• [Critique TV] In The Flesh, Saison 1

    [Critique TV] In The Flesh, Saison 1
    British Academy Television Awards Meilleure mini-série dramatique 2014

    La télévision britannique nous a déjà largement prouvé sa qualité. Avec des séries comme Misfits ou Black Mirror, nos voisins anglais peuvent se targuer de disposer d'une offre des plus solides. Dans le petit monde de la série télévisuelle cependant, le sous-genre zombiesque semble assez mal loti. On citera tout de même le réjouissant Dead Set du génial Charlie Brooker, dont nous avions déjà largement loué les mérites auparavant. Alors qu'actuellement le mastodonte The Walking Dead se taille la part du lion (et de façon assez désolante au vu de la qualité toute relative de cette pseudo-adaptation), il ne faut pas oublier qu'une autre série avait débarqué sur les écrans anglais en 2013. Première oeuvre de l'inconnu Dominic Mitchell, In The Flesh était à l'origine une mini-série en 3 épisodes d'une heure chacun. Devant l'énorme succès critique de ceux-ci, la chaîne décide de prolonger l'aventure avec une seconde saison de six épisodes, avant d'annuler brutalement le show en 2014, au grand dam des fans. Inédite en France, In the Flesh mérite pourtant vraiment un bon coup de projecteur. 

    Contrairement à ce que peut laisser supposer la présence de morts-vivants dans le show, In The Flesh n'est absolument pas une série horrifique, ou du moins très peu. Nous sommes au Royaume-Uni, dans la petite ville de Roarton. La résurrection (The Rising en VO) a détruit nombre de vies dans cette petite bourgade. Sans crier gare, les morts se sont relevés de leurs tombes pour s'attaquer aux vivants. Parmi eux, Kieren Walker, un adolescent mal dans sa peau, récemment suicidé. Protégé par des milices improvisées comme le HVF - Human Volonteer Force -, Roarton a survécu. Les morts-vivants ayant réchappé de cette guerre sans merci ont finalement été réhabilités par le gouvernement, au moyen d'un médicament miraculeux qui leur redonne une conscience normale et des émotions humaines. Pour cacher leur apparence cadavérique, ils ont recours à une bonne dose de maquillage et des lentilles de contact. C'est ainsi que Kieren, survivant du Partially Deceased Syndrom, réintègre Roarton et sa famille. Seulement voilà, les membres du HVF et les autres habitants ne voient pas les choses d'un si bon œil...

    In The Flesh commence comme une oeuvre de zombies lambda, avec une personne qui se fait dévorer. Seulement voilà, cette séquence est issue des flash-backs aperçus par Kieren lorsqu'il prend une injection de ce médicament miracle lui redonnant des caractères humains. Et c'est bien les seules choses horrifiques que l'on verra dans la mini-série. Non, In The Flesh n'est pas censé vous faire peur mais bien vous faire réfléchir et vous toucher. La présence des zombies sert en réalité un tout autre but pour Dominic Mitchell. Il choisit tout d'abord de nous mettre dans la peau de Kieren Walker, dont le passé se révèle par petites touches, et qui s'avère rapidement loin d'être une figure héroïque typique. Au contraire, il a tout de l'anti-héros tragique. Interprété par l'excellent Luke Newberry qui offre sa première grande prestation pour l'occasion, le personnage de Kieren sera le centre des trois épisodes, tout autant que la petite ville de Roarton. A travers sa condition de ressuscité (ou de "pourri" comme les appellent les habitants), Kieren va réussir à nous émouvoir, et pas qu'un peu.

    Là où la série aurait pu prendre le chemin d'un Walking Dead et jouer à fond la carte du sensationnalisme, Mitchell refuse tout net la chose. Il installe son action à l'écart, dans une ville où le prêtre local fait la loi et où les vieux réacs règnent en maîtres. Dès lors, le retour d'une personne ayant tenté de les tuer par le passé ne peut manquer de les faire vivement réagir. L'intelligence du scénario d'In The Flesh renvoie à une autre oeuvre, le fameux Stoney Mayhall de Daryl Gregory, justement paru il y a peu chez le Bélial sous nos latitudes. Près de deux ans après la parution du livre, l'arrivée de la série n'est certainement pas anodine, tant les similitudes dans l'abord du mythe zombiesque sont importantes. Mitchell ne conçoit pas le mort-vivant comme un monstre mais comme une victime de sa condition. Dès lors, malgré l'aspect cadavérique des ressuscités tel que Kieren, l'anglais décide d'inclure dans son récit un sous-texte politico-social fort.

