• [Critique TV] Legion, Saison 1

    [Critique TV] Legion, Saison 1

     

     Les séries TV et les super-héros, c'est un peu tout et son contraire.
    D'un côté, des tentatives qui ont vraiment fait du bien (Daredevil voir Jessica Jones dans une moindre mesure) et de l'autre, une succession de variations bas de gamme qui font honte dès la bande-annonce (Supergirl, Arrow...). Alors que l'on croyait avoir trouvé la réponse dans l'association Netflix-Marvel avec l'adaptation réussie de Daredevil (et l'excellent personnage du Punisher), les dernières séries du géant américain ont un peu refroidi cet enthousiasme. Un Luke Cage poussif et un Iron Fist à la ramasse...Bref, on craint un peu pour la suite des opérations avec The Defenders
    Et puis...dans son coin, la chaîne câblée FX accueille une petite nouvelle : Legion. Le projet est porté par un certain Noah Hawley, le génial créateur de la série Fargo, et s'intéresse à un mutant de l'univers X-Men sans pour autant explicitement le dire. Un format très court (8 épisodes) et donc autant de chances de maintenir une qualité équivalente tout du long, un créateur reconnu et une chaîne exigeante, Legion serait-elle le Messie ?

    Si le nom de Legion ne vous dit rien, c'est assez normal et on vous laisse le grand plaisir de découvrir l'identité de ce mutant durant cette première saison. Pour remettre la série dans son contexte, commençons par présenter David Haller. David vit dans une institution psychiatrique depuis plusieurs années maintenant. Il s'y est fait des amis, Syd, sa copine qu'il ne peut pas toucher car elle ne supporte pas le contact des autres, et Lenny qui a toujours des écouteurs sur elle pour écouter de la musique. La vie de David est rythmée par la prise de ses médicaments, ses sessions de groupe et ses hallucinations auditives voire visuelles. Jusqu'au jour où David devient l'enjeu d'une guerre entre un groupe de résistants et la mystérieuse Division 3, une branche secrète du gouvernement. Pourquoi ? Parce que David pourrait ne pas être un schizophrène, David pourrait être l'un des mutants les plus puissants jamais rencontrés. Le problème, c'est qu'il peut aussi tout simplement être fou à lier. Ce qui est certain, c'est que l'esprit de David cache de terribles et terrifiants secrets.

    Quel pitch alléchant !
    Noah Hawley le dit lui-même : s'il a voulu faire Legion c'est parce qu'il était intéressé par les possibilités offertes par un tel personnage et une telle intrigue. La série n'est donc pas une création opportuniste mais bel et bien une envie artistique en premier lieu. Ce qui va d'ailleurs faire toute la différence. 
    Legion se divise en huit chapitres tournant autour d'un seul et unique personnage : David Haller. Interprété par l'excellent Dan Stevens (tellement évident pour ce rôle, tellement miscast dans La Belle et la Bête), David est avant tout un personnage attachant, éminemment humain. Dès le pilot, on est touché par son mélange de maladresse et ses pouvoirs (ou pas ?) inquiétants. Une bonne partie de la force de la série repose sur les épaules de Stevens, capable d'être aussi sympathique qu'effrayant ou charismatique. Pourtant, même si on adore l'équipe de mutants de la série, ce n'est pas les personnages à proprement parler qui font la qualité de Legion. C'est son audace visuelle et esthétique.

    Inutile de le cacher puisque la chose est évidente dès le pilot, Legion est un laboratoire d'expérimentation pour Noah Hawley. Le créateur de Fargo laisse ici libre court à toutes ses envies visuelles et, le moins que l'on puisse dire, c'est que le monsieur en a sous le coude. Dans son montage, son cadrage, son esthétisme, son dynamisme, sa photographie et sa musique, Legion est une constante recherche de nouveautés. Hawley ne se contente pas de raconter son histoire, il l'incarne visuellement et fait se rejoindre parfaitement fond et forme en profitant à plein régime des ambiguïtés narratives de son sujet. Sommes-nous dans le réel ? David hallucine-t-il ? Comment décrire un plan astral ? Cette première saison est un trésor visuel qui n'est égalé que par la maestria de sa narration qui joue constamment sur le doute et élude volontairement les autres X-Men. De ce fait, il est quasiment possible de regarder Legion sans rien connaître aux mutants. Certes les connaisseurs auront un sourire en coin à l'évocation de tel ou tel personnage, mais la chose n'est absolument pas nécessaire. Il ne s'agit pas d'une série X-Men ou d'une série de super-héros mais d'une série tout court. C'est là que Hawley et FX ont tout bon, au lieu de jouer la carte de la hype Marvel, ils mettent en avant leur héros et leur univers. Le résultat ? Un monument de mise en scène. 

    Encore une fois, Legion est une claque visuelle. Hawley semble avoir dix idées à la minute et les mets en pratique avec une force peu commune. Legion, c'est le genre de série capable de faire danser ses acteurs principaux pour ensuite aller s'enfermer dans un cube de glace géant avant de revenir dans un asile psychiatrique aux couleurs chatoyantes. Plus loin encore : Legion, c'est une audace narrative réjouissante. Dans sa folie, Hawley modifie les couleurs, fait des clins d’œils à Invasion : Los Angeles de Carpenter, change de registre en un tour de main (le passage sans son dans la maison de David) et tout ça culmine dans un épisode 7 simplement inoubliable. Au détour d'une séquence folle, Legion explose les limites télévisuelles conventionnelles en recréant à la fois un film muet en noir et blanc tout en remixant le fameux Boléro de Ravel. Monumental on vous dit ! Rien que cet épisode renvoie toutes les séries Netflix (même l'excellent Daredevil) dans les cordes. C'est aussi un peu le revers de la médaille puisqu'en plaçant un tel chef d'oeuvre en septième position on se sent un peu floué par un final forcément moins fort (même si toujours passionnant).

    Tout ça ne serait pourtant rien sans une vraie bonne histoire. De ce côté-là (et sans pouvoir franchement distinguer forme et fond tant les deux sont liés), Legion assure aussi méchamment. En reprenant à son compte l'un des mutants les plus originaux de l'histoire, Hawley se démarque assurément du reste. La série prend un malin plaisir à jouer avec les codes du genre, maintient le doute sur la folie ou les pouvoirs de David, dresse à côté une équipe de super-héros humains (notamment l'atypique duo Cary-Kerry) et arrive à donner des miroirs de la dualité de David dans le même mouvement. Si l'on regrette le manque de travail sur le principal mutant de la Division 3, autant dire que l'immense réussite du Shadow King fait largement oublier la chose. Il s'agit tout bonnement du meilleur super-vilain de l'univers X-Men et l'un des tous meilleurs tout court. Interprété par une Aubrey Plaza délicieuse et profitant d'un design parfaitement réussi, le Shadow King donne des frissons. 

    Vous l'aurez compris, Legion est une immense surprise.
    L'autre série de Noah Hawley met une claque visuelle et narrative à tout ce qui se fait dans le milieu. Cette première saison frôle le sans-faute et stupéfie par son audace. On attend de pied ferme le retour de David Haller et de sa bande pour un second tour de piste en février 2018.

     

    Note :  9/10

    Meilleure épisode :  Episode 7 - Chapter 7

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook   

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    Tags Tags : , , , , , , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :