• [Critique] Troupe 52

    [Critique] Troupe 52

     Une petite île d'abord : Flagstaff Island, au Canada.
    Une troupe de scouts ensuite : cinq adolescents de 14 ans et leur chef médecin de campagne, Tim Riggs.
    Un homme inquiétant enfin : squelettique, effrayant....affamé.
    Les pièces du récit horrifique de Nick Cutter (pseudonyme de l'écrivain canadien Craig Davidson à qui l'on doit l'excellent De Rouille et d'Os) sont en place. Publié dans la collection Effroi des éditions Denoël, Troupe 52 est une plongée cauchemardesque à mi-chemin entre Sa Majesté des mouches et Cabin Fever. 450 pages d'horreur gluante et viscérale qui ne vont pas vous laisser indemnes.

    Le récit commence vite. Nick Cutter introduit rapidement les cinq gamins et leur chef avant de propulser l'étrange inconnu qui débarque sur l'île au milieu de cette petite troupe tout à fait ordinaire. Ou, du moins, le semble-t-il. Troupe 52 est un roman d'horreur, mais d'horreur à plusieurs facettes. L'immense force de ce récit, c'est tout d'abord l'habilité du canadien pour dresser des portraits humains crédibles et fouillés. Ainsi, chaque adolescent aura un caractère bien trempé et une personnalité tout à fait différente. Contrairement à beaucoup dans ce genre d'histoires, Cutter dissèque patiemment ses personnages et, plus particulièrement ce groupe d'adolescents. Avant de se pencher sur la principale source de terreur du roman - c'est-à-dire la contamination parasitaire - il est judicieux de mettre en avant cet aspect psychologique du récit.

    En effet, Cutter est autant préoccupé par les choses écœurantes liées à son histoire principale qu'aux caractères des cinq adolescents. Confrontés à l'adversité - et surtout à l'absence d'autorité parentale - les gamins laissent remonter ce qu'ils sont vraiment à la surface. Mesquin, méchant, sadique, ce petit groupe est un microcosme de l'enfance en générale avec les rapports de forces qui vont avec - le dominant, le suiveur, le souffre-douleur, le renfermé, le colérique - mais aussi les vilains secrets que chacun conserve au fond de soi. Ce qui est stupéfiant avec Troupe 52, c'est la dextérité dont fait preuve Nick Cutter pour creuser dans les recoins les plus sombres. De ce fait, même si le parasite reste l'horreur la plus évidente, le comportement des gamins fait froid dans le dos (pour ne pas dire plus). On pense notamment au personnage de Shelley, véritable monstre psychotique qui se révèle petit à petit au lecteur. Ce qui est encore plus fort, c'est que l'auteur sait rester objectif en ne faisant pas retomber la faute uniquement sur l'éducation. Elle joue, évidemment, un très grand rôle, mais dans certains cas, force est de constater que c'est la nature de l'enfant elle-même qui déraille. La chose est d'autant plus savoureuse qu'il s'agit d'une troupe de scouts, Cutter jouant volontairement avec l'image positive et volontaire du mouvement pour mieux le tordre.

    A côté de cet aspect narratif brillant, servi en plus par une langue fluide et familière qui transforme l'oeuvre en un page-turner ultra-efficace, on trouve évidemment l'horreur viscérale qui donne un versant si profondément dégoûtant au roman. L'auteur canadien fait appel à l'une des peurs modernes les plus solidement ancrés dans l'inconscient collectif : celui de la maladie. Sauf qu'au lieu d'utiliser une bactérie ou un virus, il porte son dévolu sur un parasite, en l’occurrence un simili-ténia. En poussant à l'extrême les effets connus de la maladie (les modifiant pour le besoin de l'histoire), Nick Cutter trouve un vecteur terrifiant mais surtout absolument écœurant. N'hésitant jamais à décrire dans les moindres détails les ravages du parasite sur son hôte tout en énumérant ce que le dit-parasite force à ingurgiter (c'est à dire n'importe quoi), Troupe 52 devient un récit parfois insoutenable. Une véritable horreur viscérale. Pour renforcer son background, mais aussi pour jouer avec les moyens narratifs à sa disposition, Cutter intercale des articles, des compte-rendus ou des procès verbaux au fil de son récit. Cela permet à la fois de découvrir les origines de cette infection (chose que n'aurait jamais pu savoir les personnages coincés sur l'île) mais également d'expérimenter d'autres terreurs. On retiendra notamment les rapports minutés des expériences sur des cobayes qui s'avèrent...effroyables. Ajoutez-y un fond de vérité même lointain et vous obtenez la recette pour une histoire qui prend aux tripes dans tous les sens du terme.

     Terriblement addictif mais aussi effroyablement dégoûtant, Troupe 52 s'affirme comme un brillant roman d'horreur qui ne lâche pas son lecteur. Opérant à plusieurs niveaux et sous plusieurs angles d'attaque, la terreur qui émane de ce récit acide n'a pas fini de vous ronger l'esprit. 
    Bon appétit...

    Note : 9/10

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