• [Critique] The Trees

    [Critique] The Trees

     

     Pour le moment inconnu en France, Ali Shaw est déjà l'auteur outre-Manche de trois romans. Après The Man who Rained et The Girl with Glass Feet, l'écrivain anglais se lance dans une histoire à mi-chemin entre le post-apocalyptique et le fantastique. The Trees commence en Grande-Bretagne par une nuit comme une autre. Adrien, comme souvent, déprime seul chez lui, avec de la bière et du poulet pour seuls compagnons. Alors qu'il s'endort dans un état second, le monde change. Surgis de nul part, des arbres poussent et percutent les bâtiments, empalent les infortunés qui se trouvent sur le chemin de leur irrésistible croissance, anéantissent l'humanité en un clin d’œil. A son réveil, Adrien découvre une ville devenue forêt, à l'image du reste du monde. Il rejoint alors Hannah et son fils Seb qui se sont mis dans l'idée de retrouver Zach, le frère d'Hannah et fervent écologiste. A eux tous, ils vont devoir affronter un monde où la Nature a repris ses droits et où l'homme n'est plus limité par les lois de la société. A la différence de La Route de MacCarthy, tout n'est pas d'une absolue noirceur dans cette apocalypse. D'ailleurs, est-ce réellement une apocalypse ?

    Dans le plus sens strict du terme...probablement. En effet, l'irruption des arbres sur l'ensemble de la surface du globe terrestre met de facto fin à la société humaine. Les maisons sont détruites, les moyens de communications et de transports aussi...Les hommes doivent, en quelque sorte, repartir de zéro. Il s'agit cependant ici d'une apocalypse écologique à laquelle Ali Shaw donne deux sens au court de son roman. Le premier, évident, est celui qui correspond à l'état actuel de notre planète en nous faisant réaliser par l'aventure et le questionnement de ses personnages que nous ravageons notre environnement. Le second lui, est plus original. Cette apocalypse redonnant une sorte de deuxième chance à l'écosystème peut très bien être perçue comme une "bonne" apocalypse. Ce qui est d'ailleurs l'opinion initiale d'Hannah, fervente écologiste et amoureuse de la Nature s'il en est. L’ambiguïté face à cette "reforestation" de la Terre rend donc l'aventure contenue dans The Trees hautement intéressante et originale.

    Cependant, ce n'est pas l'apocalypse en elle-même qui constitue le cœur du roman mais bien les personnages qui l'habitent. On trouve quatre personnages principaux dans The Trees, et ce qui étonne (et agace au départ), c'est qu'ils sont tous et toutes des caricatures sur pattes. Hannah est une écolo-niaise en conflit avec son fils. Le dit-fils, Seb, est un ado accroc à son PC. Hiroko une sorte de Michonne-Lara Croft en puissance. Et enfin, Adrien un loser-râleur insupportable qui semble réunir toutes les caractéristiques possibles de l'anti-héros. Cette apparente caricature a pourtant un but puisque toute cette galerie à priori hautement agaçante va devoir, par la force des choses, changer pour survivre. Et, plus important, Ali Shaw va utiliser cette opportunité narrative pour creuser ses personnages et en faire, à l'arrivée, des figures passionnantes. Dans The Trees, chacun est confronté à sa plus grande peur : Hannah à la part monstrueuse d'elle-même, Hiroko à sa peur de perdre des êtres chers, Seb à celle de s'attacher au réel et Adrien à devoir prendre des responsabilités. Du coup, le point de départ caricatural fait sens.

    Ali Shaw s'avère non seulement extrêmement doué pour façonner des personnages humains fascinants, mais également diablement fort pour plonger dans la question de la nature de notre moralité. The Trees mène une réflexion sur notre conception de la Nature elle-même. Traditionnellement vu comme bienveillante, Shaw démontre (notamment au travers du sublime personnage de Léonard) qu'il n'en est rien, que ce sont juste les hommes, avec leur conception et leur moralité, qui lui donnent ce caractère. La barbarie qui finit par s’abattre sur le petit groupe (avec des situations parfois très Walking Dead dans l'esprit) démontre que les loi naturelles sont loin d'être celles de la Nature elle-même. Cependant, Ali Shaw nuance ce propos résolument pessimiste avec les éléments fantastiques de son récit. Car outre son aspect post-apocalyptique et sociétal, The Trees est également une aventure flirtant avec le fantastique. Adrien (et quelques autres) sont témoins de l'apparitions de petits créatures sylvestres qu'ils appellent les chuchoteurs (Whisperers). Ceux-ci deviennent rapidement une angoisse constante pour le lecteur, et Shaw prend un malin plaisir à entretenir une atmosphère flirtant avec l'horreur par moment. Cependant, cet arc fantastique finira par rejoindre la réflexion sociétale et naturelle du roman. Qui doit diriger le monde ? La loi du plus fort est-elle réellement la solution ? C'est sur cette question que se penche au final Ali Shaw dans une aventure tantôt brutale tantôt onirique qui met en avant l'humanité de ses personnages.


     The Trees est un excellent roman fantastico-apocalyptique qui choisit l'humain avant le reste. Ali Shaw brosse des portraits éminemment touchants dans un monde où la Nature a repris ses droits, pour le meilleur et pour le pire.
    Une apocalypse écologique, dans tous les sens du terme. 


    Note : 9/10

     

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 11 Juin à 14:42
    Shaya
    Eh bien, ça m'a l'air in, espérons qu'il sera traduit !
    2
    Dimanche 11 Juin à 14:46

    Je l'espère aussi !

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