• [Critique] Rois du monde, deuxième branche : Chasse Royale

    [Critique] Rois du monde, deuxième branche : Chasse Royale

    Salut à toi voyageur ! Salut à toi compagnon !
    Assieds-toi, prends place à mes côtés pour au moins une veillée. Je sais bien ce que tu es venu écouter, n'essaye pas de te dérober. Tu veux m'entendre te parler de la Chasse Royale, de cette légende parmi les légendes. Mais qui suis-je pour en juger ?
    Tu connais le barde qui me l'a déclamée, après tout il arpente ces terres depuis bien des cycles à présent. Son nom s'est mué en mythe, son écriture en une rumeur fracassante. Jaworski qu'on l'appelle, Jean-Philippe pour sa maisonnée. D'un pays Franc il vient, mais de la terre Celtique il semble l'enfant. A la solde des Moutons Électriques, notre barde farceur a nourri un plan diabolique. Celui de nous envoyer un héros, un aventurier de notre terre celte, Bellovèse le Même pas Mort. Dans sa roublardise, Jaworski a pris un soin méticuleux à découper son épopée en plusieurs branches, refusant de nous offrir l'arbre d'un tenant. Combien de temps s'est-il écoulé depuis la première aventure du fils de Sacrovèse ? Des années semble-t-il. Il sait se faire désirer notre barde retors mais peu osent lui contester sa lenteur. Que serait-il sans elle, sans ce soin tout particulier d'artisan qu'il met dans son oeuvre ? Un bien piètre amuseur de pauvres gens pour sûr. Oui, je sais, tu n'es pas là pour ça, compagnon. Tu es là pour la suite de l'histoire, pour que je te dise où les Rois du Monde nous mènent. Eh bien morveux, chez les Celtes, chez nous, chez notre barde en exil... à une Chasse Royale qui risque de faire du bruit dans les futaies et les maisonnées.

    Te souviens-tu de Bellovèse ? Le fils de Sacrovèse trahi par son oncle Ambigat, roi des Bituriges, le héros flamboyant dont les dieux attendent tant d'exploits. Cela fait neuf années que le jeune cerf s'est installé à ta table du Haut-Roi. Puissant et fort, le souverain Biturige a senti le souffle divin lui passer sur la nuque. Son royaume si puissant jadis est mis en pièces par la famine et la maladie. Ses soldures les plus fidèles l'accompagnent pourtant vers Autricon, le légendaire site druidique. Avec lui, Bellovèse, Sumarios, Ambigametos et tous les autres héros font chemin. Tous comprennent insidieusement que le futur se joue dans l'ombre, que les peuples clients doutent de plus en plus de leur souverain. Bellovèse nous prend tous à témoin, au coin du feu, à bien des années de cette époque funeste. Il aborde un point crucial dans son histoire, celle d'une chasse royale, une affaire où druides et rois se tirent la bourre pour tirer un trait sur le passé... ou au contraire mieux le réveiller. Le fils de Sacrovèse se souvient qu'en ces jours-là, il a dû choisir entre devenir le chasseur ou la proie, entre rejoindre la meute ou se faire prédateur solitaire.

    Nous nous souvenons avec lui. Jaworski nous invite à visiter la Celtique à nouveau, à traverser ses royaumes au gré du temps. La multitude des peuples tend parfois à t'embrouiller compagnon, mais ta persévérance te mène au cœur de ces territoires inconnus, d'autant plus que le talent du conteur te rend les choses plus aisées. A peine l'auras-tu remarqué que tu jongleras avec Bituriges et Sénons, Turons et Séquanes, tu verras. Dans ce récit savoureux, tu finiras par plonger tête la première dans la Celtique, par être familier de ses coutumes et de ses peuples. Tout ça parce que tu le sais bien, Jaworski reste un maître d'immersion. Il nous l'avait déjà prouvé à maintes reprises. Tous les plus minuscules détails se retrouvent dans sa verve si légendaire, son phrasé reconnaissable entre mille. Plus encore qu'avant, le barde nous engonce dans son ambiance celtique, délicieuse au possible, authentique comme pas permise. On reconnaît là l'érudit. Il a beau être roublard le Jaworski, il sait y faire.

