• [Critique] Poumon Vert

    [Critique] Poumon Vert

    Meilleure Novella 2003 des lecteurs d'Isaac Asimov’s Science Fiction Magazine

     Après Cérès et Vesta en février, la collection Une Heure-Lumière s'agrandit de nouveau en accueillant cette fois un auteur devenu rare en France : l'excellent Ian R. MacLeod (dont la dernière traduction, L'Âge des Lumières, date tout de même de dix ans !). Récompensé par le prix des lecteurs de la revue Isaac Asimov Science Fiction Magazine en 2003, Poumon Vert revient à une science-fiction foisonnante et dépaysante du plus bel effet en quelques 120 pages sous une couverture encore une fois splendide d'Aurélien Police. Une occasion inespérée de retrouver le talent d'un écrivain injustement oublié ces dernières années en France. 

    Alors que Cérès et Vesta se voulait un texte de politique-SF, Poumon Vert se penche sur une autre facette du genre avec un récit plein de poésie foisonnant d'inventivité...sans pourtant être dénué d'un certain sous-texte militant. Ian R.MacLeod nous emmène sur Habara avec Jalila, une jeune femme qui quitte les hauteurs de Tabuthal pour découvrir la vie à Al Janb, une ville où elle s'installe avec ses trois mères : Pavo, Lya et Ananke. Explorant les alentours, elle tombe sur un individu des plus étranges : un homme...un mâle ! Malgré sa laideur, Kalal fascine Jalila qui passe bien vite son temps avec lui sur son bateau au cours de virées vers le spatioport ou d'autres endroits plus mystérieux encore. Pourtant, il semble manquer quelque chose dans la vie de Jalila...une chose qui finira par changer à jamais son existence.

    Ce qui fait l'originalité première de Poumon Vert, c'est d'abord son monde exclusivement féminin. Evidemment, McLeod présente une planète exotique avec des créatures toutes plus étranges les unes que les autres ainsi que des mœurs totalement différents, mais c'est avant tout le choix de faire de cet univers du futur un univers féminin presque exclusif qui donne au texte une sensation réellement étrange. On ne trouve que des femmes dans le monde imaginé par le britannique...et cela se ressent jusque dans le texte où le féminin l'emporte sur le masculin par exemple (et il faut s'y faire !). Sur Habara et dans ses légendes, le mâle est un être mythique que l'on rencontre rarement, Kalal et son père, Ibra, font office de curiosités pour les autres habitantes. La perception de ceux-ci par Jalila s'avère d'ailleurs assez drôle au départ avant de se complexifier comme il se doit. Dans Poumon Vert, tout n'est que féminité, jusque dans la religion.

    C'est l'une des autres originalités de la novella, McLeod n'érige pas un futur avec une simili-religion chrétienne mais plutôt une sorte de néo-Islam dans une société très clairement arabisante. Ce choix audacieux se révèle pourtant rapidement payant par le dépaysement qu'il offre et par la lente poésie que l'écrivain britannique insuffle à son texte. Entre les références au Coran et aux Mille et Une Nuits, Poumon Vert brille par son refus de faire dans le classique achevant de transporter le lecteur très loin de son monde masculin à l'occidental. C'est d'ailleurs un joli pied de nez à une religion aussi patriarcale que l'Islam que d'en livrer une vision purement féministe. 

    Au-delà de ces considérations de background et d'ambiance, Poumon Vert dresse surtout le portrait d'une héroïne et d'un système sociétal unique, les deux étant inextricables. Jalila découvre la vie, l'amour, la peine et le sacrifice sous la plume juste d'un MacLeod qui n'a rien perdu de son talent de conteur. C'est l'empathie du lecteur envers Jalila qui finit de convaincre de la qualité de cette novella qui n'aurait pu être en fin de compte qu'une jolie coquille vide. Il n'en est pourtant rien. Les relations touchantes entretenues par Jalila envers ses mères, Jalal, Nayra et même son hayawan, Robin, donne à Poumon Vert l'humanité indispensable pour qu'un tel monde soit exploité à sa juste valeur. Pour peu, on en viendrait à regretter la brièveté de ce texte pour pouvoir explorer plus avant cet univers si fascinant coincé entre légendes, croyances et technologies de pointes. 

    Excellente novella bourrée d'idées dépaysantes et originales, Poumon Vert n'oublie pas la poésie et l'humanité qui différencient la bonne science-fiction de l'excellente.
    Un retour en grande forme de Ian R. MacLeod !
     
     

    Note : 8.5/10

    CITRIQ

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook   

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    Tags Tags : , , , , ,
  • Commentaires

    1
    PPDi
    Lundi 17 Avril à 22:19

    A signaler que McLeod a écrit une nouvelle dans ce même univers ; elle figurera au sommaire d'un prochain Bifrost, là aussi dans une traduction de Michelle Charrier.

    2
    Samuel Ziterman
    Samedi 22 Avril à 10:16
    Samuel Ziterman

    Entièrement d'accord avec ton retour. Le récit est agréable, l'humanité et la poésie qu'il porte sont bienvenues.

    3
    Sam
    Dimanche 23 Avril à 17:30

    Je ne connais pas du tout cet auteur. Par contre, j'adore cette collection "Une heure lumière" du Bélial. Que des oeuvres de qualité jusqu'à maintenant ! Il n'y a donc pas de raison que cette oeuvre ne soit pas au diapason des oeuvres déjà parues ! Du coup, je participe avec grand plaisir au concours !

    Bonne journée à vous

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :