• [Critique] Un Pont sur la brume

    [Critique] Un Pont sur la brume
    Prix Hugo 2012 catégorie meilleure novella
    Prix Nebula 2012 catégorie meilleure novella

     Auteure reconnue Outre-Atlantique, l'américaine Kij Johnson ne compte plus ses nominations pour le prix Hugo, Nebula ou le World Fantasy Award. En peu des romans et une foule de nouvelles, elle s'est imposée comme une des figures de proue du genre. Pourtant, son oeuvre ne commence qu'à peine à être traduite en France. Déjà mise en avant dans l'excellente revue numérique Angle Mort (qu'on vous recommande chaudement au passage) avec les nouvelles Mélée et Poneys, c'est aujourd'hui grâce aux éditions du Bélial et leur collection de novella Une Heure Lumière que Kij Johnson fait reparler d'elle à travers Un Pont sur la brume

    Lauréate des prix Hugo et Nebula en 2012, Un Pont sur la brume est un texte fantasy décrivant un monde étrange où des fleuves et des océans de brume cachent des créatures dangereuses : les Géants. Entre Procheville et Loinville, l'Empire a décidé de bâtir un pont sur la brume pour faciliter les échanges. L'architecte Kit Meinem d'Atyar a été choisi pour reprendre le projet en main. Confronté à un univers qu'il ne connaît pas, Kit va rencontrer Rasali Bac, une femme de caractère qui fait traverser le fleuve aux habitants malgré les dangers qui les guettent. Durant les 124 pages de cette histoire, Kij Johnson va nous raconter la construction de ce fameux pont tout en plongeant dans le passé de Kit Meinem en parallèle. Ce qui aurait pu être un texte de fantasy lambda prend alors une tournure plus intimiste et sensible.


    Un pont sur la brume commence comme beaucoup d'histoires fantasy. Un homme seul arrive dans un village qu'il ne connaît pas, il débarque de la ville et n'est à priori pas très à l'aise avec les gens de la campagne. Très vite pourtant, Kij Johnson évacue les poncifs d'un récit qu'on pensait cousu de fil blanc pour se recentrer sur des sujets autrement plus passionnants. La longue et difficile construction du pont revêt en réalité un caractère à la fois symbolique et humaniste. Voici l'histoire d'un homme (et de myriades d'autres sous ses ordres) qui s'échinent à bâtir un lien, à s'unir. Le fleuve de brume, traversé par des bacs archaïques, prend des allures de Styx que les hommes tentent de domestiquer ou, du moins, de déjouer. Kij Johnson raconte avec sensibilité et douceur les liens qui se tissent entre l'homme venu pour construire un symbole d'union, un ouvrage qui changera le monde, et ces habitants d'une contrée jusqu'alors ignorée ou peu s'en faut.

    La dimension humaine prend alors le pas sur toute autre considération. Bien sûr, on salue l'habilité de l'auteure pour ébaucher un monde fantasy fascinant, d'autant plus fascinant qu'il reste encore tant à découvrir à son propos, mais c'est bien les personnages qui traversent le récit qui donnent tout son intérêt à la novella. Kit Meinem devient au fur et à mesure des pages un homme aussi sensible et humain que les autres, qui s'écroule en pleurs alors qu'une femme meurt par accident sur un chantier, loin des regards. Dans les bras de Rasali et à travers leurs relations, Kij Johnson montre une certaine philosophie de la vie : peu importe une grande victoire ou mille petites, il faut vivre. Le regard touchant porté sur le métier de Rasali, condamné à disparaître avec l'apparition du pont, renvoie à l'évolution technologique de notre société ou comment des professions entières s'effacent avec le temps...pour renaître sous une autre forme. C'est la mélancolie douce qui berce les dernières pages d'Un Pont sur la brume qui permet de comprendre que le temps qui passe n'est pas forcément un ennemi...mais juste la vie. Le côté pittoresque des deux villages, le mode de vie simple de ses habitants, le courage de centaines d'ouvriers anonymes mais aussi la reconnaissance des hommes et femmes de rien, c'est aussi cela la magie de la novella de Kij Johnson. Un regard attendri et plein de fierté pour le peuple d'en bas, celui des humbles qui bâtissent eux aussi le futur à leur manière.

    On finira tout de même sur une remarque purement comparative. Un Pont sur la brume a remporté le prix Hugo 2012 face à...L'homme qui mit fin à l'histoire de Ken Liu, l'autre novella publiée dans la collection Une Heure-Lumière en cette rentrée littéraire 2016. Si le texte de Kij Johnson est un très beau texte, il n'en reste pas moins infiniment inférieur à celui de Liu, bien plus important, plus fort et plus intelligent. Cela, évidemment, sous réserve de lire par la suite les autres textes nommés dans cette même catégorie pour l'année 2012.

    Un Pont sur la brume fait la part belle à l'humain. Ce grand texte à la sensibilité poignante nous sert deux personnages magnifiques et se penche sur le progrès technologique autant que sur les hommes et femmes qui le vivent. Une belle aventure dans un monde intriguant et portée par une plume des plus prometteuses. 


    Note : 9/10

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  • Commentaires

    1
    Samedi 27 Août 2016 à 21:42

    Une bien belle critique qui donne envie d'en savoir plus.

     

    Merci.

    2
    Lundi 3 Octobre 2016 à 09:43

    les goûts et les couleurs entre le Liu et le Johnson. Je trouve que si le Liu est intellectuellement impressionnant, Un pont sur la brume est émotionnellement plus prenant.

    Mais bon les deux méritent clairement le détour.

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