• [Critique TV] Dead Set

    [Critique] Dead Set


    Déjà responsable de l'excellente mais inégale série Misfits, la chaîne britannique E4 a également connu son heure de gloire dans un tout autre genre : celui de l'horreur. En 2008, elle donne sa chance à un novice dans le milieu de la série télé, un certain Charlie Brooker. Pour l'épauler, c'est un français, Yann Demange, qui se charge de la réalisation. Mini-série en 5 partie (1 épisode de 45mn et 4 de 22mn), Dead Set mêle apocalypse zombie et...télé-réalité ! Ce cocktail inattendu n'a pourtant rien de surprenant lorsque l'on sait que Charlie Brooker donnera plus tard naissance à une série anthologique intitulée Black Mirror et qui s'intéressera aux travers de notre société moderne. En attendant, Dead Set porte en elle les prémisses du génie de Brooker en y ajoutant une très généreuse dose de gore. Bien avant un certain Walking Dead, la série amenait les morts-vivants sur notre petit écran. Un plaisir saignant ?

    Que raconte au juste Dead Set ? Eh bien, une apocalypse zombie. On connaît la rengaine, les morts se relèvent, font des vivants leur met favori et la contamination se propage plus vite qu'une épidémie de syphilis dans un club échangiste du XIXème siècle. L'originalité de la série ne réside évidemment pas là. Avec un type comme Charlie Brooker au poste de scénariste, Dead Set devient le descendant spirituel du Zombie de George A. Romero en troquant le centre commercial pour...le studio d'une émission de télé-réalité type Secret Story ou Love Story (pour les plus anciens d'entre nous). C'est ainsi que le pilote de 45mn nous emmène sur le prime time de cette télé-réalité appelée Big Brother (bonjour Orwell). En plus, Il ne s'agit pas de n'importe quel prime, mais bien d'un jour d'élimination ! Seulement voilà, on peut voir sur quelques chaînes d'informations des "émeutes" en cours au Royaume-Uni. Qu'à cela ne tienne, le producteur, Patrick, ne veut rien savoir. Ce qui importe c'est l'audience, la sacro-sainte audience. Il faut juste croiser les doigts pour que l'heure de gloire de Space, Pippa, Joplin, Angel et les autres ne soit pas gâchée par ce genre de broutille. Malheureusement, les zombies en général, ça se remarque.

    "Why do people riot, anyway ? It's not the 80's ! You know, they got distractions. They should stay in, watch telly."  (Pourquoi les gens se soulèvent, de toute façon ? Ce n'est pas les années 80 ! Tu sais, ils ont des distractions. Ils devraient rester chez eux, regarder la télé.) Cette phrase merveilleuse prononcée par le détestable et caricatural producteur de l'émission annonce clairement la couleur. Bien évidemment Dead Set est une série horrifique, mais c'est également une satire sociale tout ce qu'il y a de plus saignante (dans tous les sens du terme d'ailleurs). Brooker nous plonge d'abord dans Big Brother, place les candidats totalement débiles qui représentent un échantillon terrifiant de la stupidité que peut offrir notre société moderne. Qui sont-ils ? Des imbéciles pour la plupart, voir même des gens qui se croient intelligents mais qui sont encore plus bêtes à l'arrivée (Joplin). Durant les cinq épisodes, le spectateur découvre la débilité humaine dans toute sa splendeur avec une galerie de personnages incarnant les travers les plus répandus de la vie moderne. Égoïstes au possible, obnubilé par la célébrité ou par ce que pense les autres d'eux, ils deviennent presque aussi détestables que les gens qui exploitent le show. De l'autre côté des vitres sans tain, les choses ne sont pas vraiment plus reluisantes. Cupidité et superficialité règnent en maître, petites lâchetés et tromperies en tous genres sont monnaie courante, bref, si l'on excepte les personnages de Riq ou de sa partenaire d'infortune, à peu près tous les individus de la série s'avèrent détestables à un moment ou un autre (et parfois tout le temps comme le truculent Patrick).