    C'est surement chose étrange de se dire qu'avec son style enjôleur, le conteur pourrait nous décrire n'importe quoi, nous entraîner dans n'importe quelle aventure. Tu le sais bien compagnon, tu as déjà bu ses paroles à maintes reprises. Il a la grandeur des rois quand il devise, et nous autres restons pantois à chaque tournure. La chasse royale qu'il nous dépeint ne déroge pas à la règle. C'est chose splendide que de l'entendre, que de la suivre entre fureur et souvenirs. Chaque phrasé est un joyau, chaque récit une envolée de lyrisme vibrante. Qu'il est bon de retrouver sa parole de sorcier à celui-là ! Quel bien fou pour le compagnon avide de sensations ! Intimes ou guerrières, il s'en trouve pour contenter tous les hommes. Il jongle comme le meilleur des saltimbanques entre la douleur de la guerre, la colère de la trahison et la tristesse de la perte. Il sait nous mener dans les territoires de nos peines comme dans ceux de nos plus grands frissons guerriers. Pour peu, on en viendrait à croire qu'il jouit d'une certaine magie cachée.

    De magie, sa chasse n'en manque pas. Oh non, ne fais pas cette mine répugnée cher ami, pas de grandes esclandres à l'horizon avec notre Jaworski. Tu devrais le savoir à la longue. Sa pincée de surnaturel se devine à l'orée des bois, elle joue à cache-cache avec toi. Il sait ménager ses effets notre maître es fantasy. Des dieux et des créatures mythiques, il nous gratifie avec malice, les accommodant juste au bon moment. Cette subtilité, elle coïncide avec la finesse de son écriture et l'intelligence de son histoire. La suite du Même pas Mort se concentre bien davantage que son illustre aîné. Elle nous embarque dans un imbroglio de rois, de druides et de soldures. De loyautés bafouées et de traîtrises resurgies des endroits les plus reculés du passé. Sûr que l'on a du mal à se souvenir des détails qu'il avait semés il y a déjà des années, mais Jaworski sait nous rappeler doucement les choses et atténuer la difficulté pour suivre son épopée.

    Des difficultés tu en auras, curieux que tu es. Mais plus tu avanceras, plus tu t'y retrouveras. A nouveau, tu renoueras les liens avec la Celtique et Bellovèse, ce personnage sublime qui nous marque en moins de deux soupirs. Il ne sera pas le seul, et l'on se prend à admirer ces innombrables héros, forts-en-gueule pour certains, castagneurs pour d'autres. Bouos ou Sumarios te laisseront des souvenirs à passer à tes enfants, sois en sûr. D'autant que le Jaworski sait saisir l'instant dramatique ou intimiste, avant de nous inviter à notre tour dans l'intimité des héros. C'est beau à en pleurer parfois, avec cette rage rentrée qui nous fait pester contre l'injuste. C'est ça le talent d'un barde qui se respecte : faire bouillir le sang de son public assemblé. Crois-moi quand je te dis que cette chasse royale va te remuer à de nombreuses reprises. Elle convoque la mélancolie d'un temps de jeunots perdus dans les affres de la guerre, pour les confronter à la rudesse des jeux de dupes royaux. Elle oppose l'envie de sauver la nature et ses mythes à celui de punir des hommes devenus trop avides. Sous son apparence héroïque, Chasse Royale va plus loin. Il fouille en toi et dans tes tripes sans en avoir l'air. Quand on te dit qu'il est roublard ce Jaworski.

    Le pire pourtant n'est pas là ! Oh non mon ami. Le plus infamant dans cette Chasse Royale trépidante et passionnante, c'est que le maudit barde te laisse en plan comme lors de sa première épopée, au pied d'Autricon, avec Bellovèse face au destin. Rageante cette fin, n'est-ce pas ? Allez, remets-toi compagnon, la patience tu l'as déjà pour avoir attendu si longtemps. Ne boude pas le plaisir de ce nouveau conte sublime, n'oublie pas son intelligence et son raffinement. Il ne te reste qu'à attendre pour cueillir une nouvelle branche apportée par Jaworski lui-même.
    Une branche qui promet sacrément.


    Note : 9.5/10

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 8 Mai 2015 à 23:35

    Cette chance ! Jaloux je suis...

    A.C.

    2
    Samedi 9 Mai 2015 à 00:21

    Allez encore quelques jours. C'est parce que j'avais du temps libre maintenant et pas après que c'était bien de le lire mais ça arrive dans toutes les bonnes librairies très bientôt.

    3
    duarcan
    Samedi 9 Mai 2015 à 13:53
    Pour le coup, je suis jaloux
    4
    Samedi 9 Mai 2015 à 18:02
    Gromovar

    Je ne lis pas. Je ne veux pas savoir.

    Après.

    5
    Samedi 9 Mai 2015 à 18:46

    C'est spoiler free mon cher !

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