• [Critique] Shaun of The Dead

    [Critique] Shaun of The Dead
    Meilleur scénario British Independant Film Awards 2004
    Saturn Award meilleur film d'horreur 2004
    Prix Bram Stocker meilleur scénario 2004
    Meilleur film International Horror Guild Awards

    Dans la première moitié des années 2000, le zombie a retrouvé un nouveau souffle. Des long-métrages comme 28 Jours plus tard ou L'Armée des morts ont non seulement revitalisé le genre mais ont aussi posé les bases d'une nouvelle génération de films. L'arrivée en 2004, quasiment un mois plus tard que le métrage de Snyder, d'un certain Shaun of The Dead allait pourtant encore repousser les limites du genre. Comédie horrifique britannique couverte d'éloges dès sa sortie, le film est aussi l'occasion de lancer la carrière internationale d'un jeune réalisateur : Edgar Wright. Jusqu'alors connu par un cercle restreint de fans pour sa série déjantée Spaced, l'anglais retrouve la même équipe pour se lancer dans le cinéma à l'international. Il emmène la fine équipe qui l'épaulera dans la majorité de son travail, et notamment les deux comédiens Nick Frost et Simon Pegg, amis de toujours. Premier volet de ce qui deviendra dans un second temps la trilogie Cornetto, Shaun of The Dead va bouleverser son monde et même arriver à volet la vedette à L'Armée des morts. Comment ce qui semble être une simple comédie peut-elle arriver à pareil exploit ?

    Tout simplement parce que la comédie n'est que la partie émergée de l'iceberg. Shaun of the dead raconte l'histoire d'une apocalypse zombie (encore !) à Londres. Mais avant d'en arriver à la déferlante de morts qui marchent, il faut préciser que Shaun est un vendeur de télévision vivant avec son meilleur ami, Ed. Malheureusement, Shaun affiche trente ans au compteur et sa petite-amie Liz voudrait bien qu'il prenne ses distances avec l'encombrant Ed, qu'il arrête de toujours sortir au Winchester pour n'importe quelle occasion, et qu'il la surprenne. En somme, Shaun a besoin de s'affirmer et vite. Seulement voilà, ce n'est pas bien le genre du bonhomme, plutôt gentil loser qu'autre chose. Lorsqu'il se réveille un matin et constate que les morts-vivants ont envahi son jardin, Shaun décide de prendre sa vie en main. Il doit sauver sa mère, mettre Liz en lieu sûr et protéger Ed. Armé d'une pelle et d'une batte de cricket, les deux amis vont sauvé le monde...enfin presque.

    Avant de parler de comédie ou autre, il faut bien comprendre une chose. Shaun of the dead, contrairement à la majorité des films de l'époque, ne veut rentrer dans aucune case prédéfinie. On ne peut ni le réduire à un film de zombie, ni l’étiqueter comme une simple comédie ni même le définir comme un buddy-movie. En réalité, Wright fait tout ça en même temps et sans bâcler une seule seconde l'une de ces facettes. La plupart des comédies ou parodies se contentent de vouloir faire rire le spectateur et néglige le plus souvent leur histoire et leurs effets-spéciaux s'il doit y en avoir. Il faut remonter à des films cultes tels que Sacré Graal ou La vie de Brian pour trouver des contre-exemples. Shaun of the Dead, lui, ne se limite en rien. Edgar Wright a décidé d'offrir un véritable film avec une histoire passionnante, des gags mémorables, des personnages savoureux, des effets gores succulents et une mise en scène du tonnerre. La joyeuse équipe du film en prime, Shaun of the Dead détonne méchamment dans le paysage cinématographique de 2004.

