• [Critique TV] Fargo, Saison 2

    [Critique TV] Fargo, Saison 2

     Certainement l'une des meilleurs surprises en termes de séries ces dernières années, Fargo a naturellement été renouvelé pour une seconde saison en 2015. Aux commandes de celle-ci, toujours l'excellent Noah Hawley (Legion) mais un casting totalement différent puisque le show se veut anthologique, chaque saison pouvant être regardée de façon indépendante (même si l'on rate alors quelques clins d’œil). Avec une certaine malice, Hawley focalise son nouveau récit sur le fameux incident de Sioux Falls en 1979, soit vingt-sept ans avant les événements de la première saison, où plusieurs personnages y faisait allusion en passant. Changement d'époque donc également mais toujours cette même partie glaciale des Etats-Unis : le Minnesota. 

     A Luverne, une petite ville sans histoire, Ed Blumquist, un garçon boucher, et sa femme, Peggy luttent avec la banalité étouffante du quotidien. Cette dernière esquive d'ailleurs toutes les discussions tournant autour de l'avenir du couple. Alors qu'elle rentre de son travail, elle percute un homme près d'un restaurant en bord de route. Prise de panique, elle ramène sa voiture et l'homme fiché dans le pare-brise de celle-ci dans son garage. Elle ne sait pas que celui qu'elle vient de renverser n'est autre que Rye Gerhardt, cadet d'une puissance famille mafieuse du coin. Une famille doublement endeuillée suite à l'AVC qui a frappé le chef de famille, Otto. Contrainte de prendre les affaires en main, sa veuve, Floyd , va devoir gérer le conflit larvé entre ses deux autres fils, Dodd et Bear. Sentant les Gerhardt affaiblis, une autre organisation mafieuse de Kansas City approche la famille pour l'incorporer à son business. C'est le début d'une série de catastrophes qui va mettre à mal la quiétude de Luverne et de son shérif, Hank Larsson. 

     Pour ce second round, accrochez-vous.
    Contrairement à la première saison qui présentait avec patience une galerie de personnages farfelus, cette seconde saison nous plonge dans les sales besognes de la famille Gerhardt en les introduisant tous dès le pilot. Heureusement, Hawley est un petit génie de la caractérisation et arrive à incarner chaque individu avec un talent évident. La formule de la première saison ne change guère. Il s'agit toujours d'un dérapage incontrôlé où une minuscule étincelle entraîne des conséquences disproportionnées dans une ville tout à fait banale. Changement notable par rapport à la saison précédente cependant, Fargo mise à fond sur l'effet papillon et explique comment un tout petit incident (en l’occurrence l'accident de Peggy renversant Rye) va mener à une impitoyable guerre entre familles mafieuses rivales. L'absurdité de la chose, délicieuse à souhait, renoue avec le second degré traditionnel de l'univers Fargo.

    Certes, l'humour noir est un peu moins présent dans cette saison. Mais le couple formé par Peggy et Ed se révèle, au fur et à mesure des épisodes, une brillante déconstruction du mythe de la famille américaine tranquille et sans histoire. En disséquant ces deux personnages, Hawley met en évidence la frustration de deux individus qui tentent désespérément de ressembler aux stéréotypes que leur culture leur a inculqué. Ed veut être un bon petit père de famille et tenir un commerce respectable qui lui offrira l'admiration de son épouse, tandis que celle-ci rêve d'être autre chose qu'un simple trophée et rencontre les prémices du féminisme américain par l'intermédiaire d'une amie de travail. Jesse Plemons et Kirsten Dunst, excellent de bout en bout, incarnent à la fois l'Amérique traditionnelle et le renouveau en marche...à la sauce cynique made in Fargo. Au fond, ces deux tourtereaux sont aussi médiocres et pathétiques que les autres habitants qui les entourent, renvoyant en quelque sorte au pathétique personnage de Martin Freeman de la saison précédente. 

    A l'opposé, on trouve la famille Gerhardt qui incarne aussi ce tiraillement entre modernisme et traditionalisme mais par le prisme du grand banditisme cette fois. Les deux frères sont d'autant plus succulents qu'ils sont confrontés à un monde qui finit par les dépasser. Dans cette même optique, Mike Milligan incarne un vent de nouveautés...avant de se rendre compte qu'il est lui aussi tout à fait dépassé. Fargo applique toujours la même formule qui consiste à mixer une galerie de personnages tous plus pathétiques les uns que les autres, et à faire surnager deux figures en son sein. La première est celle de l'électron libre quasiment invincible, assuré cette fois par l'indien Hanzee (et qui en profite pour tailler un costard aux américains qui n'en finissent jamais d'être racistes), un monstre d'efficacité et de violence plus profond qu'il n'y parait de prime abord. La seconde, c'est évidemment celle du flic (ou des flics en l’occurrence) qui ne paie pas de mine mais finit, à force de courage et de détermination, à retirer une once de compréhension dans tout ce chaos. Pour le coup, c'est l'excellent Patrick Wilson qui s'y colle.

    Ce qui change le plus ostensiblement dans cette seconde saison, c'est bien évidemment l'époque. Noah Hawley s'en donne à cœur joie sur le plan du montage et de la mise en scène, retrouvant une ambiance fin seventies plus vraie que nature, mais en n'oubliant jamais de prendre quelques risques (un certain passage de l'épisode 9, totalement WTF). L'atmosphère glaciale du Minnesota est toujours là, enveloppant le tout d'une gangue froide et menaçante. La tension, élément fondamentale pour cette seconde saison, monte graduellement pour finir dans une explosion que l'on attendait de toute façon à tout moment. Hawley maîtrise ses pièces, son rythme, ses personnages et ses thématiques prouvant une nouvelle fois, si cela était encore nécessaire, qu'il a tout compris à l'esprit des frères Coen et de l'illustre film dont la série est elle-même issue. Le résultat, une nouvelle fois passionnant et bourré de cynisme, force le respect.

     Ce nouveau tour de montagnes russes permet à Fargo de prolonger le plaisir. Noah Hawley réunit un nouveau casting de choc pour une intrigue menée tambour battant et qui explore avec cynisme le way of life américain. Plus sanglante et plus dense que la précédente saison, cette seconde fournée d'épisodes ne déçoit jamais. Bien au contraire. 
    Vivement la suite.

     

    Note : 9/10

    Meilleur épisode :   Episode 6 - Le Château

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