• [Critique] Rois du monde, deuxième branche : Chasse Royale II

    [Critique] Rois du monde, deuxième branche II : Chasse Royale

    - Critique Rois du Monde, Première branche : Même pas Mort
    - Critique Rois du Monde, Deuxième branche : Chasse Royale I
    - Interview de Jean-Philippe Jaworski

    Voilà un an que nous avions laissé Bellovèse, fils de Sacrovèse, fils de Belinos, dans un situation plus qu'épineuse. A Autricon, le haut-roi Ambigat a été trahi par les siens, jusqu'à son propre fils Ambigametos. Pour assurer sa fuite devant les autres clans de la Celtique, Bellovèse, Sumarios et une poignée de héros se sont jetés dans la bataille. Encerclé de toutes parts, Bellovèse est finalement sauvé in extremis par son frère et son beau-père. Désormais captif, le héros Biturige attend son jugement à Autricon. Sauf que Meroglaise et d'autres guerriers viennent le chercher pour l'emmener dans un tout autre endroit. Bellovèse sera bel et bien jugé mais pas par ceux qu'il escomptait.

    Voilà, le plus succinctement possible, résumée la situation au début de ce "troisième" volume de la saga des Rois du Monde de Jean-Philippe Jaworski. "Troisième" volume car il s'agit de la seconde partie du deuxième tome intitulé Chasse Royale. Suite à des problèmes techniques et un matériel romanesque devenu trop important pour tout faire tenir dans un seul et même volume (cf. Interview de Jean-Philippe Jaworski), nous voici devant un roman coupé en trois. Ce découpage, aussi justifié soit-il par son auteur et son éditeur, n'en reste pas moins un épineux problème. Soyons honnêtes, le lecteur qui pose ses mains avides sur Chasse Royale II a du attendre un temps non négligeable pour retrouver Bellovèse - un an pour être exact - et le fait qu'en plus le dit lecteur se retrouve avec un second volume saucissonné, pour quelque motif que ce soit, s'avère problématique. Outre l'évidente raison pécuniaire, qu'est-ce qui pose problème dans ce saucissonnage ?

    Déjà parce que l'on se retrouve perdu devant l'histoire. Evidemment, il s'agit d'un écueil propre à toutes les sagas mais le fait de multiplier les tomes (et à plus forte de raison de débiter un tome en tranches) rend encore plus difficile pour le lecteur de s'y retrouver. Il s'est tout de même écoulé un an entre la publication de cette seconde partie et la première. Sachant qu'il reste la troisième partie de Chasse Royale...et le dernier tome (La Grande Jument), le lecteur le plus assidu aura intérêt à prendre des notes en fin de chaque volume pour ne pas devoir tout relire au prochain coup. Cette critique, même si elle apparaît boiteuse, est d'autant plus justifiée que Jean-Philippe Jaworski écrit avec Rois du Monde une saga foisonnante, complexe, et comprenant de (très) nombreux personnages. La second problème posé par le découpage de Chasse Royale, c'est aussi la constante sensation de trop peu tout en ayant un récit qui semble, tout simplement, inégal. En prenant l'écrivain français au pied de la lettre, et si les trois volumes de Chasse Royale forment un tout, son récit semble bien déséquilibré. Après le côté épique de la première partie, cette deuxième se rapproche beaucoup plus du rythme d'un Même pas mort. Comme si toute l'action était condensée dans l'opus précédent. 