    Première évidence : Shaun of The Dead est un film de zombie. Vous l'aurez remarqué d'emblée par le "of the Dead", référence évidente à la trilogie de George A. Romero. Wright ne se contente pas d'une simple invasion de morts-vivants  dans son film. Il commence par travailler le message social de son métrage comme l'aurait fait un certain cinéaste américain. Avant même l'apocalypse, Shaun est un zombie vivant dans un monde de zombies. Il a les mêmes habitudes et gestes au quotidien, croise des gens qui ont déjà l'air de morts-vivants dans le bus ou dans la rue, conseille mollement des clients pour les zombifier avec une télévision, et cerise sur le gâteau, il rentre chez lui pour retrouver son pote Ed affalé dans le canapé tel un zombie devant les jeux-vidéo. Bref, la société moderne aura du mal à s'apercevoir qu'elle est envahi de morts-vivants quand elle en est déjà pleine. Une fois l'apocalypse commencée, au-delà du registre comique dont nous reparlerons, Shaun of the Dead se transforme en un véritable film d'horreur avec des zombies. Wright se moque d'ailleurs gentiment de ce terme qui est devenu péjoratif à force d'en avoir abusé (Don't say the z-- word Ed !). Puis les morts-vivants envahissent le récit, rendant honneur aux créatures de Romero avec lesquelles elles partagent la même vélocité et la même apathie. Nos deux "héros" commencent alors à se défendre et l'on s'aperçoit rapidement que l'anglais ne nous offre pas une aventure au rabais mais bien une histoire de survie zombie crédible avec des monstres bien réels et des effets spéciaux vraiment aboutis. A aucun moment Shaun of the dead n'a à rougir de ses illustres aînés, il reprend tous les codes du genre et s'amuse avec. Ultra-référencé, le film de Wright fera plaisir à tous les amateurs de zombies. Le restaurant Fulci, le "We come to get you Barbara" adressé à la mère de Shaun, le séquence de festin zombie gore à souhait, la mention d'un satellite tombé sur la Terre, le journal TV prévenant de l'invasion, tout y est pour qui connaît un tant soit peu ses classiques. Mieux, il ne s'agit pas d'un fan service outrancier comme on peut le trouver aujourd'hui, mais bien de l'inclusion malicieuse et habile de quelques clins d’œils au gré des pérégrinations de Shaun et Ed. Pour l'amateur de zombies, c'est un vrai régal.

    Ensuite, Shaun of the Dead est une comédie. Il faut quand même y revenir car l'autre point fort du film, c'est ça. Avec un humour british pince-sans-rire et subtil, Edgar Wright façonne une histoire à mourir de rire. Il joue avec son spectateur grâce à la malice de sa mise en scène (le lever de Shaun en train de bailler avec la caméra fixant ses pieds) et accumule les séquences cultissimes. Rempli de référence et de traits d'humour geek au possible, celles-ci constituent les points d'orgue d'un film déjà impressionnant. On citera forcément la séquence du jardin où les deux compères sélectionnent les vinyles qu'ils peuvent lancer sur les zombies pour les achever (The Batman soundtrack ? Throw it !), les scénarios possibles pour sauver tout le monde rectifiés au fur et à mesure qu'Ed et Shaun affinent la chose ou encore l'impayable scène d'imitation de zombies. Edgar Wright ne tombe jamais dans l'excès des comédies lambda et fait montre d'un constant souci du détail sans ses gags. Du coup, chaque dialogue est l'occasion de placer de savoureux traits d'humour comme lorsque Ed dit à son autre colocataire que la prochaine fois qu'il le revoit, il sera mort...et en effet... En un seul et unique film, l'humour Wrightien se dessine. Mieux, il est parfois tellement recherché que le film gagne à être vu et revu pour ne pas passer à côté des différents gags et running-gags de l'ensemble. Evidemment, tout cela ne serait rien si le réalisateur ne bénéficiait pas des performances magiques de ses acteurs, à commencer par le duo Simon Pegg et Nick Frost, tout simplement fabuleux de bout en bout. 

