• [Critique] The Visit

    [Critique] The Visit

    Prenez un réalisateur qui n'en finit plus de décevoir, ajoutez-y une maison de production putassière et un genre malmené toujours davantage chaque année et enrobez le tout avec du found-footage à la Paranormal Activity. Vous obtenez The Visit, le dernier long-métrage en date de ce brave Night Shyamalan, jadis un réalisateur bluffant et respecté (souvenez-vous du Sixième Sens ou d'Incassable), depuis enlevé par des extra-terrestres et remplacé par un cinéaste de plus en plus médiocre. Pour tenter de remonter enfin la pente après les désastres After Earth et Avatar, l'américain revient au petit budget et pactise avec le diable, en l’occurrence BlumHouse, société de production responsable des derniers viols du genre horrifique sur vos écrans de cinéma. Pourtant, malgré toute l'appréhension naturelle autour d'un tel projet, la presse spécialisée semblait avoir apprécié le film. Ni une ni deux, il n'en faut pas plus pour attiser la curiosité et espérer que Shyamalan soit de retour de la planète où on le séquestrait. The Visit signe-t-il le retour au sommet de l'américain ?

    Suspense.
    Non. Bon, on ne va pas faire durer la chose, si The Visit arrive à conquérir un quelconque sommet, ce n'est certainement pas celui de la qualité ou de la terreur. Pour construire ce film, Night Shyamalan (ou son double) s'est fixé un pari : réunir tous les plus mauvais éléments des films d'horreurs populaires récents dans un seul et même métrage. Du coup, nous voici bien embêtés pour la critique parce que le résultat est tellement... hum... incroyable, que l'on a du mal à savoir par où commencer. Prenons d'abord le postulat de départ. Deux enfants bien mais alors bien bien chiants sont envoyés par leur mère cougar chez leurs grands-parents qu'ils n'ont jamais vus. Déjà, outre la mère qui part se trémousser sur une croisière pour beaufs et qui, visiblement, n'en a rien à carrer de ses deux mômes à tel point qu'elle les envoie chez des gens qu'elle n'a pas vus depuis X temps (et on se demande bien comment elle a repris contact vu qu'ils sont censés ne plus s'adresser la parole), on se rend compte que le vrai cauchemar de ce film, c'est qu'il adopte le point de vue de la cinéaste en herbe Becca, qui va de fait capturer tous les événements que nous allons voir à l'écran. Après cinq minutes où l'on comprend déjà que c'est très mal barré et qu'on espère au plus vite que le jeune Tyler se fasse passer dessus par une moissonneuse batteuse, Shyamalan installe les deux antagonistes du récit, à savoir les grands-parents. Ceux-ci vont peu à peu afficher un comportement étrange et les enfants vont même devoir rester enfermés dans leur chambre après 21h30. Ce qu'ils ne vont pas respecter, bien évidemment. Une chose aussi prévisible que le résultat d'une nuit sous la tente entre un ours et un campeur. Du coup, les événements s'enchaînent et les deux garnements comprennent que quelque chose de louche se trame dans le coin.

    Comme on l'a dit plus haut, cinq minutes après le début du film, on se dit que l'on a vraiment, mais alors vraiment mal choisi son ticket de cinéma. Première raison évidente, Shyamalan adopte le found footage, soit le style filmique le plus chiant et le plus moche que le cinéma ait produit ces dernières années. Pire encore, il ne l'utilise pas tout le temps et quelques scènes sont bien des plans filmés ordinairement, posant immédiatement la question de "pourquoi avoir fait du found footage alors ?". Quand on connaît la puissante mise en scène que possédait le réalisateur auparavant (il y a longtemps certes), quelle est l'utilité d'employer cet artifice médiocre et agaçant au possible ?
    De produire un message sur le cinéma et de nous plonger dans le point de vue intime des deux enfants ? Merci bien mais on s'en serait passé volontiers. Parce que, seconde raison au malaise qui nous envahit, les deux cinéastes en herbe (c'est-à-dire les enfants) correspondent exactement au cliché ambulant de ces gosses de films d'horreur stupides, chiants et totalement suicidaires ("Tiens si je visitais la cabane où mon vieux entasse des trucs étranges ?" ou "Tiens, y'a des bruits bizarres dans le couloir, si j'allais voir ?"). Pour enfoncer le clou, le réalisateur américain va piquer la pire idée de ses collègues espagnols dans le film [REC] : les interviews. Vous pensiez que le film allait être chiant ? Et bien vous aviez raison. Puisque non seulement ces scènes sont ridicules, mais en plus elles brisent toute possibilité de rythme pour l'histoire en surlignant à gros traits ce qui se veut comme le message de fond du métrage.

