• [Critique] Room

    [Critique] Room
    Oscar de la meilleure actrice 2016 pour Brie Larson
    Golden Globes de la meilleur actrice 2016 pour Brie Larson
    Screen Actors Guild Awards de la meilleur actrice 2016 pour Brie Larson
    Nommé à l'oscar du meilleur film 2016
    Nommé à l'oscar du meilleur réalisateur 2016 pour Lenny Abrahamson

     On pénètre dans Room comme dans un film fantastique. Ils sont deux, un petit garçon aux cheveux longs de 5 ans, Jack, et une mère que le petit garçon ne nomme que Ma. Tous les deux vivent dans la pièce (Room) et leur monde se limite à celle-ci. Lenny Abrahamson que l'on avait véritablement découvert avec le très étrange Frank en 2014, nous présente un univers en miniature. L'enfant et la mère ont des rituels, des légendes de gamins qui pourtant semblent bouffer la réalité. Des légendes à propos d'un dimanche où l'on reçoit des cadeaux, d'un monde du dehors qui n'existe pas, qui n'existe plus. Pendant la première moitié du film, tout se passe en huit-clos, tout ici se résume au quotidien morne et spartiate de Jack et de sa mère. Le spectateur étouffe, sent sa gorge se serrer dans ce cauchemar pour claustrophobe où seul un velux semble offrir un once de salut aux deux survivants...Mais survivants à quoi en fait ?

    Room n'est pas un film fantastique. Room est un film inspiré de plusieurs faits divers sordides et il laisse, petit à petit, la place à un film d'horreur glaçant, du moins dans son premier segment. Vu à travers les yeux de Jack, la pièce devient l'univers, devient l'ensemble des possibles. On entend en voix-off la voix pensive et doucereuse du petit garçon qui rêve d'ailleurs sans pouvoir en connaître la véritable teneur. Ce poignant aperçu d'une enfance enfermée donne une puissance émotionnelle insoupçonnée à Room. Sauf que bien vite, les illusions volent en éclats quand Old Nick rentre dans la danse. Jack n'est pas un tueur de géants, sa mère n'est pas une princesse enfermée dans un donjon. Tous les deux sont retenus par un psychopathe dans un minuscule cabanon depuis des années. Chaque dimanche, ce n'est pas un monstre qui vient rendre visite à Ma et qui produit ces étranges bruits à l'extérieur de l'armoire où est enfermé le petit Jack. Cette scène à la fois fabuleuse et insoutenable où Jack compte et s'évade par son imagination pour ne pas entendre sa mère se faire violer. Encore et encore. Semaine après semaine. Le conte noir devient un cauchemar éveillé. Et le spectateur sombre.

    Entre Jack et Old Nick, il y a Ma. Cette mère qui se débat pour protéger son seul et unique présent, son fils. Son fils qui n'a qu'une mère et n'aura jamais de père. Brie Larson, lauréate de l'oscar de la meilleur actrice, s'avère aussi parfaite que dans l'excellent States of Grace où elle brillait déjà. Crasseuse, sans maquillage, avec des cheveux gras et mal habillée, elle est d'une humanité aussi primale que poignante. Et pourtant, Brie Larson se fait constamment voler la vedette par un gamin de cinq ans : Jacob Tremblay. Ce gosse là est hallucinant, tout simplement hors-norme. C’est sur lui que repose en réalité tout le récit et cela jusqu'à la toute dernière minute. Pendant l'enfermement, il est fabuleux. Il le sera après aussi. Seulement, c'est là qu'intervient l'erreur fondamentale d'Abrahamson : Room n'est pas un huit-clos tout du long et, à un moment, on sort de la cabane, on retrouve le monde. Si l'échappée est grandiose, moment de tension hallucinant qui conjugue la poésie d'un enfant découvrant le monde pour la première fois et la peur intense de manquer l'opportunité donnée, la suite redevient plus banale. Elle perd pour tout dire le sentiment de surréalisme et d'horreur claustrophobique qui faisait merveille dans la première partie.

    Tout n'est pas à jeter pour autant. Au contraire même. Room se réoriente vers des objectifs plus classiques en tentant de revenir sur le traumatisme et les moyens de le surmonter. C'est parfois très beau et touchant, parfois difficile, mais c'est aussi déjà-vu et bien trop conventionnel. Tremblay ne cesse de toucher en plein cœur, le petit Jack retrouvant petit à petit son identité tout en essayant chaque seconde de conserver les mythes qui lui ont permis de survivre (la longueur de ses cheveux par exemple) pendant que Ma s'enfonce dans la dépression, rattrapée et bouffée par la réalité brutale d'un monde voyeuriste et destructeur. Encore une fois, sur ce plan, le long-métrage n'apporte rien de neuf mais arrive toujours à se maintenir à flot grâce aux scènes du jeune Jack et le fait qu'envers et contre tout, le récit s'appréhende par ses yeux, ses yeux de gosse qui cherche à comprendre l'indicible. C'est sur ce point précis que la seconde partie de Room se sauve. Cette capacité à saisir les instants où Jack n'est pas tout à fait un enfant et ceux, plus terribles, où il rêve encore et toujours. A jamais marqué par la pièce, par Old Nick et ce qu'il a vécu. 

    Room se conclut sur une scène d'un académisme relativement navrant, Jack et Ma main dans la main allant de l'avant au milieu des flocons de neiges, mais parvient tout de même à parler d'une enfance saccagée avec un talent certain. Dommage encore une fois qu'Abrahamson n'ait pas gardé son huit-clos jusqu'au bout et creusé les sentiments ambivalents du personnage interprété par Brie Larson, sentiments qui ne sont finalement qu’effleurés bien vite dans la seconde partie. En l'état, on se passionne pour l'histoire et pour Jack, on est souvent touché par ce petit bout d'homme, et malgré les défauts du métrage, Room arrive à atteindre son but premier, reconstruire une relation mère-enfant dans un cadre unique et terrible. C'est déjà beaucoup.

    Note : 8,5/10

    Meilleure scène : L'évasion

     

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