• [Critique] Sovok

    [Critique] Sovok


    Toujours à l'affût de nouveaux talents français, les Moutons Électriques avaient déniché un certain Cédric Ferrand, déjà bien connu des rôlistes. Ainsi, en 2011, l'auteur faisait son entrée dans le genre de la "crapule-fantasy" avec la sombre cité de Wastburg. Premier roman attachant mais perfectible, Wastburg laissait cependant entrevoir la capacité de Cédric Ferrand à créer un univers fouillé et cohérent. Pour son deuxième essai, le français quitte la fantasy pour la science-fiction en prenant pour base un de ses jeux de rôles. Sovok, comme son doux nom le laisse deviner, se situe dans une contrée de l'Est, entre soviétisme et fédéralisme russe. Toujours aussi concis - 224 pages - l'écrivain peut-il définitivement s'imposer dans le genre pourtant très disputé de la dystopie ? 


    Oubliez la crasseuse Wastburg, bienvenue dans une Moscou alternative. La capitale russe n'a plus la splendeur d'antan. La chute du régime soviétique a morcelé l'URSS en une myriades de pays faisant de la super-puissance passé un cadavre lucratif pour qui se donne la peine. Au milieu des embrouilles politiciennes, la société Blijni continue à fournir son service d'ambulance aux citoyens de la capitale. Pour sa première semaine, Méhoudar va découvrir l'envers du décor de la société russe à bord d'une vieille Jigouli anti-gravité en compagnie de Vikenti et Manya, deux vieux briscards dans le métier. Corruption, petits services, rapiéçage et imbroglio politiques, la semaine de Méhoudar ne va pas forcément se dérouler comme il se l'attendait, surtout quand le principal concurrent de son nouvel employeur semble sur le point de broyer Blijni entre ses griffes.
     

    Scindé selon les jours de la semaine, le cheminement de Sovok brasse un certain nombre de poncifs. Du roman d'apprentissage (celui de Méhoudar) au récit à sketchs (les nombreuses interventions de l'équipe), Cédric Ferrand synthétise. Il abandonne cette fois le vocabulaire forcé et pour tout dire assez lourd à la Wastburg pour une plus discrète touche de russe au gré des pages. La sauce prend donc nettement mieux et le roman se lit aussi de façon bien plus fluide que son prédécesseur. Pour autant, le français n'abandonne pas son penchant pour la crapulerie. L'entreprise Blijni correspond bien entendu à une certaine coutume russe faite de blat, de débrouillardise et d'une bonne dose de rusticité, mais c'est aussi un repaire de fouineur qui n'hésite pas à contourner la loi ou à l'employer à sa sauce. On pourrait d'ailleurs adresser ce qualificatif à toute la société décrite, une société future mais étrangement en retard. On y trouve des implants cybernétiques ou des ambulances volantes alors que l'URSS vient de s'effondrer. Il ne s'agit pas non plus du même univers, car une fois expurgé de ses avancées technologiques, la situation géo-politique reste tout à fait dissemblable de l'actuelle Russie.

    On touche d'ailleurs ici à un des plus gros points forts du roman, si ce n'est le plus gros. Cédric Ferrand a beau nous balader dans une ambulance pour nous inclure dans la petite vie de Méhoudar, Manya et Vikenti, c'est aussi ce qui se passe autour d'eux et ce que l'on entrevoit de cette société russe dystopique (voir uchronique) qui donne une grande part de son intérêt au récit. On découvre par exemple une nouvelle donne géographique avec une Sibérie indépendante ou une redéfinition de l'histoire de l'incident de Tchernobyl. Viens ensuite la multitude de petits détails qui font mouche, d'un simple récit de facteur jusqu'à l'évocation d'un journal révolutionnaire, Cédric Ferrand installe un background passionnant en bon expert de jeux de rôles. Heureusement, l'auteur français ne retombe pas dans l'autre travers de Wastburg et choisit cette fois de concentrer son histoire autour de trois personnages (voir quatre si on ajoute l'irascible Saoul). Grâce à ce choix, le lecteur s'attache davantage aux protagonistes et peut plus facilement suivre les péripéties des héros (ou anti-héros, c'est selon). Rapidement, en creusant la psychologie et l'histoire de chacun, Sovok devient attachant. Une chose que peinait à faire le précédent ouvrage de l'auteur.

    Du coté de l'intrigue elle-même, Cédric Ferrand garde ce penchant prononcé pour l'éparpillement, un peu plus justifié cette fois du fait de la multiplicité des interventions menées par les ambulanciers. Il jette un regard acerbe sur le milieu de la santé made in Russia (entre corruption et ultra-capitalisme) tout autant que sur le milieu politique, aussi pourri qu'on pouvait se l'imaginer voir davantage encore. Reste que Sovok accuse encore un certain nombre de défauts, sorte de revers de la médaille pour ses choix de narration. On citera pêle-mêle la répétitivité des interventions qui prennent un côté systématique, à peine entrecoupées par quelques passages plus libres et donc plus originaux (la visite chez Manya) ou la fin pour le moins abrupte dans laquelle on sent une certaine difficulté à conclure véritablement (L'histoire de Manya connaissant d'ailleurs une conclusion aussi précipitée que frustrante). Enfin, bien que le récit se lise sans déplaisir, il ne s'agit pas avec Sovok d'aller plus loin que du divertissement de qualité sous-tendu par un univers envoûtant où l'ambiance post-soviétique joue un rôle prépondérant, un choix qui se discute mais qui permet surtout au français d'offrir quelque chose de cohérent.


    Somme toute, Sovok n'a rien d'un roman mémorable mais peut se targuer d'offrir une histoire attachante et rapidement passionnante avec un univers bourré de charme. Tout amateur un tant soit peu attiré par la saveur particulière des pays de l'Est dévorera sans déplaisir aucun le récit des employés de Blijni.
    Cédric Ferrand signe donc un divertissement de science-fiction qui vous promet quelques bonnes heures de lecture. 

    C'est déjà beaucoup.

    Note : 7/10

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