• [Critique] Quelques minutes après minuit

    [Critique] Quelques minutes après minuit...

    Carnegie Medal 2012 du meilleur roman jeunesse
    Prix Imaginales 2013 du meilleur roman jeunesse

      Un titre envoûtant, une couverture simple mais superbe et une quatrième de couverture pleine de mystères. Voici les premiers ingrédients alléchants de Quelques minutes après minuit, roman jeunesse de l’américain Patrick Ness, déjà auteur de la trilogie Le Chaos en marche et qui, cette fois, reprend une idée originale de l’écrivaine anglaise Siobhan Dowd morte d’un cancer du sein en 2007 à l’âge précoce de 47 ans. Gallimard Jeunesse nous livre un écrin à la hauteur de l’œuvre en proposant pour cette édition grand format les illustrations intérieures signées Jim Kay. Véritable succès critique international – Prix Carnegie en Angleterre, Prix Imaginales en France, Prix Jugendliteraturpreis en Allemagne – Quelques minutes après minuit va également connaître l’honneur d’une adaptation grand écran par Juan Antonio Bayona (L’orphelinat, The Impossible) avec Liam Neeson, Sigourney Weaver et Felicity Jones. Il était donc grand temps de dire un mot de ce roman dur et poignant à l’intelligence rare.

    Quelques minutes après minuit, Conor O’Malley, 13 ans, rencontre un monstre étonnant et effrayant en lieu et place de l’if qui trône habituellement dans son jardin. Chaque nuit, à la même heure, le monstre vient hanter Conor, déjà victime de cauchemars qui lui font redouter la venue de la nuit et qui ne sont pas sans rapport avec la maladie de sa maman. Le monstre passe alors un marché : pour qu’il s’en aille, Conor devra écouter trois histoires puis lui en raconter une à son tour. Mais le monstre tiendra-t-il parole ?

    Pour comprendre la beauté et l’importance de Quelques minutes avant Minuit, il faut d’abord comprendre les circonstances de son écriture. Siobhan Dowd imagine cette histoire durant la phase terminale de sa maladie et meurt avant de pouvoir achever son récit. Confié par son éditeur à Patrick Ness pour lui donner vie, le roman acquiert alors non seulement une aura de testament mais également un témoignage sensible et d’une grande authenticité autour de la maladie. Le récit nous emmène dans la tête du jeune Conor que l’on trouve d’abord en proie à d’étranges cauchemars et, rapidement, à la venue d’un monstre lui demandant d’écouter ses histoires improbables. A la façon d'un Chant de Noël de Dickens, le monstre fait découvrir à Conor trois histoires qui vont l’aider à comprendre et à affronter l’épreuve réelle qu’il endure chaque joue : la maladie de sa mère. Avec une sensibilité de tous les instants, Patrick Ness et Siobhan Dowd tentent d’expliquer la souffrance intérieure de Conor en se mettant à la place d’un petit garçon de 13 ans qui n’est, naturellement, pas armé à faire face à ce genre de malheur.

    Si on trouve peu de personnages dans cette fable triste, c’est pour mieux les cerner et en restituer l’authenticité. Conor, sa mère et sa grand-mère. On trouvera bien une institutrice ou une meilleure amie, mais c’est ce trio, sans compter le monstre-arbre qui semble poursuivre Conor, qui compte au final. Tout la beauté du récit réside dans son refus de faire dans le tire-larmes facile et l’émotionnel bon marché. Par les histoires riches qui y sont racontées, à la fois compréhensibles par des enfants et, d’une autre façon, par les adultes, Patrick Ness fait mûrir Conor, fait comprendre à son jeune lectorat ce qui se joue de bien plus grave ici que la confrontation à un monstre bavard. Evidemment, Quelques minutes après minuit parle de la maladie, de la mort mais surtout il parle de la vie. De la façon de surmonter les épreuves lorsque l’on est encore un enfant, de la façon de savoir regarder la vérité en face et de l’accepter pour pouvoir avancer, pour pouvoir grandir sans regretter.

    Patrick Ness déroule une écriture simple mais élégante qui trouve toute sa force dans l’évocation de certaines scènes. Conor au milieu d’une salle à manger ravagée, par exemple. En intriquant le fantastique et la réalité, l’auteur mélange poésie et tristesse. Le fantastique ne serait-il pas en fait un prétexte à cette histoire finalement tragiquement banale ? Peut-être bien mais elle lui donne un cachet unique et surtout, cela permet de ne pas sombrer. Reste alors la finesse de la relation du trio mère-Conor-grand-mère, brillamment conçu de la première à la dernière page, émouvant comme pas possible et, finalement, inoubliable. Quelques minutes après minuit n’est pas uniquement le drame d’un jeune garçon, mais bien de toute une famille. Il parle de sujets très actuels – parents divorcés, harcèlement à l’école, barrière générationnelle – avec une malice sans cesse renouvelée. Ajoutez-y de superbes illustrations en noirs et blancs collant parfaitement à l’ambiance de l’histoire et vous obtenez un grand texte, tout simplement.

    Récit aux multiples facettes et à la double lecture évidente, Quelques minutes après minuit conjugue le talent de Patrick Ness et Siobhan Dowd pour rendre honneur à cette dernière de la plus émouvante des façons.
    Un classique en devenir. 
     

     

    Note : 8,5/10

    Existe aussi en version poche.

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