• [Critique] Sous le Soleil

    [Critique] Sous le Soleil


    Viktoriya
    et Patrice Lajoye, traducteurs de nombre d’ouvrages en langue russe, déterrent pour le lecteur une nouvelle relativement courte (38 pages) de l’auteur russe Mikhaïl Artsybachev, quasiment inconnu en France – en mettant de côté Sanine l’année dernière. Auto-édité chez lulu.com, le petit livret comprend également une préface des traducteurs et un certain nombre de rectifications sur le texte existant pour en harmoniser la traduction de Louis Durieux datant de 1926. L’initiative s'avère assez rare pour la supporter.

    Résolument nihiliste, Artsybachev nous raconte en fait une sorte de post-apocalyptique où la Révolution d’Octobre a échoué. Les conséquences inattendues de cet échec ne feront cependant que retarder une réaction des contre-révolutionnaires et de la bourgeoisie qui finira par faire sombrer l’Europe. Dans une langue épurée et parfois incisive, l’auteur divise en 3 parties son histoire et nous conte parallèlement le sort de quelques pauvres êtres ayant survécu au déchaînement de violence en Europe – qui sont ainsi retournés à l’âge de pierre – et, en accéléré, le récit d’un combattant de la révolution qui voit petit à petit tout espoir s’envoler pour lui et ses frères d’armes.

    Il faut, bien évidemment, replacer la nouvelle dans son contexte d’écriture – le lendemain de la Révolution bolchévique et l’ascension fulgurante de l’idéologie communiste – ainsi que l’état de l’écrivain russe à l’époque, obligé de fuir la Russie, puisque franchement anti-bolchévique. A l'arrivée, la nouvelle enthousiasme fortement. Le russe fait preuve d’une lucidité et d’une pertinence d’analyse rare et soufflante. Il nous présente à la fois la folie bolchévique et l’effritement des idéaux devant la nature de l’homme, mais aussi la naissance du fascisme et le triomphe d’un mal encore pire, le Capitalisme.

    Le petit journal qu’on lit fait réellement froid dans le dos. Malgré des éléments désuets, la vision d’Artsybachev s’avère terrifiante, prédisant les maux de notre société moderne avec presque 80 ans d’avance. Et alors même que l’on tente de comprendre toute la subtilité de cette « uchronie », l’auteur nous replonge avec les hommes du nouvel âge de pierre et métaphorise toute la sauvagerie humaine et toute sa malveillance, qui ne fait que renaître, malgré les leçons du passé. En une dizaine de pages, il cerne l’escalade technologique, la soif inextinguible de possession et l’asservissement des vaincus. C’est fort, très fort, et n’est pas sans rappeler un certain Régis Messac.

    Nihiliste en diable, très intelligent et assurément visionnaire, on comprend mieux pourquoi Patrice et Viktoriya Lajoye ont tenté de nous faire découvrir cette nouvelle. En sachant que vous pourrez diminuer la facture en acquérant la version numérique à 2 euros, il ne vous reste plus qu’à lire ce beau texte de Mikhaïl Artsybachev, ne serait-ce que pour saluer l’initiative courageuse des deux traducteurs.

    Note : 8/10

    Le lien pour acheter la nouvelle en numérique à cette adresse.


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