    Kieren revenant dans sa famille à Roarton découvre un monde d'intolérance, de haine, de peurs. Les rumeurs les plus folles circulent sur les survivants et le jeune homme doit se terrer chez lui, sous peine de subir les représailles des membres du HVF. Dans son premier épisode, Mitchell entretient le doute. De quoi parle-t-il au fond ? De la réinsertion de criminels dans la société après qu'ils aient payé leur dette ? D'anciens pédophiles castrés chimiquement ? D'homosexuels malades souffrant du VIH ? Peu à peu, les choses prennent tournure, notamment grâce à l'intervention de deux personnages sublimes dès le second épisode : Rick et Amy. Le premier est le meilleur "ami" de Kieren et la seconde déboule dans la vie du jeune homme comme un feu-follet. Ils permettent aussi d'explorer d'autres points de vue, à commencer par celui du couple Macy, dont le patriarche Bill apparaît comme un modèle d’ambiguïté morale et, finalement d'intolérance. Rapidement, Mitchell tisse une critique extrêmement forte tournant en réalité autour de l'homophobie, narrant par le détail le calvaire que peut subir un homosexuel dans une petite ville remplie de gens détestables. 

    La vraie prouesse d'In The Flesh, c'est pourtant d'arriver à ne jamais surligner son propos. L'homosexualité n'apparaît pas comme le thème central, elle reste un sous-entendu obsédant qui finit par tout expliquer. La relation Kieren-Rick ne devient claire qu'en toute fin, alors que la série s'attarde sur bien d'autres choses. Un des autres thèmes de cette saison, c'est le deuil, ainsi que le rapport au suicide. Mitchell décrit avec une justesse poignante la rage, le chagrin et la colère que peuvent ressentir les proches d'un suicidé. La séquence finale où le père de Kieren laisse paraître ses émotions s'avère terriblement émouvante. Le réalisme cru adopté par la série et son refus constant de tomber dans le grandiloquent ou l'horreur en font une merveilleuse réussite, qui arrive à décrire le mode de fonctionnement d'une petite communauté aux idées rétrogrades à la perfection. C'est là que se niche la véritable horreur, qui n'a rien d'imaginaire. Mitchell met en avant ses personnages, bien aidé par un casting irréprochable, et noue des relations d'une sincérité criante. L'évolution de celles-ci, notamment entre Kieren et sa sœur, achève de prouver le talent de l'anglais, tout en poussant plus loin la réflexion autour du pardon. 

    Il faut 3 épisodes d'une heure à In The Flesh pour installer son univers, le faire vivre et dénoncer avec virulence la haine de l'autre. La série passe finalement trop rapidement, tant on s'attache au jeune Kieren. Avec la finesse et l'intelligence profonde de sa métaphore sociale, la mini-série s'impose comme l'autre meilleure série zombie avec Dead Set, celle-ci jouant dans un tout autre registre. 
    En l'état, la première saison imaginée par Dominic Mitchell est une réussite magistrale du genre que l'on vous recommande vivement !!

    Note : 9.5/10

    Meilleur épisode : Episode 3

     

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  • Commentaires

    1
    Duarcan
    Samedi 22 Août 2015 à 12:49

    Je vais me pencher dessus vu ta critique. M'ais n'est ce pas un remake des revenants (la série de canal)?

    2
    Samedi 22 Août 2015 à 12:58

    Non pas du tout.
    Le remake US des Revenants c'est The Returned.

    3
    Duarcan
    Samedi 22 Août 2015 à 17:47

    oui je pensais a un remake anglais. D'ailleurs un remake australien vient de sortir, une belle croûte ;)

    mais très bien je regarderai ce soir.

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