• [Critique] Tale of Tales

    [Critique] Tale of Tales

     

    Le réalisateur italien Matteo Garone a choisi un genre bien particulier pour le Festival de Cannes 2015 : le fantastique. Après son très remarqué Gomorra en 2008, le cinéaste adapte cette fois le livre Le Conte des Contes de Giambattista Basile. Si l'oeuvre propose à la base une cinquantaine de contes, Garone n'en conserve logiquement que trois pour les besoins du long-métrage. Autour de lui, il réunit un casting magnifique composé de Vincent Cassel, Salma Hayek, Toby Jones ou encore John C. Reilly. L’accueil tiède des festivaliers n'empêche pourtant pas de rester coi devant la bande-annonce du film qui annonce la couleur. Sang, sexe et créatures mythiques, Tale of Tales réserve quelques surprises au spectateur curieux.

    Enchevêtrement de trois contes, Tale of Tales débute sur l'histoire de la reine et du roi de Selvascura. Incapable d'avoir des enfants, le couple est rongé peu à peu par le désespoir. Jusqu'au jour où un mystérieux individu se propose de venir en aide à la reine. Pour que celle-ci ait un enfant, il faudra occire un monstre marin, rapporter son cœur, le faire cuire par une jeune vierge et...le manger entièrement. Seulement voilà, le prix pour la vie sera la mort. A la fin de ce prologue, on retrouve également deux autres personnages qui seront les principaux protagonistes des contes suivants. La seconde histoire nous parle du roi de Roccaforte, libertin notoire, qui tombe en pâmoison devant le chant sublime d'une femme qu'il aperçoit de loin. Il se précipite immédiatement à la maison de cette sublime créature. Seulement voilà, Imma et Dora, les deux sœurs qui habitent la bicoque, sont loin d'être aussi belles et jeunes que le roi le pense... Enfin, le dernier conte nous emmène au château du roi d'Altomonte qui vit en reclus avec sa fille, la princesse Violette. Cette dernière s'ennuie à mourir et rêve de fiançailles. Mais son père refuse de l'écouter, le roi est en effet bien plus captivé par la nouvelle amie qu'il s'est fait : une puce !

    Contrairement à ce que peut laisser penser la bande-annonce, Tale of Tales n'a rien d'un film extravagant. C'est même tout le contraire. Le long-métrage de Matteo Garrone  affiche en réalité un classicisme délicieux respectant à la lettre la dimension fantastique traditionnelle du conte. Au contraire des Nouveaux Sauvages, l'histoire n'est pas scindée en trois parties distinctes. Après un prologue posant les bases du premier conte, le cinéaste va alterner les trois récits en consacrant successivement à chacun un certain temps. On est plus proche dans l'esprit de la construction d'un Cloud Atlas. De ce fait, malgré une tentative assez honorable de lier les trois histoires (lors des funérailles puis lors du couronnement, soit respectivement en début et en fin de métrage), cela ne s'avère guère plus qu'un clin d’œil au spectateur pour montrer que tout se déroule dans un même univers. 

    Le but de l'italien n'est donc pas tant d'unifier ses différents fils narratifs que de proposer trois visions sublimes au possible d'un fantastique saupoudré de quelques séquences sanglantes. Immédiatement, Garrone affirme sa supériorité sur le plan de la mise en scène pure. Son long-métrage est un réel ravissement pour les yeux, exploitant les possibilités offertes par les décors et costumes somptueux de cette époque médiévale. Plus encore qu'un simple défilé de châteaux et de robes, Tale of Tales met un point d'honneur à magnifier son aspect pictural. En esthète averti, le cinéaste italien marie les couleurs et accouche de scènes plastiquement impeccables telle cette grandiose séquence mi-onirique mi-orgiesque où Vincent Cassel titube entre les femmes dévêtues au milieu d'une chambre-lac. De même, l'italien nous offre d'emblée une séquence sous-marine mémorable où John C. Reilly chasse un monstre sous-marin par le prisme embué d'un scaphandre de fortune. Cherchant constamment un angle esthétique des plus raffinées, Tale of Tales se révèle finalement un pur joyau visuel.

    Seulement, un film ne peut se contenter d'une réalisation impeccable. Tale of Tales n'échappe pas à la règle et propose donc trois histoires certes dissemblables mais ayant chacune en commun un certain rapport au fantastique. De la puce géante au monstre marin, de l'ogre à la sorcière, le film présente au spectateur un condensé intéressant du genre. Abordé avec un sérieux salutaire, le long-métrage devient un drame grandiose où les passions charnelles, amicales ou amoureuses se déchaînent. Les personnages du film évoluent dans un monde cruel qui n'a rien à envier au Moyen-âge classique et les acteurs, tous formidables, se fondent à merveille dans ces rois, reines et princesses au destin tragique. Si l'on peut logiquement reprocher au film quelques longueurs, il est bien difficile de ne pas admirer le travail classieux de Matteo Garrone. 

    Sous son vernis de film fantastique, Tale of Tales reste cependant un film cruellement humain. On y retrouve une reine maladivement jalouse et possessive, un roi libidineux et superficiel, un seigneur égoïste mais également une ribambelle de jeunes personnages débordant de rêves et d'espoirs, contrebalançant ce côté désespéré à l'encontre de l'homme. Du fait, en passant outre ses improbables créatures (qui lui donnent pourtant bien des instants de grâces), le long-métrage propose aux spectateurs les plus frileux une fresque au dramatisme savamment dosé, où les hommes affrontent une juste punition, qu'elle soit magique ou non. En brassant des thèmes tels que la jalousie, la possessivité, la lente déliquescence charnelle ou la superficialité, Tale of Tales prolonge la tradition du conte de fort belle façon sans surligner de façon grossière des enseignements évidents. 

    Délicieuse surprise fantastique, Tale of Tales ravira tous les amateurs du genre et bien davantage. Matteo Garrone affirme une nouvelle fois sa supériorité technique tout en livrant trois contes tragiques au possible et d'une élégance rare. Ajoutez-y un casting irréprochable et vous obtenez un excellent moment de cinéma.

     

    Note : 8/10

    Meilleures scènes : La reine mangeant le cœur - le roi de Roccaforte se réveillant d'une orgie - Violette revenant en sang au château de son père


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