    Ces deux-là rempileront d'ailleurs pour deux autres films de Wright après Shaun of The Dead. Non content de dépoussiérer le genre parodique et de mettre un bon coup de fouet au mythe zombie made in Romero, le cinéaste britannique ressuscite en plus le buddy-movie. Au fond, l'histoire de Shaun of The Dead, avant d'être une romance saupoudrée d'horreur, c'est l'histoire de deux potes : Ed et Shaun. Deux losers dont seul l'un des deux a envie de changer son statut. On vous laisse deviner lequel. L'amitié entre eux, leur complicité et, plus généralement, l'alchimie délicieusement débile mais d'une sincérité criante qu'ils affichent fait de vraies merveilles à l'écran. Wright reprendra le même schéma avec un bonheur renouvelé dans son Hot Fuzz, buddy-movie par excellence. Mais déjà dans Shaun of the Dead, le spectateur retrouve cette sympathie très eighties pour deux potes de galère pris dans les pires mésaventures. En filigrane, Shaun of the Dead célèbre l'amitié, la vraie, et démontre que même la mort ne peut séparer de vrais amies comme Shaun et Ed, cela malgré toutes les débilités d'un Ed parfois franchement lourd. Au fond, Shaun of The Dead n'est pas tant un film sur l'amour entre Liz et Shaun qu'une ode à l'amitié avec ce qu'elle a de bon et de mauvais. Finissons enfin par ajouter que le métrage bénéficie de tout le talent du réalisateur britannique sur la plan de la mise en scène, regorgeant d'idées de réalisation, utilisant à fond le potentiel offert par l'arrière-plan et les effets de caméra, et vous l'aurez compris, Shaun of the Dead tutoie le statut de chef d'oeuvre.

    Immense surprise, Shaun of the Dead a soulevé l'enthousiasme de tous à sa sortie. Un enthousiasme amplement mérité aux vues des innombrables qualités du film. A la fois un des meilleurs films de zombies jamais réalisés (le meilleur peut-être ?), une comédie succulente qui ne nous avait pas fait autant rire depuis les Monty Pythons et un buddy-movie attachant, le premier long-métrage d'Edgar Wright est une pépite, une vraie. Le genre d'oeuvre si généreuse et sincère qu'elle gagne en qualité à chaque re-visionnage. Il faudra attendre trois ans pour retrouver le trio Pegg-Frost-Wright pour le truculent Hot Fuzz. Dans l'intervalle, Shaun of the Dead aura acquis son statut de film culte.

     

    Note : 9.5/10

    Meilleures scènes : Shaun qui va chercher le cornetto le matin - Le lancer de vinyles - Les scénarios de sauvetage - L'imitation de zombie - Le raccourci - Le final dans la remise

     

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 2 Août 2015 à 07:49
    Efelle

    J'avoue lui avoir préféré Hot Fuzz et Le dernier pub... mais tu me donnes envie de le revoir ne serait ce que pour approfondir tout ça. J'ai toujours en tête la scène des vinyles et la décision d'aller au pub mais guère plus.

    2
    Lundi 3 Août 2015 à 12:03

    J'ai adoré Hot Fuzz mais je le trouve un tout petit cran en dessous. Le Dernier pub avant la fin du monde est le chef d'oeuvre de Wright jusqu'ici (et sous réserve que je n'ai pas vu Scott Pilgrim !).

    En fait, grâce à la rétrospective zombie cinéma, j'ai pu voir bien plus de clins d’œils et de détails en revoyant Shaun. C'est pas forcément indispensable de se refaire les anciens films zombies mais on se rend compte à quel point Edgar Wright connaît le genre et arrive à en tirer le meilleur parti sans tomber dans la copier-coller.

    3
    Dae-Soo
    Jeudi 13 Septembre à 14:51
    Un véritable régal ! Les plans-séquences jumeaux quand il va chercher le cornetto avant/après invasion est vraiment jubilatoire, rien n'est laissé au hasard! Un vrai coup de maître.
    Bon à savoir: les points communs aux 3 films, hormis l'emballage cornetto et le trio Wright/Pegg/Frost est le bruit de la borne d'arcade, un petit son 8 bits.. je ne saurai dire à quels moments mais il est présent dans les 3!
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