• [Critique TV] Daredevil, Saison 2

    [Critique TV] Daredevil, Saison 2

     Excellente série de la saison 2015, Daredevil avait connu un énorme succès sur Netflix. Il était donc tout naturel de la retrouver cette année pour une seconde saison qui a bénéficié au passage d'un accroissement de budget significatif et d'une campagne marketing savamment orchestrée. Si le showrunner initial, Steven S. Knight, a quitté la série, c'est pour laisser la place à un nouveau duo avec Doug Petrie (American Horror Story, Pushing Daisies) et Marco Ramirez (Orange is the new black, Sons of Anarchy). Rajoutez à cela que la deuxième saison est l'occasion d'introduire deux personnages majeurs de l'univers Marvel, le Punisher et Elektra, et l'on peut nourrir quelques appréhensions à propos de la bonne tenue du show. Cette nouvelle fournée de 13 épisodes est-elle à la hauteur ?

    Une nouvelle fois, on fera le même reproche à la série, à savoir qu'elle s'étire trop. 13 épisodes, c'est trop long. Netflix devrait franchement se décider à condenser le tout en 10 segments pour livrer un condensé plus percutant qu'il ne l'est déjà. Cette tendance à tirer à la ligne se voit pourtant nettement moins cette fois, du fait certainement de la présence de pas moins de trois héros à l'écran... sans compter les divers retours de la saison précédente. Daredevil prend donc le risque d'introduire l'un des personnages Marvel les plus maltraités au cinéma : le Punisher. Cette fois, c'est Jon Bernthal (que les amateurs de Walking Dead connaissent malheureusement bien pour la qualité de son interprétation plus que douteuse) qui endosse le costume du vigilante. Surprise, Bernthal s'avère totalement habité par son personnage et, mieux encore, bénéficie d'un rôle finalement bien plus fin qu'il n'en a l'air de prime abord. La rencontre entre le Punisher et le Daredevil pose une question d'une grande importance dans la série : qu'est-ce que la justice et où s'arrête-t-elle ?

    Pendant les quatre premiers épisodes (et en filigrane par la suite), Daredevil s'interroge sur le bien fondé de ses actions en les comparant à celles, bien plus violentes et radicales, du Punisher. La délicieuse montée en puissance de celui-ci ainsi que les motifs qui l'ont entraîné dans cette vendetta donne à cet anti-héros une force et un charisme impressionnants. Il faut d'ailleurs immédiatement saluer la performance de Bernthal qui ne se contente pas de jouer l'homme sombre et torturé qu'il se doit d'être mais donne également un côté puissamment humain au Punisher. A bien des égards, la scène du cimetière de l'épisode 4 Penny and Dime, est l'une des plus fortes de la série voir la plus forte tout court. Lorsque Frank Castle raconte son histoire, le masque tombe et le spectateur est saisi par la boule de tristesse qui lui serre soudainement la poitrine. Ce qui reste pourtant le plus efficace et le plus perturbant, c'est la capacité du Punisher à taper juste lorsqu'il se justifie, bouffant littéralement le personnage de Daredevil qui apparaît bien timoré dans un monde gangrené par la violence et par tant d'injustices. A ce titre, l'épisode 3 New York's Finest - et même s'il ne va pas au bout des choses comme dans le comics de Garth Ennis dont il s'inspire - occasionne un beau choc intellectuel. Il donnera également une autre séquence mémorable, celle d'un combat dans un escalier, simplement la meilleure scène de fight d'une série à ce jour. Rien que ça.

    Mais assez parlé du Punisher (qui bénéficiera encore de son heure de gloire dans l'épisode 9 Seven Minutes in Heaven après une petite traversée du désert). Un autre personnage entre en jeu dans cette seconde saison, et c'est Elektra. Interprétée par une française, Elodie Yung, l'héroïne commence assez mal (en réalité, on met du temps à comprendre l’intérêt de sa présence manipulatrice) avant de devenir véritablement convaincante. Le casting de Yung surprend par sa justesse tant l'actrice capte le charme insidieux du personnage, et bientôt Elektra s'affirme comme une nouvelle réussite pour le show. Sa storyline rejoint lentement mais surement celle de Matt Murdock et son alter-ego vigilante pour plonger tête la première dans un registre où l'on attendait pas la série : le fantastique. Du coup, le nouveau grand adversaire de Daredevil, une organisation appelée la Main, donne des séquences de combats jouissives et passionnantes, cela malgré une toute fin aussi décevante à l'instar de ce que fut le combat trop facile contre Wilson Fisk en conclusion de la première saison. Ce qui réjouit par contre, c'est que la série n'a pas peur de prendre le parti du mysticisme et du fantastique, ouvrant de facto la porte à d'innombrables possibilités pour la suite. 

    Que reste-t-il de Daredevil et de Matt Murdock avec tous ces nouveaux venus (et ces retours dont on vous laisse la surprise) ? Eh bien, il reste un personnage toujours aussi attachant, tiraillé constamment entre son besoin de faire régner la justice et sa répugnance à franchir la ligne rouge incarnée par un certain Castle. L'évolution psychologique de Matt est cependant très intéressante dans cette saison car il semble se rendre compte de l'inefficacité de ses actions sur le long-terme, condamné comme beaucoup d'autres vigilantes et super-héros à remettre en cage les même criminels année après année. De même, ses rapports avec Karen permettent de davantage humaniser le personnage, d'autant plus d'ailleurs qu'il doit à terme choisir entre elle et Elektra, son premier amour. Côté personnages secondaires, Foggy et Karen souffrent des mêmes défauts dans cette saison que dans la précédente. Malgré une bonne volonté manifeste et de multiples tentatives pour étoffer leurs histoires respectives, ils restent bien en retrait du reste. Mentionnons que Deborah Ann Woll oscille constamment dans son jeu et a une tendance assez agaçante à pleurnicher à la moindre occasion, le genre de détail qui agace franchement, surtout lorsque l'on tente de donner une vraie crédibilité à un personnage.

    L'histoire de cette secondaire saison apparaît au final comme assez inégale (un peu comme pour la précédente en réalité). Les quatre premiers épisodes assurent une montée en puissance géniale avec l'introduction carrément parfaite du Punisher, et l'on doit subir un ventre mou de quatre épisodes où Frank Castle passe au second plan et où l'intrigue d'Elektra traîne dans sa mise en place. Il faut attendre l'épisode 8 Guilty as Sin pour retrouver un niveau plus palpitant et embrayer de nouveau dans un imbroglio réjouissant d'intrigues. On regrettera également quelques grosses ficelles comme la dernière conversation entre Elektra et Daredevil, ultra-convenue et cliché, qui donne, en plus, tous les éléments nécessaires au spectateur pour deviner la fin. Saluons tout de même pour finir deux choses pour cette nouvelle saison. La première c'est l'excellente réalisation qui reprend tous les bons points de la précédente saison tout en allant plus loin dans l'ambiance noire et oppressante de Hell's Kitchen et en tentant d'améliorer constamment ses scènes de combats. La seconde, c'est l'utilisation intelligente et judicieuse des personnages-surprises de retour de la saison une dans l'intrigue. Plus qu'un simple appel du pied aux fans, ils bénéficient non seulement d'une véritable utilité mais donnent également lieu à quelques scènes mémorables (dont au moins un certain face à face en prison).

    Même si cette seconde saison de Daredevil a bien du mal à corriger ses vieux défauts, elle parvient à les faire oublier en introduisant deux excellents personnages interprétés par deux acteurs surprenants. Meilleure réalisation, meilleurs combats, intrigue plus fouillée et extension de l'univers, tout pousse à croire que Daredevil va ravir le public. Et puis, rien que pour l'excellence du Punisher... le résultat vaut le coup d’œil !
    One Batch, Two Batch...Penny and Dime !

     

    Note : 8,5/10

    Meilleure réplique : "Because i think you're a half measure. I think you are a man who can't finish the job. I think you are a coward."

    Meilleur épisode : Episode 4 Penny and Dime

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