    En réalité, le découpage en trois parties est aussi épuisant pour le lecteur qu'il l'est pour le récit. C'est aussi pour ça qu'il est impossible de faire l'impasse de cette critique préliminaire à l'encontre de ce nouveau roman. D'autant plus que les cent vingt premières pages - c'est-à-dire le voyage de Bellovèse vers son lieu de jugement - a tendance à traîner la patte. On comprend rapidement pourquoi Jaworski tient à décrire le périple de son héros dans les détails mais on se dit aussi qu'il aurait pu largement condenser son récit et le structurer autrement. Les pages gagnées n'auraient peut-être pas permis la publication d'un seul volume, mais pourquoi pas de scinder l'ouvrage original en deux au lieu de trois. Dans les premières pages de Chasse Royale II, l'auteur français reprend son système narratif déchronologique et invite le lecteur à écouter trois flash-backs concernant trois personnages importants pour Bellovèse. L'ennui là-dedans, et le lecteur assidu de Jean-Philippe Jaworski le sait, c'est que le français est diaboliquement doué pour créer des personnages secondaires passionnants. De ce fait, on a d'un côté des flash-backs magnifiques et, de l'autre, un périple tout a fait convenu voir, n'ayons pas peur des mots, poliment chiant. 

    Une fois ce début laborieux passé - la remise en mémoire des événements et personnages, le long voyage de Bellovèse - Jaworski installe son action en un lieu unique et colle encore davantage à un récit à la Même pas Mort. A partir de là, Chasse Royale renoue avec l'exquise perfection narrative et stylistique d'un écrivain de fantasy qui n'a plus rien à prouver. On ne fera pas l'affront aux lecteurs d'expliquer par le menu les qualités de Chasse Royale II puisqu'elles sont, peu ou prou, les mêmes que celles des volumes précédents de la saga. Langue sublime confinant dans certains moments au génie, structure narrative enchâssée où les souvenirs surviennent sans prévenir, érudition de tous les moments (et toujours aussi épatante), une capacité à jouer avec les codes de la fantasy pour lorgner vers la mythologie pure...rien n'a changé. Tous les personnages de Chasse Royale II sont succulents, à commencer par Bellovèse, forcément, mais aussi par ce druide sournois, Morigenos. Jaworski utilise les pierres posées dans les deux tomes précédents pour ériger une intrigue de plus en plus touffue, de plus en plus ample, de plus en plus prenante. C'est passionnant et étrange à la fois, dépaysant au possible encore et toujours.

    Au fond, si ce n'est les errements du premiers tiers, rien de nouveau à dire sur cet univers que Jaworski enrichit par une sorcière aux multiples facettes, avec une vieille connaissance qui semble ne pas vouloir mourir et avec de sombres secrets tantôt émouvants (l'adultère) tantôt écœurants. Jaworski maîtrise son sujet, il prend un malin plaisir à mener le lecteur dans les recoins obscurs du passé de Bellovèse, et surtout à entretenir une ambiance celtique incomparable. Malheureusement, et comme pour la première partie, ce tome s'arrête abruptement, laissant son lecteur orphelin chercher une feuille-mémo pour transcrire les derniers rebondissements en attendant une dernière partie qu'on devine pleine de rebondissements. En fait, et c'est bien dommage, ce seront certainement les lecteurs qui découvriront le cycle terminé qui prendront le plus de plaisir à le lire. Les impatients, eux, auront bien davantage de mal à saisir le tableau d'ensemble que l'on devine pourtant magnifique.

    Chasse Royale II souffre cruellement de n'être qu'une "partie" d'un tout que l'on devine bien plus grand. Cependant, une fois évacuée cette problématique qui, de toute façon, ne pourra pas être corrigée, on se délecte de la prose de Jean-Philippe Jaworski qui revient rapidement à son meilleur, tisse des charmes à son lecteur et nous replonge avec malice dans une épopée Celte mystérieuse et impitoyable. 

    "Je n'ai pas de mots pour raconter la suite. Et pourtant, à des années et des années de distance, j'éprouve encore le désir puissant de dérouler par le menu toute notre histoire, de m'attarder sur les lieux, les ombres, les lumières et surtout l'ensorcellement de nos cœurs et de nos corps. Mais je crains, faute de formule, faute de musique, de ne remuer que la cendre. Du moins puis-je rendre grâce aux dieux de ce terrible tour qu'ils mont joué : au-delà de la volupté, de l'amour ou du rapt, j'ai succombé à une ivresse plus large que mon âme."

    Note : 8.5/10

     

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