• [Critique TV] Daredevil, Saison 1

    [Critique TV] Daredevil, Saison 1

     A côté du Marvel Cinematic Universe développé dans les salles obscures depuis quelques années maintenant, Marvel Studio s'est allié à la plate-forme télévisuelle Netflix en 2013 pour mettre au point un pendant sériesque à sa franchise cinématographique. Mettant les petits plats dans les grands, les deux géants ont annoncé pas moins de quatre séries se déroulant à New-York et qui se rejoindraient au cours de la future mini-série The Defenders. Au programme donc : Luke Cage, Jessica Jones, Iron Fist et...Daredevil ! C'est ce dernier personnage qui arrive le premier sur les écrans après un savant plan marketing autour d'un des héros Marvel les plus maltraités qui soit au cinéma (on voudrait pouvoir oublier le lamentable film de Mark Steven Johnson avec Ben Affleck...). Sans star bankable au casting mais avec un show runner déjà fort apprécié en la personne de Steven S. DeKnight, l'homme derrière la série Spartacus, Daredevil tente de redorer le blason pourtant bien terni des super-héros sur le petit écran en promettant autre chose que les passables séries à la Arrow et autres Gotham. Une réussite pour autant ?

    Pour les deux du fond qui n'auraient pas suivi, de quoi parle Daredevil ? D'un justicier (et pas réellement d'un super-héros en réalité) aveugle qui tente de mettre de l'ordre dans les rues de Hell's Kitchen (un quartier de Manhattan à New-York). Matthew Murdock est devenu aveugle suite à un accident de la route durant son enfance où il a reçu un produit chimique dans les yeux en voulant sauver une autre personne. Entraîné par Stick, un vieillard énigmatique qui en fait un redoutable guerrier, le jeune homme devient finalement avocat avant de s'installer à son compte avec son meilleur ami, Foggy Nelson. De nuit, Matthew endosse le costume de Daredevil et utilise ses sens sur-développés et ses dons de combattants prodigieux pour tenter de rétablir l'ordre. Malheureusement, il se heurte rapidement au crime organisé et notamment au Caïd du quartier : le brutal et imposant Wilson Fisk. Voilà pour situer l'action de la série. Au cours de 13 épisodes de 50 minutes, un format qu'affectionne particulièrement Netflix, le spectateur plonge donc dans une série pas tout à fait super-héroïque (Daredevil est un vigilante à la Kick-Ass plutôt qu'un Captain America bis) saupoudrée d'une ambiance film noir et de relents de film policier. La surprise, c'est que le ton adopté par la série fait (enfin) rentrer le héros Marvel sur petit écran de façon adulte et convaincante.

    Parce qu'il faut l’avouer, les super-héros et la télévision, c'est vraiment (vraiment) pas ça. D'abord parce que l'on garde en souvenirs les vieilles séries kitsch à souhait comme Loïs et Clark, et ensuite parce que les récentes productions passent sur des chaînes non câblées dans un format bien trop long et sans pouvoir contourner les interdits de ce mode de diffusion (Arrow, The Flash...), ou encore retombent dans une sorte de kitsch embarrassant (Supergirl, les poncifs de Gotham...) qu'on croyait définitivement derrière nous. Daredevil ne mange pas de ce pain là, une chose pour le moins extrêmement réjouissante. Même si le début de la série (disons les trois premiers épisodes) ne brille pas particulièrement (hormis quelques combats bien sentis), le reste lui s'affirme comme une réussite tout à fait savoureuse. On passera volontairement sur les origines du héros qui apparaissent comme un classique éculé mais finalement obligatoire, pour s'intéresser à la mise en place de l'intrigue générale et des enjeux. DeKnight introduit son héros, Matt Murdock, et ses deux side-kicks, Foggy et Karen. Tout fonctionne très bien et, de façon surprenante, Charlie Cox trouve véritablement le ton juste dans son interprétation jonglant avec bonheur entre le côté sombre/torturé de Daredevil et la fragilité humaine que fait ressortir son dur combat contre la pègre. En partant de cette base solide, la série efface déjà l'image pour le moins litigieuse de Ben Affleck dans la tête du spectateur. Pourtant, cela ne suffit pas et ce sont deux autres éléments qui font décoller la série.