    Shyamalan ne réalise pas tant un film d’horreur qu'un conte burlesque. Le souci majeur, c'est qu'on doute que ce soit volontaire. Vendu, étiqueté et présenté comme un film d'horreur, The Visit n'a rigoureusement rien d'effrayant, exceptée sa médiocrité sans fond. Il accumule absolument tous les clichés de films d'horreur (et les plus récents en plus pour parfaire le tout) en reprenant le rythme lent et chiant d'un Paranormal Activity (mais en moins effrayant, oui, c'est possible), en mettant des vieux aux tronches patibulaires (ce qui était à la base peut-être la seule bonne idée du film mais gâchée par un twist déplorable et totalement incohérent...) pour jouer les grands méchants, en allant surligner les gros traumatismes (en fait des débilités adolescentes totalement improbables) avec un script terminé au tractopelle, et pour finir par une morale sur le pardon qui arrive comme un cheveu sur la soupe (et dont, accessoirement, le spectateur n'a rien à cirer). En fait, autour du troisième âge, Shyamalan avait certainement quelque chose à jouer mais on a l'impression qu'il s'amuse à saboter tout son film du début à la fin. Le point d'orgue du récit sera tout de même une couche souillée écrasée sur la face de Tyler (qui n'a malheureusement pas fini dévoré vivant par des porcs). C'est là l'illustration de l'état lamentable du scénario et l'absence de toute subtilité dans la résolution des arcs narratifs. On ne parlera volontairement pas de la scène du plaquage qui est juste consternante de nullité. 

    Le plus gros problème de fond de The Visit, c'est qu'il fait rire et n'effraie jamais (s'il vous effraie, il va sérieusement falloir vous remettre en question chers lecteurs). Enquillant avec une joie malsaine tous les clichés les plus pénibles des derniers films d'horreur parus au cinéma (souvent estampillés BlumHouse, coïncidence ?), interprété par des acteurs qui embarrassent plus qu'autre chose avec une mention spéciale pour la prestation catastrophique de Deanna Dunagan, le film de Night Shyamalan confirme définitivement que le réalisateur a touché le fond et qu'il continue de creuser. 
    Quand on pense au nombre de films de genre (fantastique et/ou horreur) de qualité qui se promènent dans les festivals et que ce sont de telles daubes qui parviennent sur grand écran, il y a vraiment de quoi être désespéré. 

    Note : 0/10

     

     

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 14 Octobre 2015 à 21:38
    Sandrine

    L'avantage du film finalement, est de donner lieu à ce billet... Comme toi, ras le bol du found footage : c'est moche et c'est prendre les spectateurs pour des c*

    Ceci dit, j'ai pris le train aujourd'hui et j'ai regardé un film pendant mon trajet : Cockneys vs Zombies. Ma voisine a changé de place après trois minutes de film (elle n'avait qu'à pas regarder mon écran après tout...) : du délire zombiesque à la sauce britannique qui se consomme très bien dans le train si on ne craint pas pour sa réputation...

    2
    Saluta
    Jeudi 24 Décembre 2015 à 20:20

    CE QUI EST ECRIT ICI EST ABSOLUMENT N'IMPORTE QUOI 

    3
    Vendredi 25 Décembre 2015 à 18:37

    @Saluta :

    Ecrire en majuscules est en effet un argument véritablement très fort. Merci d'avoir recadrer le débat dans le bon sens !

    4
    HorrorFan
    Vendredi 12 Février 2016 à 20:45
    Je suis d'accord que ce film n'est pas bien tourné surtout avec ce found footage mais j'ai tout de même trouvé l'histoire en elle même pas mal. Je pense que c'était une bonne idée au départ mais qui n'a ps été correctement produit.Dommage
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