• [Critique] Royal Affair

    [Critique] Royal Affair
    Ours d'argent du meilleur scénario Berlinale 2012
    Ours d'argent du meilleur acteur Berlinale 2012 pour Mikkel Boe Følsgaard
    Nommé Oscar meilleur film en langue étrangère 2013
    Nommé Golden Globes meilleur film étranger 2013

     

    Passé un tantinet inaperçu en France à sa sortie cinéma, Royal Affair mérite pourtant que l'on s'y attarde. Quatrième film du danois Nikolaj Arcel, le métrage joue la carte de la reconstitution historique de la seconde moitié du XVIIIème siècle au Danemark. Distingué lors de la Berlinale en 2012 pour son scénario et son acteur principal, le génial Mads Mikkelsen, Royal Affair a même connu une petite consécration en figurant parmi les cinq nommés de la catégorie Meilleur film en langue étrangère aux Oscars 2013. Succès public au Danemark, cette fresque de deux heures et quart tourne principalement autour de la question du pouvoir en politique. Pressenti pour adapter le comics Fables ou la série de romans culte La Tour Sombre de Stephen King, Nikolaj Arcel a réussi à s'imposer sur le devant de la scène internationale. Que vaut ce Royal Affair ?

    En 1770, le Danemark vit sous le règne de Christian VII. La fille du prince de Galles, Caroline-Mathilde, l'épouse pour resserrer les liens entre l'Angleterre et le Danemark. Réputé amateur d'arts et de comédie, Christian VII s'avère tout autre lorsque Caroline-Mathilde le découvre. Fantasque, imprévisible et peut-être même rongé par la folie, le monarque fait le malheur de sa nouvelle épouse, qui sombre peu à peu dans la dépression. A l'occasion d'une visite à Hambourg, la Cour fait appel à un certain docteur allemand nommé Johann Struensee. Grâce à son approche peu conventionnelle, celui-ci arrive non seulement à juguler les humeurs inégales du roi, mais également à devenir son plus proche ami. Lors du retour à Copenhague, Struensee fait forte impression à Caroline-Mathilde, d'autant plus que, comme elle, il est un adepte des Lumières de Voltaire et Rousseau. Le docteur découvre une Cour danoise décadente, où le roi n'est qu'un pantin. En s'approchant de Caroline-Mathilde, il va transfigurer le Danemark, instaurant les idées des Lumières avec près de vingt ans d'avance sur la France. Malheureusement, ce jeu politique et amoureux ne sera pas sans risque...

    Un nouveau drame amoureux en costumes ?
    Pas du tout. Royal Affair se révèle très rapidement déjouer toutes les attentes. Nikolaj Arcel bâtit patiemment une fresque passionnante, alliant réflexion sur le pouvoir politique, sur la séduction (physique ou intellectuelle) et sur l'humanité elle-même. Profitant d'un scénario d'une précision redoutable, le danois met en lumière une page d'histoire édifiante. Sa réalisation se révèle somptueuse, jouant de pudeur et de malice, employant à plein régime les merveilleuses possibilités des décors du XVIIIème siècle pour accoucher d'une plongée dans la Cour danoise de l'époque. On saluera immédiatement l'emploi du silence dans le métrage, Arcel n'hésitant pas à s'attarder sur le visage des protagonistes pour décupler l'impact émotionnel (la séquence sous la pluie, la scène de l'échafaud, la scène finale dans la chambre). De même, la lumière est gérée de façon remarquable, transformant le palais tantôt en un endroit lumineux, tantôt en une place obscure et terrifiante. Côté mise en scène, Royal Affair est une grande réussite.

    Ce n'est là que la première de ses qualités. Alors que l'on pourrait redouter une énième histoire de tromperie royale, Arcel joue de subtilité en jonglant avec trois personnages résolument délicieux. En premier lieu, la reine Caroline-Mathilde, interprétée par l'excellente Alicia Vikander - que l'on retrouvera dans Ex Machina - incarnant une figure féministe avant l'heure, femme de convictions dont la vie oscille entre tragédie et passion. Ensuite, c'est le formidable Mads Mikkelsen que l'on ne présente plus, qui interprète le docteur Johann Struensee, un homme des Lumières passionnant et passionné, qui emporte tout par son charisme et son intelligence. Étrangement pourtant, Mads Mikkelsen se fait voler la vedette... par un acteur jusqu'ici rigoureusement inconnu. Le danois Mikkel Boe Folsgaard incarne le roi Christian VII avec un talent époustouflant. Il compose un souverain rongé par la folie, mais aussi terriblement humain, Arcel arrivant tour à tour à nous le faire détester, puis aimer tout en douceur. Il faut encore une fois saluer l'immense prestation de Folsgaard, la vraie révélation du métrage. Autour de ce trio gravite un certain nombre de personnages secondaires, très bien gérés par Arcel, de telle façon que l'on ne se perd jamais dans l'intrigue politique qui sous-tend cette histoire.

    Outre la passion amoureuse entre Struensee et la reine, c'est aussi la relation d'amitié entre le roi et Struensee qui apporte beaucoup au film. Non seulement les deux acteurs sont excellents, mais leur entente permet également de nuancer la vision du spectateur à propos de Christian VII. La séquence où Christian pleure dans les bras de Struensee fait partie des moments de grâce du métrage. Pourtant, à ce stade, Royal Affair constitue simplement un film historique brillamment interprété et mis en scène. Ce qui permet au film de Nikolaj Arcel de toucher des doigts le statut de chef-d'oeuvre, c'est sa virulente dénonciation politique mais aussi sociale. Sous couvert d'un film en costumes, Arcel développe un point de vue en total décalage avec la pensée dominante actuelle : non, la démocratie n'est pas le meilleur des régimes. Alors que Struensee prend le pouvoir et devient une sorte de dictateur éclairé, donnant au peuple la liberté de penser, d'écrire et plus largement de vivre, le peuple se laisse embobiner. Victime d'une cabale de la cour, Struensee se voit condamné, sous les yeux d'un peuple jubilant et complice. Dupées par la propagande facile des conspirateurs, les petites gens ne réfléchissent pas, ils ne voient qu'une chose : Struensee a couché avec la reine. Peu importe les immenses avancées qu'il permet au pays, tout ce qui importe au peuple, c'est l'artifice et la moquerie. Dès lors, et jusqu'à la fin où l'on explique que c'est Frederik qui va rétablir son pays, Arcel critique le pouvoir d'un peuple englué dans sa propre stupidité. Jusqu'à cette terrible réplique "Je suis l'un des vôtres", lancée par un Struensee médusé par l’imbécillité crasse de ceux qu'il a tenté de défendre toute sa vie durant. Royal Affair offre une singulière réflexion sur le pouvoir et la vacuité de l'esprit humain, tout en dénonçant avec virulence le pouvoir des médias.

    Frôlant le chef-d'oeuvre, Royal Affair n'est pas qu'un grand film historique porté par des acteurs impeccables, il est aussi une profonde dénonciation de la stupidité ordinaire et des pièges du pouvoir. Avec ce quatrième film, Nikolaj Arcel devient un réalisateur à suivre de très près.
    Indispensable !


    Note : 9.5/10

    Meilleure scène : Christian VII reprend le pouvoir au conseil - L'échafaud - La scène finale dans la chambre de Christian

    Meilleure réplique : "Je suis l'un des vôtres !"

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