• [Critique] The Malazan Book of the Fallen, Volume 2 : Deadhouse Gates

    [Critique] Deadhouse gates

     Cette critique suit le découpage VO de la série The Malazan Boof of the Fallen. Ainsi, il ne sera établi aucun distinguo entre les deux tomes de la traduction française sortie jadis chez Calmann-Levy, à savoir Les portes de la maison des morts et La chaîne des chiens, auxquels on préférera le titre VO : Deadhouse Gates

    Comme expliqué lors de la critique de Gardens of the Moon, premier volume de la décalogie de l'écrivain canadien Steven Erikson, le destin éditorial tragique du cycle The Malazan Book of the Fallen en France ne permet plus d'envisager une traduction digne de ce nom avant très longtemps. Pire encore, son échec éditorial chez Calmann-Levy à l'époque ainsi que l'imposant nombre de pages de cette épopée fantasy rendent son retour quasiment impossible dans la langue de Molière en l'état actuel des choses. C'est donc vers les versions originales que se tourneront les plus vaillants lecteurs pour plonger dans cet univers gigantesque à la réputation des plus flatteuses. Gardens of the Moons laissait déjà entrevoir tout l’énorme potentiel du monde d'Erikson tout en révélant quelques lacunes de jeunesse que l'on espère corrigés pour ce second tome de 836 pages : Deadhouse Gates.

    Remise en situation.
    Après la tournure pour le moins dramatique des événements de Genabackis pour les armées malazéennes, l'impératrice Laseen a déclaré les Brûleurs de Pont, la seconde Armée et Dujek Onearm lui-même comme traîtres à l'empire. Steven Erikson fait donc le choix de scinder son fil narratif en deux. D'un côté les personnages restants sur Genabackis que l'on retrouvera dans Memories of Ice troisième volume du cycle - de l'autre ceux qui partent pour le continent des Sept Cités pour mener à bien une mission secrète fomentée par Whiskeyjack, Kalam et Quick Ben.
    Du coup, on suit cette fois une partie des personnages de Gardens of The Moon, à savoir Kalam, Crokus et Apsalar (anciennement Sorry), qui débarque sur un continent où une sanglante révolte est sur le point d'éclater : le Whirlwind, mené par la prophétie de Dryjhna qui annonçait la venue de la déesse Sha'ik pour repousser l'envahisseur malazéen. Bien conscient que l'Apocalypse arrive, Coltaine, Fist (aka commandant) de la septième armée malazéenne et chef du clan Wickan des Corbeaux se prépare à protéger les civils dont il a la garde contre la rage des fanatiques de Sha'ik. Duiker, historien impérial, va être le témoin privilégié de la longue marche de Coltaine à travers le continent pour sauver des dizaines de milliers d'hommes, femmes et enfants du massacre. 
    Pendant ce temps, à Unta, les nobles continuent à subir le courroux de Laseen et de son nouvel adjoint, la redoutable Tavore Paran. Celle-ci faisant même arrêter sa propre sœur, Felisin, pour l'envoyer en compagnie de l'ancien prêtre de Fener, Heboric, et de nombreux brigands et voleurs, dont l'impressionnant Baudin, vers les mines d'Ototoral de Skullcup. 
    Enfin, Mappo et Icarium, un Trell et un Jaghut, traversent le désert de Raraku à la recherche du chemin des Ascendants pour y trouver des réponses à un lointain passé.
    Tous ces destins vont se croiser pour le meilleur, mais surtout pour le pire. 

    Steven Erikson fait un choix radical avec Deadhouse Gates. Au lieu de continuer de façon linéaire son récit, il abandonne quasiment toutes les bases qu'il a posé dans Gardens of the Moon pour les relayer au second plan et s'intéresser à un tout autre continent. On se retrouve ainsi dans un univers presque neuf où tout reste à découvrir... ou presque. Presque parce qu'Erikson a déjà placé ses bases auparavant : les maisons des Dieux - Shadowthrone, Hood, Cotillion...- l'histoire de l'empire malazéen, la magie...c'est tout le reste qui change en réalité. Du coup, il n'y a aucune redite dans Deadhouse Gates, c'est même tout le contraire. Le canadien prend un risque salutaire et qui, finalement, s'avère payant. Utilisant à fond l'aspect fantasy de son univers (à l'opposé total d'un Trône de Fer), l'écrivain nous fait retourner dans un monde bourré de magie, de mythes, de légendes et de créatures inquiétantes. Nous sommes dans un monde de Dark Fantasy qui s'assume et se revendique comme tel.

    Pourtant, n'allez pas croire qu'il s'agisse là de Big Commercial Fantasy. Non. Erikson met sur pied un univers tellement riche et tellement immense qu'il faut vraiment s'accrocher pour comprendre tout ce que l'auteur veut dire. Contrairement à la plupart des écrivains du genre, Erikson ne prend pas son lecteur par la main, au contraire. Ici, il faut parfois attendre une centaine de pages pour comprendre un élément de l'histoire tout simplement parce que l'explication viendra quand il sera clairement justifié qu'elle apparaisse, et pas juste pour guider le lecteur. Prenons par exemple le système de magie constitué de Warrens - sortes d'univers à part du monde réel -, chacun de ses Warrens se révèle propres à certaines races ou même parfois personnages. Du coup, merci au lexique de fin pour réussir à comprendre quelque chose là-dedans. Mais ce qui fascine dans Deadhouse Gates, c'est de voir à quel point Erikson déborde d'idées et à quel point son univers est une mine d'or quasiment infinie de trouvailles. Les races anciennes par exemple constituent à elles seules de fascinantes sous-intrigues (la guerre entre Jaghut et T'lan Imass) que l'on retrouve cette fois plus directement avec le compagnonnage de Mappo et Icarium.

    Ces deux derniers personnages - et ce ne seront pas les seuls - corrigent l'un des défauts de jeunesse majeurs de Gardens of The Moon, à savoir le manque d'empathie du lecteur pour les héros de l'aventure. Cette fois, Erikson s'attache à décrire avec sensibilité l'épreuve que doit subir Mappo pour accompagner Icarium, une charge terrible qui dure depuis une éternité. Du coup, lorsque le pire doit se produire et devant la candeur d'Icarium, l'émotion jaillit avec aisance. L'auteur canadien dresse de même une galerie de personnages profonds et touchant. Sa capacité à travailler la psychologie des héros de Deadhouse Gates est décuplée par son entêtement à prendre à contre-pied les attentes de son lectorat. Une jeune fille noble qui se fait déporter a toute les raisons d'être une fragile petite chose....alors Erikson en fait une garce à la détermination froide et prête à tout pour manipuler les gens. Un commandant soumis par l'empire malazéen à qui l'on confie le commandement d'une nouvelle armée à la veille de la révolte devrait en toute logique cracher sur ceux qui l'ont vaincu à la première occasion...mais il va tout sacrifier pour protéger les civils du dit-empire. L'un des traits de génie des personnages de Deadhouse Gates c'est de ne jamais être ce que l'on attend d'eux, de vivre avec fureur et grandeur sous la plume d'Erikson. 

    Si Deadhouse Gates continue au moins pour une petite partie Gardens of the Moon avec l'intrigue de Kalam, Fiddler et compagnie, il se concentre avant tout sur l'Apocalypse, le Whirlwind et la chute des Sept Cités lors d'une révolte sanglante. C'est certainement dans cet aspect que le roman s'avère le plus grandiose. Dans cet arc, on suit deux personnages, Duiker et le Coltaine, à la tête d'une armée de dizaines de milliers d'hommes tentant désespérément de protéger des dizaines de milliers de réfugiés civils de la fureur d'un continent entier. Les batailles qui jalonnent la retraite de Coltaine et ses troupes donneront des moments épiques en diable, mis en scène magistralement par Erikson. Deadhouse Gates se révèle être une histoire noire et adulte d'autant plus dans cet arc scénaristique. Des milliers d'enfants crucifiés par les rebelles pour l'exemple, des batailles de sang et de larmes, et un final...Un final qui mériterait des dizaines de pages de commentaires à lui seul. Le destin extraordinaire de Duiker et Coltaine entre dans la légende de la fantasy de façon instantanée. 

    Enfin, il faut rendre honneur à l'habilité d'Erikson pour entrelacer les fils narratifs, faire se recouper les différentes intrigues et, surtout, arriver à mener de front plusieurs versants narratifs. Le premier revient sur la mythologie et le passé de l'univers Malazéen, lui conférant une profondeur folle et un potentiel incroyable, le second s'attache à conter la guerre sanglante qui secoue le continent des Sept Cités, et le dernier nous parle de ce qui se passe dans les royaumes divins, notamment de la maison Shadow. C'est encore l'une des particularités de la série du canadien : ici, les Dieux interviennent de façon directe dans les affaires des mortels. Les mortels pouvant d'ailleurs devenir des Dieux eux-même en passant par la case ascendance. Du coup, les divinités présentent des caractéristiques humaines tout à fait délectables et peuvent être déjouées, voir même détruites, par les mortels ajoutant une nouvelle facette au déjà très retors univers de Steven Erikson.
    Il faut concéder que, bien davantage que Gardens of The Moon, Deadhouse Gates établit The Malazan Book of the Fallen comme une série pour lecteurs aguerris qui aiment l'ambition et la complexité. Un défaut qui en rebutera certain mais qui devrait pourtant jouer largement en faveur de l'oeuvre au final. Rarement une oeuvre de fantasy flamboyante n'aura été si convaincante et grandiose.

    Deadhouse Gates corrige tous les défauts de jeunesse de Gardens of The Moon, élargit l'univers malazéen de façon audacieuse et spectaculaire, dépeint des personnages inoubliables et finit par conclure ses intrigues de façon magistrale. Immense réussite donc pour ce deuxième roman de Steven Erikson et forcément une envie irrépressible pour le lecteur de se jeter sur Memories of Ice.

    Note : 9/10

     

    Existe en édition française chez Calmann-Levy en 2 tomes:

    [Critique] Deadhouse gates

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