• [Critique] Royaume de Vent et de Colères

    [Critique] Royaume de Vent et de Colères

    La France compte un sacré nombre de talents. On parlait encore récemment de Cédric Ferrand pour son Sovok et voilà que les éditions ActuSF nous sortent de leur manche un de ces as cachés qu'on n'avait pas du tout vu venir. Son nom : Jean-Laurent Del Socorro. Comme rien n'arrive par hasard, il est à l'origine de Cirkus, un jeu de rôle auquel a participé un certain sieur Ferrand. Pourtant, soyons francs, à part pour les fans les plus assidus du Bélial - où il a publié une nouvelle intitulée La Mère des mondes - Jean-Laurent Del Socorro reste un inconnu en France. Enfin, plus pour longtemps. Royaume de Vent et de Colères est son premier roman, et croyez-le ou non, mais vous allez vous en souvenir !

    Henri IV, le roi protestant converti au catholicisme, marche sur Marseille à la tête de ses armées. Après la prise de Paris, celui qui a entrepris de mettre fin aux guerres de religions qui ravagent la France depuis une éternité se doit de reconquérir la Cité Phocéenne, tombée aux mains de Charles de Casaulx. Les jours de la république de Marseille sont comptés. Au cœur d'une petite auberge, La Roue de Fortune, Axelle et Gilles assistent au chassé-croisé de plusieurs étrangers : Gabriel, vieux chevalier rongé par le regret, Victoire, mystérieuse meneuse de la Guilde et Armand, Artbonnier en fuite. Les destins se bousculent aux yeux de l'ancienne mercenaire et bientôt Axelle, tiraillée entre sa nouvelle vie de famille et sa nature profonde, devra choisir sa voie. 

    Royaume de Vent et de Colères, contrairement à ce qu'il pourrait laisser penser, n'est pas un roman de fantasy. Il s'agit d'un mélange constitué à 80% de roman historique et 20% de fantasy. Peu importe de toute façon, mais la précision méritait d'être apportée. Jean-Laurent opte pour la revisite de l'Histoire avec un grand H mais sans aucune forme d'uchronie. Non, son objectif est tout autre et se rapproche bien plus de la série Rome. Outre la touche de fantasy contenue dans le récit, le français imagine surtout la petite histoire, celle d'une poignée de personnages : Victoire, Axelle, Gabriel, Armand, Silas et Gabin. A partir de cette galerie chamarrée, Jean-Laurent Del Socorro va bâtir un roman passionnant.

    Le récit s'ouvre sur une première partie assez conventionnelle, où l'auteur nous présente ses protagonistes, ainsi que les enjeux de l'épineuse situation dans laquelle se trouve la République de Marseille. Divisé selon les points de vue de différents personnages - un peu à la façon du Trône de Fer -, Royaume de Vent et de Colères commence lentement. Jusqu'au premier chapitre de Silas, où celui-ci nous prend à témoin et s'adresse directement à son bourreau. C'est à ce moment que Jean-Laurent Del Socorro fait un choix audacieux, celui de consacrer un gros tiers (voir plus) de son roman à une succession de flash-backs, toujours découpés selon les principaux acteurs du récit. Grâce à des chapitres courts (le plus long doit faire huit ou neuf pages), l'histoire devient très rapidement addictive et ne lambine pas. Elle va à l'essentiel, ne s'encombre pas de péripéties artificielles. De ce fait, on se retrouve devant un page-turner passionnant. D'autant plus passionnant que Jean-Laurent Del Socorro fait preuve d'un talent insoupçonné pour construire ses personnages.

    Avec son style aussi incisif que fluide, le français nous raconte le parcours de ses anti-héros. Il nous emmène sur les traces d'une enfant délaissée qui deviendra capitaine d'une compagnie de mercenaires - renvoyant d'ailleurs furieusement à la Compagnie Noire - en n'oubliant jamais de saisir le côté fragile et humain du personnage. Cette volonté de ne jamais verser dans un monde en noir et blanc, mais de présenter des hommes et femmes en niveaux de gris fait clairement des merveilles. De l'histoire tragique de Gabriel à l'existence cruelle de Victoire, Jean-Laurent nous cueille en quelques lignes. Le résultat est d'autant plus surprenant que l'économie de moyens du français ne laisse aucun temps mort au lecteur, tant et si bien que l'on est absorbé par le passé de ces étranges individus. Comme dans des montagnes russes, l'auteur profite des instants de répit pour faire monter la sauce et éclater ensuite dans quelques moments de grâce remarquables : la première fois entre Roland et Armand, la rencontre entre Gilles et Axelle, ou encore le passionnant apprentissage de Victoire. 

    Plus surprenant encore, Jean-Laurent Del Socorro ne mise pas tant sur la fantasy contenue dans son histoire que sur le destin ordinaire de personnages qui recèlent d'extraordinaires trésors cachés. Pas que sa fantasy soit ratée, bien au contraire. Ses magiciens - les Artbonniers - sont fichtrement élégants dans leur sobriété. Sans forcer le trait, cet apport permet de mettre du piment dans un roman qui n'en manquait déjà pas. Puis le récit revient au présent pour une conclusion attendue mais maîtrisée de bout en bout. Marseille devient un peu plus personnage à part entière, le féminisme latent du récit ravit jusqu'à la dernière seconde et la magie éclate telle une tempête vengeresse en plein champ de bataille. Entre tragédie et regrets, Royaume de Vent et de Colères se fait roman mélancolique. De surcroît, Jean-Laurent nous fait l'agréable surprise d'un bonus de fin d'ouvrage avec une nouvelle centrée sur Gabin, le petit commis de La Roue de Fortune. Oubliez le récit historique, le français approfondit une autre facette de son talent : l'intime. Récit d'enfance brisée, poignante de la première à la dernière ligne, la courte nouvelle nous ferait presque croire que Del Socorro est encore meilleur sur la forme courte. C'est dire.

    Énorme surprise que ce Royaume de Vent et de Colères. Sorti de nul part - ou presque - l'ouvrage de Jean-Laurent Del Soccoro joue les page-turners, hybride fantasy et roman historique, et finit par emporter la mise. Dans les rues de Marseille, six personnages inoubliables sont nés de la plume d'un auteur extrêmement prometteur. Et en plus... c'est un premier roman.
    Chapeau bas Monsieur !

    Note : 8.5/10

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