• [Critique] The Sheriff of Babylon, volume 1 : Bang. Bang. Bang.

    [Critique] The Sheriff of Babylon, volume 1 : Bang. Bang. Bang.

    Tom King est en train de se faire un nom.
    Cet auteur et scénariste américain vient de livrer coup sur coup deux excellentes séries en comics books. La première chez Marvel avec The Vision (dont on reparlera très vite) et la seconde chez DC Comics à travers la collection Vertigo avec The Sheriff of Babylon.
    Littéralement couvert de louanges outre-atlantique, la série de King s'offre les services de l'excellent dessinateur Mitch Gerads qu'on avait déjà pu voir à l'oeuvre sur The Punisher ou The Activity. Si l'on attend encore sa publication en France par Urban Comics, le premier TPB est disponible aux USA sous un titre simple mais évocateur : Bang. Bang. Bang.
    Avant que The Sheriff of Babylon ne remporte des brouettes de prix, expliquons pourquoi le dernier bébé de Tom King est une bombe.

    Baghdad,2003. Les Américains ont pris le contrôle de la ville et du pays mais rien n'est vraiment résolu. Dans la Green Zone, Christopher Henry, ancien flic devenu instructeur militaire, tente de mettre sur pied la police Irakienne de demain. Sauf qu'une de ses recrues est retrouvée morte dans la rue. Et que personne n'a l'air de savoir ce qu'il s'est passé. Pour trouver les coupables, Christopher va faire appel à Sofia, une Irakienne élevée en Amérique et qui a repris en main le gouvernement de l'ombre qui contrôle Baghdad. Grâce à elle, il va rencontrer Nassir, ancien vétéran de la police Baghdadi et certainement le seul homme désormais capable d'aider Christopher dans son enquête.

    Les choses ne sont pourtant pas si simples. 
    Contrairement à ce que pourrait laisser penser ce pitch de départ, The Sheriff of Babylon est très loin d'être une banale enquête policière. Ou bien disons qu'il l'est autant que The Wire en est une. On pense beaucoup à la série de Simon à la lecture de ce premier volume. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Tom King semble aussi pointu dans son approche de la police, des militaires mais aussi, et surtout, des relations politiques entre les différents personnages/factions. Durant sept ans, l'américain a fait parti du contre-terrorisme de la CIA, cela tout juste après le 11 Septembre. Forcément, l'authenticité de The Sheriff of Babylon n'en est que plus importante. Il ne s'agit nullement d'une histoire qui se déroule à Baghdad mais bien de Baghdad et de l'Irak avant tout. Le contexte politique, l'extrême dangerosité de la position américaine ainsi que la cruauté de la situation pour les civils, tout est là.

    Au-delà de son histoire en béton armé, The Sheriff of Babylon c'est une plongée dans une Irak meurtrie, détruite, schizophrène. Une Irak qui haïssait son Saddam mais qui hait aujourd'hui encore davantage son "libérateur". Ainsi, le trio de personnages qui nous guide représente des facettes complexes d'une situation épineuse. Tom King ébauche trois figures passionnantes et intégralement en niveaux de gris. L'introduction du personnage de Christopher dans la cantine pour négocier (BANG !) est un exemple du genre...jusqu'à celle qui introduit Nassir dans sa cave face à ses trois prisonniers (BANG!) puis viendra Sofia et son marchandage (BANG!). Des balles. Chaque fil narratif de King fonce comme une balle et heurte le lecteur avec une force totalement imprévisible. 

    Non seulement Tom King a l'intelligence de construire des personnages d'une rare (d'une très rare) complexité, mais en prime, il nous gratifie de superbes moments de réflexions politiques et anthropologiques où l'on sent l'expérience de l'agent de la CIA derrière. Mentionnons notamment le numéro #5 qui fonctionne en huit-clos dans une piscine abandonnée durant la nuit. Fatima, la femme de Nassir, et Christopher boivent de la vodka et parlent ensemble de l'Irak, de l'Occident, du ressentiment des populations mais aussi des attentats du 11 Septembre. Et bon sang, le résultat est tellement brillant qu'il est difficile d'en faire l'éloge correctement. Tout est nuancé, brillamment exposé et surtout tout apparaît comme allant de soi. Tom King s'avère brillant, rien de moins. 

    Ce premier volume explose entre les mains de son lecteur. Non seulement parce que le trait de Mitch Gerards est génialement adapté à l'histoire rude et sans concession de Tom King, mais aussi, et surtout, parce qu'il s'agit d'une épopée aux thèmes actuels qui sait faire la part des choses, qui sait éviter tout manichéisme. The Sheriff of Babylon a le potentiel pour devenir le The Wire du monde du comics. 
    Intelligent. Bang!
    Captivant. Bang!
    Cruel. Bang!

    Note : 10/10

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook   

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma

     


    Tags Tags : , , , , , , , ,
  • Commentaires

    1
    Duarcan
    Vendredi 21 Avril à 10:04
    Salut,
    Ça fait un petit moment que j'ai pas reporté par ici. As tu lu le deuxième tome? Est il du même niveau que le premier ?
    2
    Vendredi 21 Avril à 11:36

    Justement, je l'ai dans ma pile à lire et je dois le lire ce WE, donc je te dis ça ici bientôt !

    3
    Duarcan
    Dimanche 18 Juin à 16:29
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :