• [Critique] The Death House (VO) / La Maison des morts (VF)

    [Critique] The Death House (VO) / La Maison des morts (VF)
    Critique établie après lecture en VO

     Passé totalement inaperçu (ou presque) en France, The Death House a pourtant reçu une pluie de louanges Outre-Atlantique. Sous ce titre évocateur ce cache le dernier roman de l'auteure britannique Sarah Pinborough, relativement peu connue sous nos latitudes, déjà publiée chez Milady auparavant avec sa trilogie revisitant des classiques du conte de fées (Poison, Charme, Beauté), et récompensée en 2010 par le British Award de la meilleure novella pour The Language of Dying. Avec The Death House (Traduit sous le titre La Maison des Morts, pourquoi ? mystère...), l'anglaise s'attaque offre un récit de science-fiction catégorie young adult qui n'a rien de tendre. 

    Ils s'appellent Toby, Ashley, Louis, Will, Clara, Albi...
    Ils sont jeunes, entre dix et dix-sept ans, et pourraient mener une existence tout à fait comme les autres.
    Sauf que ce sont des Defectives (Déficients), et qu'avant leur dix-huitième année, ils vont tomber malades et devront être traînés au Sanatorium, ce terrifiant endroit au-dessus du lieu où on les maintient à l'écart de la société...la Death House (La Maison de la Mort).
    Ils disent que ça fait saigner les yeux...Du moins, c'est ce que Will a entendu dire. Toby, lui, n'en croit pas un mot. Dans le dortoir 4, Toby est le chef de meute. Grâce à lui, les autres peuvent regarder Jake et ceux du dortoir 7 sans crainte ou presque. Malgré l'isolement et l'épée de Damoclès permanente, les enfants tentent de survivre comme ils peuvent en attendant le grincement funeste, celui du chariot qui les emmènera loin de tous. 
    Toby se résigne et s'enferme dans le désespoir jusqu'au jour où de nouveaux enfants arrivent à la Maison de la Mort. 
    Parmi eux, Clara.
    Et Clara va tout changer pour Toby.

    The Death House est donc un roman de young adult. Dedans, on y retrouve quelques ingrédients bien connus de cette catégorie comme le héros adolescent, une écriture simple (mais pas simpliste) et une romance. Dis de cette façon, la chose ne fait pas vraiment envie, il faut bien le dire. Il faut cependant préciser que si The Death House s'inscrit dans la littérature jeunesse, il ne ménage pas son lecteur, et Sarah Pinborough ne va pas forcément là où on l'attendait. Elle nous y décrit une société dystopique où une maladie terrible s'abat sur des enfants bien particuliers dit Defectives (Deficients). Pour éviter la contagion et ne pas créer la panique dans la société, un test sanguin permet de les identifier précocement et de les isoler dans des maisons spéciales (en réalité de gros pensionnats isolés) surnommés les Death Houses. Ainsi, tout se passe comme si l'on était dans un internat classique à ceci près que régulièrement, les enfants tombent malades et disparaissent. Les signes ne sont jamais les mêmes, la période d'incubation change selon les individus...mais avant dix-huit ans, la maladie se déclare. Cette torture mentale (Quand vais-je tomber malade ? Quand serais-je emporté ?) est devenue une compagne de tous les jours pour ces enfants qui, par la force des choses se sont endurcis pour y faire face.

    The Death House, c'est l'histoire de ces gamins, trop jeunes pour faire face à la mort mais qui tentent de tout faire comme des adultes. Quasiment laissés à eux-mêmes, ils forment des clans, tentent de paraître fort, de s'inventer des vies d'avant...Tout pour oublier qu'ils vont mourir. Sarah Pinborough ébauche de cette façon une galerie de personnages extrêmement touchants qui prennent chacun une place particulière dans le cœur du lecteur. A commencer par le narrateur, Toby, qui nous permet à travers ses yeux de comprendre l'horreur sourde vécue par ces enfants retirés sur une île d'où personne ne s'échappe. L'auteure britannique intercale des flash-backs de sa sa vie d'avant, une vie d'ado ordinaire avec ses fantasmes et ses peurs, donnant un aspect terriblement authentique à l'histoire de Toby. Petit à petit, on comprend les mécanismes de défense qui permettent de survivre dans cette atmosphère pesante. Mais alors que Pinborough aurait pu nous livrer un énième texte se concentrant sur l'aspect dystopie, construire une machination et des retournements de situations autour de la maladie, elle préfère s'intéresser à l'humain.

    Toute la douleur lancinante qui traverse le roman repose sur la peinture de ce groupe de gosse qui n'est pas si différent d'un autre mais qui va, petit à petit, se déliter. Par les morts d'abord, d'autant plus émouvante qu'elle touche des personnages fragiles. Le tragique de leur disparition n'a d'égale que l'humanité du regard de Toby, un gosse certainement pas parfait mais qui évolue constamment. Cette évolution doit tout, ou presque, à sa rencontre avec l'autre personnage du roman, Clara, une jeune fille pétillante dont il va tomber éperdument amoureux. Dès lors, The Death House prend des allures de Roméo et Juliette, deux amoureux tragiques que l'on sait condamné. L’intérêt de l'histoire ne réside pas dans le destin final (évident) de ses personnages, mais bien dans les relations qu'ils tissent entre eux. La romance de Clara et Toby, en plus d'être magnifiquement incarnée, émeut par sa justesse. C'est un premier amour dans un endroit où, justement, celui-ci ne devrait plus exister. Sa simple existence est un espoir.

    Jamais on ne nous expliquera ce qu'il se cache derrière ce terme de Defective ni derrière le Sanatorium. Comme dans La Servante Écarlate ou Auprès de moi toujours, c'est comme ça. Il n'y a pas de sauvetage inattendu, ou de grande rébellion mais un ensemble de petits actes contre l'autorité établie, pour se prouver qu'on existe encore, que l'on vit encore. S'aimer devient de ce fait une révolution, un pied de nez à un destin que l'on sait inévitable. Pas de torture ou de mauvais traitement dans la Death House, seulement une longue attente avant la fin. C'est là l'une des grandes forces du roman, celui de ne jamais jouer sur une surenchère dans l'horreur mais juste de dépeindre la survenue de l'inéluctable, la mort qui, plus encore ici, les guette tous. Si la fin de certains personnages crèvent autant le cœur, c'est non seulement parce que l'on s'attache à ces gamins paumés mais aussi parce qu'ils restent des gosses et que les défenses qu'ils ont érigé tombent à la fin. Comme un soldat appellerait sa mère sur le champ de bataille alors qu'il saigne à mort. Au fond, sans esbroufe, The Death House est un roman d'une infinie cruauté.

     Malgré la simplicité de sa langue, The Death House n'a rien de facile. Prenant pour cadre une dystopie discrète mais étouffante, le roman de Sarah Pinborough est le témoignage d'un groupe de gamins sur l'attente avant la fin, sur le pouvoir d'aimer et la rébellion dans cet acte. C'est beau et tragique, cruel et puissant.
    Et si ça ne fait pas saigner les yeux, ça vous brisera le cœur.


      

    Note : 9/10

    Existe également en version française chez les éditions Milady sous le titre La Maison des morts :

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