• [Critique] Récits du Demi-Loup, Tome 2 : Les Terres de l'Est

    [Critique] Récits du Demi-Loup, Tome 2 : Les Terres de l'Est

     

     Belle surprise fantasy de l'année passée, Véridienne inaugurait les Récits du Demi-Loup d'une certaine Chloé Chevalier. Dénuée de tout élément fantastique, cette aventure s'attachait avant tout à l'intime de plusieurs fillettes devenant femmes dans un royaume où tout semble vouloir s'écrouler. Après ce premier roman, il fallait pour la française transformer l'essai. Les Terres de l'Est, second volume des Récits du Demi-Loup, doit non seulement conserver toutes les bonne choses introduites par son prédécesseur mais également ouvrir de nouveaux horizons pour son lectorat...une tâche forcément ardue. Toujours éditée par Les Moutons Électriques et superbement illustrée par Melchior Ascaride, l'aventure continue donc... vers l'Est.

    Nous avions laissé les héroïnes de Véridienne dans une situation bien délicate. Cathelle et Aldemor partaient vers les Plaines Jaunes, exilés par le roi Aldemar en personne après le terrible aveu du prince sur l'origine de la maladie qui ravage le royaume : La Mort de L'Eau. Calvina tentait de retrouver son trône tandis que Malvane voulait, elle, s'imposer petit à petit face à un père de plus en plus attentiste. Toutes arrivaient surtout à l'âge adulte dans un contexte des plus difficiles avec en sus le poids moral des responsabilités politiques inhérentes à leur rang. Les Terres de l'Est reprend quelques temps après l'histoire du premier volume et entre directement dans le vif du sujet. Le Demi-Loup est menacé de toutes parts, à l'extérieur d'abord par l'Empire de l'Est, et à l'intérieur ensuite depuis que Calvina et Malvane règlent leurs griefs personnels par l'entremise de leurs royaumes respectifs.

    Autant le dire tout de suite, Les Terres de l'Est ne change pratiquement pas la formule de Véridienne. On retrouve toutes les forces de celui-ci, à savoir l'habilité de Chloé Chevalier pour nous faire pénétrer dans l'intimité de ses héroïnes (et son héros), sa capacité à construire des personnages poignants et nuancés, mais aussi, et surtout, son refus obstiné de céder aux sirènes du genre. Du coup, toujours aucun elfe à l'horizon, les Récits du Demi-Loup confirment leur volonté de parler de l'homme. Ou de la femme plutôt, puisque comme pour Véridienne, ce sont surtout les femmes qui sont au centre de l'histoire. Une caractéristique amusante et finalement toujours aussi rafraîchissante. Cependant, si Les Terres de l'Est conserve ses points forts, il en va de même pour ses défauts. Malgré la présence de quatre personnages point-de-vue, Chloé ne fait toujours pas varier son style, si bien qu'il faut bien faire attention à qui parle en début de chapitre. Il en va de même pour certains moments de déconstruction du récit, où l'auteur parle d'un événement futur avant de l'expliquer... et cela sans véritablement de justification à cet artifice. Heureusement, ce problème se fait plus discret avec l'avancée du récit (ou est-ce l'auteure qui a finit par mieux les intégrer à son histoire ?)

    Parlons maintenant des particularités des Terres de l'Est. Cette fois, c'est l'occasion pour Chloé Chevalier de véritablement sortir des limites du Demi-Loup pour explorer plus sérieusement des contrées effleurées dans le volume précédent. Les Plaines Jaunes, les Quatre Lacs, L'Empire... L'auteure ajuste la focale de son univers et se permet ainsi de lui donner une envergure bien plus importante que précédemment. On est par exemple ravi du voyage de Cathelle et de l'exotisme ainsi apporté au récit. Mais c'est surtout et avant tout la fin du roman qui dépayse avec le long témoignage d'Aldemor. On remarquera qu'à cette occasion, on abandonne la dimension féminine (ou presque) pour adopter un point de vue purement masculin. L'enjeu est de taille puisqu'il permet de tester de façon encore plus profonde la capacité de Chloé Chevalier à se renouveler. Mais nous y reviendrons plus tard. Outre la volonté d'étendre le monde de Véridienne, la française consacre une part importante de son histoire à un thème déjà présent dans son premier volume : la quête des origines.

    Que ce soit Nersès, Lufthilde ou encore Aldemor, tous les personnages des Terres de l'Est cherchent à comprendre d'où ils viennent. Comment s'affirmer en tant qu'adulte quand on ne sait même pas ce que sont nos racines ? La douleur qui en résulte souvent permet alors de grandir, de faire face. Mais surtout, elle permet de s'affirmer. Cette quête des origines va de pair avec la dimension initiatique des Terres de l'Est. Pour les héros et héroïnes de Véridienne semblent venir les véritables défis. Les véritables blessures. Comme elle avait pu le montrer dans le volume précédent, Chloé Chevalier sait faire évoluer et grandir ses personnages. On prend un immense plaisir à suivre ce qui constitue ni plus ni moins qu'une succession d'épreuves pour Cathelle, Aldemor, Nersès et les autres. L'impact psychologique de celles-ci constitue le principal intérêt des Terres de l'Est. Une fois encore, il s'agit d'une fantasy intimiste utilisant le prétexte d'un monde imaginaire pour pénétrer au plus profond des sentiments humains. 

    Si l'on sent que, petit à petit, l'intrigue mène droit à une guerre civile, on apprécie grandement la fin du roman. Comme on l'a dit plus haut, Les Terres de l'Est laisse la parole à Aldemor dans sa dernière partie. Son récit dévoile une zone d'ombre de Véridienne, à savoir la captivité du jeune prince après sa reddition à l'Empire...et le résultat s'avère passionnant. Non seulement parce que l'on découvre une toute nouvelle contrée, l'Empire de Gloire, mais également parce que Chloé Chevalier nous narre là un épisode aussi tragique que magnifique menant à la perte d'innocence d'un enfant. C'est d'autant plus fort qu'elle a la bonne idée de ne pas dévoiler frontalement les choses, notamment durant les orgies de l'Empereur, et qu'elle laisse notre imagination faire le reste. Tout comme Cathelle a fini par perdre son innocence dans la première partie du roman, Aldemor nous raconte comment il est devenu un homme de façon brutale et odieuse.
    Au final, Les Terres de l'Est s'affirme comme une histoire de vengeance. Vengeance contre un souverain trop lâche, vengeance contre un destin trop cruel, vengeance à l'encontre d'une enfance bafouée.

    Vous l'aurez compris, malgré sa fin abrupte (et pour tout dire bien trop précipitée), Les Terres de l'Est transforme l'essai de Véridienne. Toujours aussi passionnant et humain, le monde du Demi-Loup s'illustre une nouvelle fois par sa sensibilité et sa justesse. Les amateurs de la première heure seront comblés, les autres devraient jeter un œil à cet univers qui vaut le détour.

     

    Note : 8/10

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