• [Critique] Rock-O-Rico

    [Critique] Rock-O-Rico

    Après l’échec public de All dogs go to heaven, écrasé par la concurrence de La Petite Sirène, Don Bluth amorce une lente descente aux enfers. Film de la dernière chance pour ses studios d’animation, Rock-O-Rico (Rock-O-Doodle en VO) pèse lourd sur les épaules de Bluth et ses collaborateurs Gary Goldman et John Pomeroy. Avec un budget de 18 millions de dollars, un échec du métrage signifierait purement et simplement la fin de l’aventure pour les studios Bluth. En prenant le parti de revenir à une histoire plus traditionnelle tout en réemployant des techniques d’animation semblables à celles de Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, Rock-O-Rico n’aura pas du tout le succès escompté et viendra mettre un terme momentané à l’aventure de Bluth dans le domaine de l’animation indépendante. Retour sur un échec annoncé.

    Chantecler chante tous les jours pour que le soleil se lève sur la ferme avec son fameux Rock-O-Rico. Lorsqu’un hibou appelé Le Grand Duc le provoque en duel, notre coq chanteur oublie de donner sa prestation journalière. Pourtant, à la stupeur générale, le soleil se lève quand même. Humilié, il s’exile de la ferme et le Grand Duc prend peu à peu le pouvoir sur le monde. Pendant ce temps, le jeune Edmond écoute l’histoire de Chantecler dans son lit tandis que l’orage s’abat avec fracas sur la ferme de ses parents. Pour sauver son domaine et sa famille, Edmond appelle de ses vœux Chantecler pour que le soleil se lève à nouveau et chasse la tempête. Il se retrouve alors entraîné lui-même dans le conte et devient un des personnages de son histoire favorite. A présent, il lui faut retrouver Chantecler !

    Dès le départ, on sent bien que la manière de raconter de Don Bluth a changé. Et pas en bien. Porté par une voix-off lourde et dirigiste, le long-métrage ne peut pas compter sur la poésie d’un Petit Dinosaure et s’embourbe instantanément dans un registre ultra-enfantin et simpliste. Rock-O-Rico semble vouloir prendre le contrepied de Charlie, et rapidement tout échoue. D’abord à cause de son héros, Chantecler, hommage évident à Elvis, il n’atteint jamais l’originalité et la complexité des personnages précédents créés par l’américain. Semblant le comprendre, Bluth introduit Edmond, l’enfant qui sera le véritable héros du film. Pour le faire intervenir, il passe par un court instant de film live avec des acteurs très peu convaincants, et bascule dans le monde animé son protagoniste du réel d’une manière qui n’est pas sans renvoyer à L’Histoire sans Fin ou Qui veut la peau de Roger Rabbit ?. Seulement voilà, l’animation et l’incrustation sont d’une laideur incontestable. Heureusement que les passages combinant les deux s’avèrent courts, la chanson de fin est une catastrophe graphique irregardable aujourd’hui... En parlant de chanson, et puisque Chantecler est un « chanteur », c’est bien la musique qui occupe une place primordiale dans le métrage, mais elle est beaucoup, beaucoup moins convaincante que dans les précédentes œuvres de Bluth, pour ne pas dire anecdotique.

    Mais le pire de tout reste l’histoire, d’une banalité affligeante, expurgée de toute complexité ou sous-texte plus adulte et/ou avant-gardiste. On se retrouve en face d’un simple récit d’aventures où Chanteclerc devra affronter le méchant (Le Hibou qui renvoie furieusement à celui de Brisby, en bien plus raté) et sauver ainsi le monde d’Edmond. Le tout véhicule des valeurs de courage et de confiance en soi des plus banales. Au fur et à mesure des péripéties, on s’aperçoit non seulement du ton très enfantin employé mais aussi du peu de passion qui ressort du film. Celui-ci aurait pu être enfantin mais dégager une poésie certaine tout en explorant des thèmes encore peu abordés – à l’image du deuil dans le Petit Dinosaure – mais on ne trouve rien de cela dans Rock-O-Rico. C’est à peine si l’on effleure le monde du star-system avec le manager ripoux de Chantecler... Là où les autres films de Don Bluth avaient des années d’avance, Rock-O-Rico a, lui, des années de retard. Moins entraînant qu’un Mary Poppins qui mélangeait aussi animation et film live, bien moins abouti et jouissif qu’un Roger Rabbit, le long-métrage n’arrive jamais à décoller, ni à nous toucher à travers ses personnages qui restent désespérément vides. Le seul instant où l’on retrouve un peu de cette folie visuelle et atmosphérique qui caractérise Bluth, c’est dans l’antre du Grand Duc avec cet orgue monumental producteur de tempête. En somme, un vrai désastre qui s’achève, en plus, sur une séquence hideuse au possible, comme déjà évoqué plus haut. Arrivé à la fin du film, on a toute les peines du monde à croire que c’est le même Bluth qui avait fait quelques années plus tôt ce petit chef-d’œuvre qu’était Charlie, mon héros.

    Désastre artistique et commercial, Rock-O-Rico marque le début de la longue traversée du désert de Don Bluth. Mal pensé, peu original, techniquement à la traîne et surtout tout à fait quelconque, Rock-O-Rico est une immense déception.

    Note : 3/10

    Meilleure scène : Le Grand Duc et son orgue


    Tags Tags : , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :