• [Critique] The Lost City of Z

    [Critique] The Lost City of Z

     Immense cinéaste injustement méprisé aux USA, James Gray a pourtant une filmographie qui force le respect. Son dernier métrage en date, The Immigrant, datait déjà de 2013 et à l'annonce de son projet d'adapter le roman de David Grann autour de l'explorateur britannique Percy Fawcett, on était plus qu'impatient de retrouver son talent sur grand écran. Présenté à la Berlinale et au festival de New York, The Lost City of Z s'est rapidement attiré une réputation flatteuse de film à la mise en scène d'une qualité rare. Il était temps de plonger dans l'Amazonie et de suivre les traces d'un des explorateurs les plus célèbres de l'histoire du XXème siècle. 

    James Gray construit pendant deux heures trente un biopic passionnant autour de la figure centrale de Percy Fawcett. Interprété par l'acteur américain Charlie Hunnam, acteur anglais davantage connu pour son rôle dans l'excellente série Sons of Anarchy que pour sa carrière cinématographique assez pauvre pour le moment - Pacific Rim ou encore Crimson Peak -, Percy Fawcett se voit convaincu de l'existence d'une cité cachée au cœur de l'Amazonie qu'il nomme lui-même Z et qui serait sensée combler les derniers blancs quand aux interrogations sur les origines de l'espèce humaine. Malgré la réticence et le franc scepticisme de nombre de ses estimés collègues anglais, il entreprend plusieurs expéditions dans ce but et passionne tant son fils, Jack, que celui-ci finit par se lancer dans l'aventure avec lui. Cette histoire d'une véritable obsession humaine mêlée au besoin impérieux d'explorer, de découvrir, James Gray l'exploite avec un brio évident en faisant de son Lost City of Z une fresque historique et intimiste fascinante de bout en bout.

    Fascinante tout d'abord par son aspect formel. On le savait déjà depuis Little Odessa mais James Gray est un metteur en scène d'exception. Capable ici de capturer la société britannique du début du XIXème siècle comme la moiteur de la forêt Amazonienne en passant par l'horreur des tranchées de la Grande Guerre. Ce soin constant du détail et cet esthétisme quasi-obsessif (les plans dans les tribus amazoniennes sont incroyables) font de The Lost City of Z un objet formel captivant. Sans atteindre l'absolue maîtrise d'un certain Werner Herzog ou d'un Stanley Kubrick, on pense tour à tour à Aiguirre, Fitzcarraldo ou encore Les Sentiers de la Gloire, Gray fait tout de même parti de ces cinéastes très rares capables d'installer une ambiance par quelques plans savamment pensés et étudiés. Du coup, le long-métrage est un régal pour les yeux du spectateur, totalement dépaysé de la première à la dernière minute.

    Ensuite, il faut rendre hommage au talent de directeur d'acteur de Gray. On se souvient des performances de Phoenix et Wahlberg dans La Nuit nous appartient, et le cinéaste américain fait preuve d'un génie encore plus grand en dirigeant deux acteurs bien moins expérimentés, à savoir Charlie Hunnam (qui trouve son premier vrai rôle au cinéma) et un Robert Pattinson méconnaissable (qui a définitivement tourné la page des désastreuses années Twilight). Hunnam porte quasiment tout le film sur ses épaules et ne déçoit jamais, incarnant l’obsessif et avant-gardiste Percy Fawcett avec un talent peu commun. C'est ce personnage d'ailleurs qui représente le cœur de la thématique de l'obsession explorée par James Gray avec The Lost City of Z. Comme possédé par l'Amazonie, l'explorateur ne peut plus s'en détacher et ne vit que pour y retourner. Avec lenteur et malice, le réalisateur américain transforme l'Amazonie en un lieu quasiment magique, à la fois terrifiant et rassurant. 

    Plus qu'un simple film d'aventures, The Lost City of Z s'intéresse à l'opiniâtreté d'un homme, à ce qui fera de lui une légende. Cela même au détriment de sa famille et de sa femme - interprétée par une Sienna Miller tout à fait remarquable - mais aussi de sa crédibilité professionnelle. Véritable ode à l'exploration et à la curiosité, le métrage se veut également un plaidoyer pour la tolérance des autres cultures, non pas barbares ou sauvages, mais simplement différentes. En ce sens, chacune des séquences mettant en scène des tribus amazoniennes se révèle une lutte contre les préjugés (jusqu'à expliquer le cannibalisme !). Chose plus importante encore, James Gray porte un regard sévère sur la civilisation occidentale qui se targue d'être la plus avancée et la plus honorable mais qui massacre, réduit à l'esclavage et pille tout sur son chemin. Le plus beau pied de nez fait à l'encontre des Européens restant certainement le passage dans les tranchées, plus terrible et sauvage que toutes les expéditions de Fawcett réunies. La dernière partie du métrage, plus mélancolique, s'achève sur une fin ouverte propice à toutes les suppositions...rejoignant ainsi la réalité historique.

    Grandiose biopic et sublime film d'exploration, The Lost City of Z ne se contente pas d'aventures triviales, il offre un dépaysement total à l'aide d'une mise en scène impeccable et d'un propos d'une intelligence acérée. James Gray ne déçoit donc pas, bien au contraire, et livre certainement l'un des meilleurs films de cette jeune année 2017.

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène :  Le théâtre dans la forêt - Les passages sur l'Amazone - La dernière expédition

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