• [Critique] Spy

    [Critique] Spy


    Le nouveau réalisateur de comédie qui monte à Hollywood, c'est lui ! Paul Feig s'est fait connaitre grâce à son impertinent mais aussi drôlissime Bridesmaids (connu en France sous le titre Mes meilleures amies). Malgré un second long-métrage poussif et lourd avec Les Flingueuses, l'américain a le vent en poupe puisqu'il retrouve un casting de luxe pour son troisième film : Spy. Parodie de films d'espionnage type James Bond, il embarque à son bord l'actrice fétiche du réalisateur, la truculente Melissa McCarthy, ainsi que Jason Statham, Jude Law et Rose Byrne. Déjà à pied d'oeuvre pour S.O.S Fantômes 3 (qui a toutes les chances d'être une horreur, peu importe son réalisateur), Paul Feig arrive-t-il à redresser la barre ?

    Meilleur agent secret de la CIA, Bradley Fine ne redoute rien ni personne. Contrairement à l'illustre James Bond, l'homme a pourtant une botte secrète : Susan Cooper. Ancien grand espoir de l'espionnage, elle est devenue la plus dévouée des assistantes pour Bradley, qu'elle aime secrètement. Ce qui explique facilement que le jour où Bradley se fait tuer par l'infâme Raina Boyanov, Susan tente l'impossible : devenir un agent de terrain. Malgré les réticences d'espions plus expérimentés tels que le fameux Rick Ford, Susan peut compter sur l'aide de Nancy, une autre assistante de choc, pour la prévenir des pires dangers grâce à son oreillette. Pourra-t-elle empêcher la vente d'une arme nucléaire et sauver le monde ? Rien n'est moins sûr...

    Pour une fois, un des films de Paul Feig sort sans changement de titre en France (Champagne !). Il semblerait que le public français comprenne donc le mot Spy. Bref, Spy fait la part belle à la parodie de la saga James Bond. Dès le départ, Jude Law figure un pseudo agent secret plein d'élégance et extraordinairement talentueux (comme tout bon agent secret qui se respecte, il peut dégommer 30 types sans une seule égratignure). On s'aperçoit immédiatement que Paul Feig a envie de démonter le mythe, de jouer avec. Pour se faire, il a recours à diverses astuces. La première, évidente, c'est Susan. Cette assistance rondouillarde et tout sauf charismatique, devient contre toute attente un agent de terrain provoquant des cascades de situations improbables. On la retrouve ainsi à Paris ou à Rome, aux prises avec un univers qu'elle ne côtoyait que depuis l'autre côté d'une oreillette. Le décalage marche d'autant mieux que Melissa McCarthy colle parfaitement au personnage, devenant peu à peu irascible et plus vulgaire qu'un charretier. Bien évidemment, on pourra pointer du doigt le fait que, comme toujours, Melissa McCarthy fait du Melissa McCarthy. Mais bon, elle le fait bien.  

    L'autre astuce de déconstruction, ce sont les divers agents secrets que rencontre Susan au cours de ses aventures. Rick Ford d'abord, interprété par un Jason Statham qui n'a décidément pas peur de l'auto-dérision. Caricature poussée à l'extrême de l'agent invincible mais également macho et prétentieux, Ford est un délice d'exagération, d'autant plus savoureux que Statham a passé sa vie dans les films d'action outranciers. Ensuite, il y a Aldo, l'agent italien (ou pas ?) qui lui aussi incarne une caricature de l'agent mais en version purement méditerranéenne type obsédé ou gros pervers. Encore une fois, c'est tellement exagéré que la sauce prend, il restera d'ailleurs le personnage le plus drôle du film. Paul Feig cependant ne veut pas se contenter d'un film comique lambda. On peut lui reprocher un humour souvent trop gras/lourd, notamment son entêtement scatophile mal placé (là où il était génialement bien trouvé dans Bridesmaids), ainsi que certains running-gags vraiment chiants (les souris au bureau, drôle une fois mais pas dix) ou encore son histoire balisée avec un twist de fin tellement évident qu'il n'en est plus un. Ce que l'on ne peut par contre pas lui reprocher, c'est que Feig tente une nouvelle fois un film féministe. 

    Au-delà de ses gags en pagaille et de ses caricatures sur pattes, Spy véhicule un message délectable. Susan Cooper est une assistance parce que d'une part on l'a convaincue qu'elle n'était pas à la hauteur par rapport à un homme (le grand Bradley Fine !), et d'autre part parce qu'elle s'est volontairement mise en retrait pour rester proche de celui qu'elle aime bêtement. Feig dénonce autant un système purement machiste qu'est celui du cinéma hollywoodien d'action/espionnage, où seul l'homme viril peut sauver le monde, mais aussi cette propension des femmes à se rabaisser pour telle ou telle raison stupide, brisant de facto leur carrière et leur ambition. En contre-pied de cette résignation, on trouve le personnage d'Elaine Crooker, à la tête de la CIA, et la grande méchante Raina Boyanov, incarnée par une Rose Byrne délicieuse. Deux femmes fortes qui utilisent les hommes et pas l'inverse. L'affirmation progressive mais spectaculaire de Susan sera la preuve ultime de l'absurdité de cette domination masculine (d'autant plus absurde quand les représentants de la susnommée gente masculine se comportent en parfaits imbéciles misogynes). Le refus final de Susan de dîner avec un autre agent, préférant une soirée entre filles avec Nancy, acquiert une résonance toute particulière. En tant qu'exercice de style féministe, Spy s'avère une réussite quasi-totale.

    Malgré un certain nombre de défauts et une histoire prévisible au possible, Spy se révèle drôle, bourré de personnages désopilants et attachants mais surtout, joyeusement féministe.
    On espère juste beaucoup mieux pour Ghostbusters 3 de la part de Paul Feig.

    Note : 6.5/10

    Meilleure scène : Statham dans l'hôtel français qui raconte ses exploits à Susan



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  • Commentaires

    1
    Duarcan
    Samedi 22 Août 2015 à 13:23

    La surprise de l'été. Trainé devant ce film par ma copine, je me suis finalement bien marré. Particulièrement apprécié de voir une héroine qui ressemble à une femme lambda et non pas  a un croisement entre une barbie et une catcheuse, ce qui semble devenu la norme actuelle dans les films hollywoodiens...

    Je trouve ta note un peu dure cela dit, j'aurais mis 7.5

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