• [Critique TV] Sense8

    [Critique TV] Sense8

     

     Si Netflix prend de plus en plus de place actuellement, c’est grâce à son ambition sans cesse renouveler de produire des créations originales audacieuses comme peuvent le faire les grandes chaînes câblées américaines. Outre ses deux séries-phares, House of Cards et Daredevil, Netflix a aussi lancé en juin 2015 Sense8. Sorti de l’imagination de Joseph Michael Straczynski (Rising Stars, Babylon 5) et des sœurs Wachowskis, Lilly et Lana, la série marque le passage des créateurs de Matrix sur le petit écran à l’instar d’un certain nombre de grands réalisateurs actuels. Bien que celles-ci soient en perte de vitesse depuis le ratage total de Jupiter Ascending, les Wachowskis semblent cette fois synthétiser toutes leurs obsessions pour offrir aux spectateurs une sorte de Cloud Atlas sériesque contemporain. Sense8 a en effet été tourné dans huit lieux différents pour s’attarder sur le destin de pas moins de huit héros. Un récit choral donc, qui semble taillé sur mesure pour la télévision.

    Le problème qui saute immédiatement aux yeux, c’est que les Wachowskis digèrent très mal le passage au format série. On peut même penser que sans le concours de Straczynski, Sense8 aurait été un total échec. Pourquoi cela ? Parce que Sense8 n’a quasiment aucun rythme et se contente pendant près de 8 épisodes (sur 12 !) d’entrelacer les fils narratifs de ses héros en coupant artificiellement la trame générale en petits bouts. Tout se passe comme si les Wachowskis avaient construit une histoire de douze heures qu’elles auraient simplement saucissonner pour en faire une série. Du coup, comme on s’en doute, certains épisodes s’avèrent trépidants et d’autres passablement chiants. Pire même, si l’on considère que cette première saison sert de grosse introduction à l’univers, les premiers épisodes de la saison ne sont qu’une présentation, une mise en place…de l’introduction. On imagine sans mal la lenteur exaspérante que peut présenter la série pour qui est habitué aux canons du genre.

    Voilà donc pourquoi, d’emblée, Sense8 s’avère une série pénible à première vue. Les Wachowskis, aidés par le génial Straczynski, et leurs potes de toujours, James McTeigue et Tom Tykwer, dressent le portrait de huit personnages vivants dans huit villes différentes. Leur point commun : ce sont tous des sensates (ou sensitifs en français). Des individus capables de sentir tout ce que ressentent les autres membres, de leur prêter leur compétence et, même, d’agir à leur place si nécessaire. Sauf que ce genre d’interactions, lorsque l’on n’y est pas préparé, peut être compliqué à gérer et peut aussi bien aider que pourrir l’existence. Quand, en plus, nos héros découvrent qu’une organisation les traquent et que seul un mystérieux Jonas veut bien leur venir en aide, les choses se compliquent sérieusement pour eux. Pour la série aussi d’ailleurs puisque, vous vous en doutez certainement, mais le cliché de l’organisation dirigée par un grand méchant (un certain Whispers dans notre cas) qui veut museler les gentils héros a tendance à agacer quand la série commence à s’attarder dessus. Côté antagoniste, et pour ce qui concerne cette première saison, Sense8 se plante aussi.

    Faut-il jeter la série à la poubelle ? Etrangement, non. Pas du tout même. La série réussit grâce à ce qu’on pensait être son point faible : les histoires ordinaires de ses personnages. Même si l’on déplore quelques grossièretés d’écriture (le rapport flic/voyou notamment), les récits qui s’imbriquent deviennent étonnamment attachants au fil du temps. Même celui qui semblait le plus loufoque, celui de l’acteur de telenovela Lito Rodriguez, finit par toucher et même passionner. Parce qu’il y a une humanité derrière tous ces portraits improbables. Comme toujours, les Wachowskis aiment dépeindre une multitude de cultures (et non un multiculturalisme, la nuance est très importante) en nous dépaysant, en nous transportant dans des villes lointaines, de l’Inde au Kenya en passant par l’Islande. La diversité véritable que dégage la série offre une bouffée d’air frais et l’authentique quota sympathie qui était vital à l’entreprise. On retrouve dans la palette de situations et de paysages, de personnages et de nationalités, tout l’exotisme d’une planète Terre bigarrée et formidable.

    Puis, vient les premiers moments de grâce de Sense8 : la communion. Dès que deux personnages commencent à ressentir les émotions des uns et des autres, à interagir à des milliers de kilomètres de distance, à s’aimer même, la série trouve son envol, trouve sa véritable raison d’être. Ce n’est ni la traque par une mystérieuse (et bien fade) compagnie secrète, ni même une structure plaçant ses cliffhangers au petit bonheur la chance. C’est l’interaction entre les individus. Straczynski et les Wachowskis font ici preuve d’une sensibilité et, parfois, d’une poésie véritablement magique. Ajoutons d’ailleurs que l’utilisation de la musique fait un bien extraordinaire à ce genre de séquences. On peut même dire que les plus grands moments de bravoure de Sense8 passent par ces instants musicaux extrêmement bien mis en scène et pensés. Ne serait-ce que pour What’s Going On dans l’épisode 4 ou pour la sublime scène du concert dans l’épisode 10 What is Human?(un petit chef d’œuvre à elle seule), la série mérite le coup d’œil. C’est dire !

    L’humanité donc. C’est l’humanité de Sense8 et sa capacité à passer du rire aux larmes, de l’émerveillement à l’abattement qui permet finalement à la création la plus risquée de Netflix de se maintenir à un niveau correct. Elle a aussi la bonne et plaisante idée d’offrir une vision de l’homosexualité et de la transsexualité des plus touchantes, traitant avec le même respect et la même importance les différents personnages quelque soit leur orientation sexuelle (et l’on en attendait pas moins des sœurs Wachowskis qui ont dû mettre beaucoup de leur vécu à l’intérieur du récit de Nomi). Le tout culminant dans une scène de sexe follement audacieuse mais juste scotchante sur la musique Demons de Fatboy Slim. Au fond, Sense8 parle de l’humain et elle le fait bien, elle oublie juste de maintenir le spectateur en haleine dès le départ. Espérons que la saison 2, que l'on attend pour 2017, permette de corriger le tir et offre enfin un format et des enjeux à la hauteur de l’intense humanité qui rayonne de ses personnages.
     

    Note : 7/10

    Meilleure réplique : "What is human ? An ability to reason ? To Imagine ? To love or grieve ? If so, we are more human than any human ever will be."

    Meilleur épisode : Episode 10 What is Human ? 

     

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  • Commentaires

    1
    Mardi 12 Avril 2016 à 08:55

    J'ai été scotché dès le début de la série, et j'ai justement beaucoup aimé ce rythme et cette lenteur : )
    En tout cas j'ai adoré cette première saison, et j'ai hâte de voir la direction que prendra la suite.

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