    Outre cet aspect hautement satirique, Dead Set n'en reste pas moins une excellente série zombiesque. Si vous cherchiez une invasion de morts-vivants qui tâche, vous allez être servis ! Dès la fin du premier épisode, le sang gicle, les membres sont arrachés, les boyaux se répandent sur le sol.Bref amis du gore, vous allez vous régalez. On retiendra particulièrement deux séquences mémorables : Patrick coupant en morceaux un des cadavres pour avoir des appâts à zombie en déversant sa bile au candidats écœurés, faisant ainsi passer au sens propre l'adage "Vous êtes le produit" de la télé-réalité, et bien sûr le dépeçage de ce même Patrick, sommet de gore, tellement extrême qu'il en devient comique. On relèvera encore le clin d’œil à Romero avec ce genre de séquences obligées. Puisqu'on parle du cinéma du grand George, le quatrième épisode contient aussi un très bel écho à Zombie avec Joplin expliquant l'affluence des morts-vivants devant le studio : "Some kind of primitive intuition, maybe.[...] Don't forget, this place used to be like a church to them." (Une sorte d'instinct primitif, peut-être. [...] N'oubliez pas, ce lieu était comme une église pour eux.) renvoyant directement à la tirade sur l'habitude des morts de revenir au centre commercial. Charlie Brooker connaît ses classiques et son scénario rend brillamment honneur au maître de l'horreur.

    On peut cependant dégager deux points négatifs à Dead Set. La trame de Riq qui coupe un peu le plaisir par rapport aux personnages enfermés dans le studio, et la réalisation excessive de Yann Demange qui abuse carrément de la shaky-cam. Une fois ou deux au début pour rappeler la brutalité de la chose, peut-être, mais utiliser systématiquement ce procédé à chaque attaque de zombies brouille l'image et rend l'action totalement illisible. Car les morts-vivants de Dead Set s'inspire cette fois de ceux que l'on peut trouver dans L'armée des morts de Snyder ou les infectés de 28 Jours plus tard de Boyle. Surexcités et extrêmement dangereux même pris isolément, les créatures de Dead Set bénéficient en sus d'un maquillage et d'effets spéciaux extrêmement convaincants. Finalement, après un peu plus de deux heures, la mini-série s'achève sur un final sanglant comme il se doit bouclant avec brio une intrigue menée tambour battant qui recycle intelligemment les classiques du genre. L'analogie entre les spectateurs de ce genre de show et les zombies constitue en fait la dimension en plus qui permet à Dead Set de se hisser au-dessus des autres productions horrifiques des années 2000. "
    Yeah, that's the public for you, isn't it ? They're animals !" (Ouiais, c'est un public pour toi, n'est ce pas ? Ce sont des animaux !) s'exclame Joplin dans le pilote devant ce qu'il croit être l'hystérie débridée des fans. Une comparaison succulente dont on appréciera toute l'ironie mordante lors du visionnage de la série.

    Première incursion télévisuelle sur le thème du zombie, près de deux ans avant l'archi-connu The Walking Dead, Dead Set a tout pour elle ou presque. Humour noir, gore à foison, récit resserré et sans temps mort, la mini-série de Yann Demange et Charlie Brooker bénéficie en plus de l'intelligence formidable de ce dernier. La meilleure chose qui soit arrivée au genre depuis longtemps. 
    Ruez-vous dessus !

     

    Note : 8.5/10

    Meilleur épisode : Outbreak

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  • Commentaires

    1
    BeuhNoix
    Vendredi 10 Juillet 2015 à 01:32

    Je suis bien d'accord avec toi moi j'adore cette mini série le concept est super original dommage qu'il n'est pas fait de deuxième saison pourtant elle étais prévue je pense qu'il on trop vite fais mourir les personnages après la diffusion la série a cartonné mais que pouvait t'il faire tout le monde et mort il aurait du prolongée l'enfermement dans la téléréalité et enchaîner avec d'autre saison peut-être un jour quelqu'un exploitera le concept on a déjà vu quelque film d'horreur dans la quelle une télé-réalité se déroule mais jamais aussi bien, il pourrait aussi faire une vraie téléréalité d'horreur comme BUNKER mais en mieux tout le monde semblent avoir kiffé DEAD SET vu les super note sur le web

    2
    Vendredi 10 Juillet 2015 à 14:25

    Je comprends l'envie d'en voir plus, d'autant que la satire dans le milieu de la télé-réalité, c'est vraiment jouissif. Seulement je préfère une saison concise et excellente que la tendance actuelle de prolonger les séries et faire perdre toute la qualité en l'étirant. Si Charlie Brooker a pensé qu'une seule saison était suffisante, vu le génie qu'il est, je crois qu'on peut lui faire confiance.
    D'ailleurs, si vous avez aimé le ton caustique et la critique sociale de la série, j'espère que vous avez déjà vu l'autre série de Charlie Brooker, Black Mirror. Si ce n'est pas le cas, jetez-vous dessus !

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