    Au départ, comme on l'a déjà dit, Daredevil apparaît comme une série plaisante mais ne marque pas instantanément au fer rouge. La réalisation est classe, même si un brin bordélique lors de certaines scènes de combats, avec une ambiance vraiment top (bien aidée par la volonté de faire se dérouler l'action majoritairement de nuit dans un milieu urbain hostile) et même un ou deux combats vraiment bien trouvés (on pense au fameux affrontement dans le couloir qui rend hommage, de loin, à la scène de Old Boy). Seulement voilà, de l'autre côté, l'intrigue fait un peu du surplace avec une Deborah Ann Woll qui met un temps assez long à jouer juste d'autant plus long que son personnage apparaît comme assez chiant au départ de l'histoire. Du coup, on commence à s'ennuyer. C'est là qu'arrive le premier gros point fort de Daredevil : son méchant. En entretenant le mystère sur l'identité de l'adversaire du justicier d'Hell's Kitchen, DeKnight offre une grandiose occasion à Vincent D'Onofrio (qu'on attendait pas du tout à ce niveau, il faut le concéder) de s'imposer au spectateur. Habité par son rôle, très fidèle physiquement à l'imposant physique du Caïd et constamment sur la corde raide entre le bien et le mal, D'Onofrio endosse le costume de Wilson Fisk avec une facilité hallucinante. 

    A partir de l'épisode 4 "In the Blood", Daredevil fait la part belle à Wilson Fisk ainsi qu'à la violence qui émane du personnage. Cette violence éclate à plusieurs reprises dans la série de façon très impressionnante (du jamais vu sur le petit écran pour une série Marvel et de super-héros en général). On oubliera pas de sitôt l'usage que Fisk fait d'une portière de voiture... Mais outre cette propension à ne pas reculer devant le caractère violent de l'oeuvre (Il ne faut pas oublier que c'est Frank Miller lui-même qui avait ressuscité Daredevil en comics en son temps), DeKnight accomplit un travail exemplaire sur le personnage de Wilson Fisk. Celui-ci apparaît au final comme rien de moins que le meilleur méchant de l'écurie Marvel à ce jour (on partait de loin mais quand même). Tiraillé entre le bien et le mal, il apparaît comme un double du héros mais qui aurait finalement mal tourné et franchit la fameuse ligne rouge avec laquelle se débat le personnage de Matt Murdock durant la seconde moitié de la série. Toute la puissance de Fisk vient de ce sentiment d'intense contradiction qui émane de son rôle et de sa quête pour améliorer Hell's Kitchen...en recourant au crime organisé... Sa relation avec Vanessa amplifie cette sensation et humanise encore davantage un homme qui peut pourtant devenir un monstre en quelques secondes. DeKnight a tout compris au personnage du Caïd et la prestation de d'Onofrio lui permet d'exploser tout ce qui se fait ailleurs.

    L'autre point fort de Daredevil, c'est d'arriver à maintenir une atmosphère urbaine convaincante et un ton adulte tout du long de ses treize épisodes. Si l'on peut regretter quelques longueurs (la série aurait gagné à passer au format 10 épisodes)avec une intrigue ne devenant véritablement prenante qu'à partir de l'épisode 5 "World on Fire", on ne peut enlever ni l'efficacité narrative globale ni la volonté louable de tenter quelques audaces structurelles. Plusieurs épisodes reviennent ainsi sur des éléments d'histoires antérieures sans pourtant laisser tomber le fil plus actuel de l'aventure (cf Episode 7 Stick, ou épisode 10 Nelson vs Murdock) ou tentent d'évoluer en temps réel (Episode 6 Condemned). On sent que Steven DeKinght veut se démarquer de la masse et, malgré quelques maladresses, il y arrive fort bien. En ajoutant des rebondissements bien sentis en fin de saison ainsi qu'une volonté réelle de ne pas laisser traîner les choses indéfiniment, Daredevil réjouit son monde. La série n'invente pas forcément grand chose mais elle fait tout de façon efficace et soignée en arrivant à tirer profit de son décor ainsi que des enjeux moraux de ses principaux personnages. Daredevil a enfin l'adaptation qu'il mérite. 

    Avec son atmosphère sombre, ses moments d'ultra-violence surprenants et son méchant délicieux, Daredevil par Steven S. DeKnight et Netflix se révèle un excellent moment de divertissement. Malgré quelques longueurs et l'interprétation grossière du jeune Matthew Murdock par Skylar Gaertner, cette première saison arrive enfin à installer un "super-héros" crédible, adulte et charismatique sur le petit écran. L'annonce de l'arrivée du Punisher et d'Elektra dans la seconde saison promet une nouvelle fois beaucoup pour les amateurs de comics...et les autres.
    Vivement la suite !

    Note : 8/10

    Meilleur épisode : Episode 4 In The Blood

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