• [Critique TV] A Young Doctor's Notebook, Saison 1

    [Critique TV] A Young Doctor's Notebook, Saison 1

    Décidément, la télévision française ferait bien de s'inspirer de nos voisins britanniques. Pendant que M6 accueille un énième couple dans l'affligeant Scènes de Ménages, la chaîne Sky Arts nous a mijoté l'adaptation de l'autobiographie d'un médecin russe du début du XXème siècle : Mikhail Bulgakov. Dans un format type mini-série en 4 épisodes de 22 minutes, A Young Doctor's Notebook bénéficie d'un casting de luxe. Pour interpréter le personnage principal, Vladimir Bormgard, pas un mais bien deux acteurs. D'un côté Vladimir jeune incarné par Daniel "Harry Potter" Radcliffe, de l'autre côté un Vladimir seize ans plus vieux joué par le géniallissime John Hamm (Mad Men, Black Mirror). En effet, la série va employer un postulat fantasque - pour ne pas dire fantastique - afin de raconter les mémoires de ce jeune docteur fraîchement diplômé de l'université médicale de Moscou et parachuté dans un hôpital de village perdu dans la neige à Muryevo. Remarqué par la critique, le show s'est rapidement exporté aux USA sur Ovation et bénéficie même d'une seconde saison sur le même modèle. Une énième série médicale ?

    En fait, pas du tout. A Young Doctor's Notebook se veut plutôt le témoignage d'une époque et de la vie d'un homme, le docteur Bormgard, qu'une série d'investigation type Dr House ou de cas médicaux sur fond de love-story à la Grey's Anatomy. Avant tout, la série adopte un ton très particulier que l'on n'imaginait pas retrouver ailleurs que dans une production anglaise. Très portés sur un certain humour souvent très noir, les quatre épisodes de cette première saison installent rapidement le contexte. Nous sommes en 1917, la Russie va basculer dans la révolution bolchévique et souffre affreusement de la guerre. Le jeune et brillant Vladimir Bormgard est envoyé au milieu de nul part dans un hôpital où il est l'unique médecin, épaulé par quelques infirmières et un assistant, Demyan Lukich. Comme vous l'imaginez, le changement s'avère rude... très rude même. Le jeune médecin doit notamment affronter le regard aigri des infirmières qui vouent un culte à Léopold Léopoldovicth, l'ancien médecin-chef. 

    Comme nous l'avons dit, le ton de la série se révèle très caustique. A Young Doctor's Notebook peut se concevoir comme une comédie noire virant ponctuellement au tragique. Le spectateur découvre un monde vraiment particulier, celui de la campagne russe, et surtout ses habitants (des paysans en majeure partie) à l'intelligence très limitée. Le décalage entre la personne cultivée qu'est Vladimir et ses patients se ressent immédiatement. Le gouffre s'avère tellement énorme que la chose en devient comique. Pourtant, le rire devient rapidement amer devant le sentiment d'impuissance du médecin face à la bêtise. Le récit nous emmène dans le véritable enfer psychologique vécu par Vladimir... et pas seulement du fait de l’imbécillité de ses patients. Il doit également gérer seul toute une région. Il se retrouve isolé au milieu de nulle part, sans quasi-aucune expérience pratique. Dès lors, la confrontation avec le réel fait mal. Les livres de médecine ne faisant pas tout, loin de là.

    Les innombrables maladresses du jeune médecin amènent une bonne dose d'humour dans la série. Un humour noir que ne reniera pas le monde médical d'ailleurs. On citera par exemple l'hilarante scène d'arrachage de dents ou l'interminable scène d'amputation. Ne reculant devant aucun détail (Ayez le cœur et l'estomac bien accrochés), A Young Doctor's Notebook surpasse la dimension horrible de ces deux séquences pour montrer à la fois toute l'ironie de la situation et les conséquences terribles pour ces patients. "Pourquoi ne veut-elle pas mourir ?", s'exclame le jeune Vladimir épuisé alors qu'il tente désespérément d'amputer la jambe d'une fillette... à la scie... A Young Doctor's Notebook ose l'humour noir, et surtout, il ose aller jusqu'au bout de sa démarche. Devant les difficultés, le jeune docteur perd pied, devient amer et cynique. Et pire encore. Le genre de sentiment d'impuissance que chaque médecin connaît un jour ou l'autre, multiplié par mille.

    Revenons également sur l'autre grosse trouvaille du show. Sans expliquer pourquoi, la série fait dialoguer les deux versions de Vladimir, à savoir le jeune et le plus expérimenté qui se remémore justement ses souvenirs après avoir retrouvé son vieux journal. Questionné par les militaires russes, pour des raisons évidentes puisqu'il est morphinomane, il redécouvre son passé en même temps que le spectateur. Mais, chose inattendue, le jeune Vladimir arrive à voir le vieux Vladimir et à discuter avec lui. Hallucinations ? Voyage temporel ? Peut-être un peu des deux. Cette pirouette fantastique donne de fabuleuses confrontations entre deux immenses acteurs. A Young Doctor's Notebook n'est pas qu'une série au scénario intelligent et au ton unique, c'est également la rencontre au sommet de deux excellents comédiens. On aurait d'ailleurs pu croire que le jeune Radcliffe se ferait totalement eclipsé par John Hamm, mais il n'en est rien. Malgré la prestation parfaite de celui-ci, c'est Radcliffe qui emporte l'adhésion, composant à merveille ce rôle de jeune médecin désespéré et au bord du gouffre. Une prestation du tonnerre, tout simplement. Bien sûr, on émettra quelques réserves sur l'emploi d'un casting purement britannique pour jouer des russes. La chose n'est peut-être pas crédible, mais elle permet de jouir de deux excellents interprètes, sans compter les seconds rôles. 

    Reste le sujet central du récit, l'addiction à la morphine de Vladimir, qui prend de l'ampleur au fur et à mesure des épisodes. Bien amenée, et même si elle a tendance à atténuer le versant purement médical de la série, elle permet de donner une ampleur dramatique bienvenue à la saison. Elle donne aussi l'occasion au personnage de Radcliffe de s'étoffer, d'acquérir une certaine profondeur et de le confronter à un adversaire plus formidable encore que son exercice quotidien. Même s'il reste pas mal de zones d'ombres à la fin de cette première saison, inutile de dire que c'est pour mieux les exploiter dans la suivante, que l'on espère, franchement, aussi réussie que celle-ci. 

    Délicieuse mini-série aussi drôle que noire, A Young Doctor's Notebook bénéficie d'une réalisation soignée, de deux acteurs formidables et d'un récit prenant qui n'hésite pas à s'affranchir des contraintes réalistes pour enrichir son propos. A consommer sans modération !

     

    Note : 8/10

    Meilleur épisode : Episode 2

     

     

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