compte-rendus reçus par une petite radio locale. La tension monte graduellement dans Pontypool, au fur et à mesure que Grant reçoit des appels étranges et les témoignages horrifiants de la part de Ken Loney. Après une mise en place longue mais prouvant déjà la mise en scène inspirée du réalisateur canadien, Bruce McDonald offre un point de vue singulier sur une histoire d'horreur que l'on pourrait croire, à tort, banale.

    Pour se faire, il emploie à plein régime la figure hautement charismatique de Grant Mazzie, grande gueule radiophonique habillée comme un chanteur de country et aussi irascible qu'un redneck pur jus. La voix caverneuse de l'acteur Stephen McHattie aide beaucoup le film, basé pour une grande part sur les interventions radiophoniques. Le comédien porte le récit sur ses épaules et devient même la principale attraction du long-métrage avant que le personnage de Sydney Briar ne prenne de l'épaisseur grâce aux talents d'actrice de Lisa Houle. Seulement voilà, Pontypool ne se limite pas à ses comédiens. Bruce McDonald a également le bon goût de traiter la contamination zombie habituelle par un angle inédit : le langage. Imaginez que le virus ne se transmette plus par les morsures mais par la parole ? Mine de rien, la canadien développe une critique jubilatoire des médias et du poison que peuvent contenir les mots.  

    Même si la fin risque d'un désarçonner plus d'un, Pontypool va jusqu'au bout de sa logique et tente même de trouver un remède inattendu au mal. Ce qui permet au film de toujours rester agréable à suivre n'est pourtant pas ce jusqu'au boutisme forcené. Bruce McDonald conserve une bonne dose d'humour et d'ironie tout du long et permet au spectateur de sourire doucement lors de nombreuses scènes. Lorsque Stephen et Syndey se disputent (en français !! d'où l'importance de voir le film en VO) pour savoir qui a achevé un gosse contaminé ou lorsque le truculent Dr Menez se glisse comme par miracle dans la station, Pontypool prouve clairement qu'il ne se prend pas au sérieux, relâchant la pression et permettant de prendre du recul sur cette production horrifique à petit budget mais aux multiples atouts. Les aficionados de l'horreur gore resteront sur leur faim tout comme ceux qui viennent chercher de grosses frayeurs à la Insidious, mais les spectateurs en quête d'un spectacle malin et original apprécieront toute l'ironie caustique du film.

    Avec des moyens limités mais beaucoup de bonnes idées ainsi qu'un casting des plus solides, Stephen McHattie en tête, Pontypool s'adjuge la place enviée de la curiosité zombie plus maligne qu'elle n'en a l'air. Rafraîchissant et intelligent à la fois, le long-métrage de Bruce McDonald mérite le coup d’œil de la part des amateurs du genre. 

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : L'intervention radiophonique sur l'incident autour du cabinet du docteur Menez

    Meilleure réplique : "Kiss is Kill"

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