• [Critique] Tel père, Tel fils

    [Critique] Tel père, Tel fils

    Le cinéma Japonais n’est pas un des genres les plus représentés sur nos écrans occidentaux. Alors que les Coréens ont percé depuis le coup d’éclat d’Old Boy de Park Chan Wook, on ne peut pas en dire autant du pays du soleil levant. Récemment, c’est la série Shokuzai de Kurosawa qui s’est vu segmentée en deux films pour une sortie en France. Cette fois, c’est Hirokazu Kore-Eda qui a la primeur du grand écran. Après Still Walking et le plus récent I Wish, le réalisateur asiatique aborde un thème aussi casse-gueule que passionnant, l’échange d’enfants et la filiation. Précédé d’une réputation flatteuse, Tel père, Tel Fils permet à Kore-eda de réunir aussi quelques superbes acteurs et ainsi de prouver à nouveau que le monde du cinéma ne se limite pas à Hollywood.

    Ryota et Midori Nonomiya jouissent d’une vie paisible et d’un certain standing. A deux, ils élèvent leur jeune fils de 6 ans, Keita, fasciné par l’image paternelle. Malheureusement, absorbé par son travail, celui-ci n’est que trop peu présent et rien ne prépare la structure familiale à l’annonce que va leur faire la maternité. Keita n’est pas l’enfant du couple, celui-ci a été échangé à la naissance avec un autre enfant. C’est ainsi que la famille Nonomiya va faire la connaissance des Saiki, un couple bien plus modeste et dont Ryusei, l’aîné, se trouve être le vrai fils des Nonomiya. La maternité propose alors un échange mais les choses s’avèrent forcément bien plus compliquées.

    Le sujet de Tel père, tel fils n’est pas, en soi, d’une folle originalité. Seulement voilà, Hirokazu Kore-eda n’est pas non plus un réalisateur novice. Le long-métrage prend son temps pour mettre en place la cellule familiale des Nonomiya et dépeint rapidement le portrait obsessif de Ryota tout en laissant volontairement des blancs dans sa personnalité et son passé pour attiser la curiosité. Au-delà de la simple rencontre entre deux familles dissemblables, aisée d’un côté, pauvre de l’autre, c’est bien la vision de la parentalité qui intéresse le Japonais. Très dense, Tel père, Tel fils ne met pas en avant les catégories sociales pour en faire des caricatures mais pour, justement, les dépasser. Les deux familles ne s’arrêtent pas à leur porte-monnaie et c’est bien l’affection et la préoccupation des parents envers leurs enfants qui priment. Ainsi, Yudai Saiki peut paraître simplet et un tantinet soumis, il n’en reste pas moins un modèle paternel, toujours présent pour les siens et bien plus attachant qu’il n’y parait. Au contraire de Ryota, qui au-delà de son éducation et de sa richesse matérielle, n’a pas encore l’étoffe d’un père.

    Cette sorte de « réalisation » et d’accomplissement paternel devient rapidement le thème central du long-métrage et Kore-eda déjoue rapidement tous les écueils de ce genre de drame, évitant le tire-larmes facile et la résolution attendue. Finalement, la relation Ryota-Keita écrase une grosse moitié du film par sa présence et permet d’étudier patiemment la filiation père-fils, de la décortiquer et finalement de la magnifier. En comblant les blancs de l’histoire et du relationnelle de Ryota avec son père et en y mêlant aussi la belle-mère, le réalisateur japonais aborde le schéma parental et l’héritage familiale. Ryota, personnage déjà sublime devient tragique en diable et finit, au détour d’une scène aussi simple que magnifique – le visionnage des photos – à nous émouvoir de façon tout à fait surprenante. La résolution finale, qui n’en est en fait pas forcément une au fond, fait preuve d’une sobriété et d’une élégance exemplaire, avec cette sublime séquence où Ryota semble se parler à lui-même enfant.
    Juste magnifique.

    Mais Tel père, tel fils aborde un certain nombre d’autres sujets comme l’écrasant poids des études sur les enfants dès le plus jeune âge au Japon, la place difficile de la mère vis-à-vis de la société ou encore le protocole omniprésent. Bien entendu, la réussite du film tient énormément à ses acteurs, tous superbes et notamment les deux pères, Masaharu Fukuyama et Lily Franky, sans compter sur les épouses et l’enfant jouant Keita, Keita Ninomiya. Il faut cette somme de talent pour sublimer le travail déjà superbe de Kore-eda et arriver à naviguer avec autant de délicatesse et de réussite au milieu de thèmes aussi difficiles.

    Pour son dernier long-métrage, Hirakazu Kore-eda livre un excellent drame intimiste qui prend aux tripes et qui ne tombe jamais dans le larmoyant ou l’inutile. Tel père, tel fils, malgré sa sortie limitée en France, doit retenir votre attention.
    Une petite perle du cinéma asiatique.


    Note : 9/10

    Meilleure scène : La découverte des photos / La protection de l’infirmière par le beau-fils / le père et l’enfant marchant en parallèle dans le parc

    Meilleure réplique : « La mission est terminée Keita »


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  • Commentaires

    1
    Vendredi 13 Février 2015 à 17:13

    Je ne l'ai toujours pas vu, et je me souviens en te lisant que j'en avais très envie, portée par son magnifique "After life", l'as-tu vu ? (c'est exceptionnel que je fasse mon auto-pub, sorry)

    2
    Dimanche 15 Février 2015 à 21:54

    Non, je ne l'ai pas vu mais je vais petit à petit rattraper l'oeuvre de ce réalisateur !

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