• [Critique] Valerian et la Cité des mille planètes

    [Critique] Valerian et la Cité des milles planètes

     Classique de la bande-dessinée de science-fiction, Valerian et Laureline est l'oeuvre de Pierre Christin et Jean-Claude Mézières. Avec vingt-trois albums publiés depuis 1967, il s'agit d'une saga culte pour de nombreux lecteurs. Luc Besson, réalisateur de Léon et du Cinquième Élément, en acquiert les droits en 2015 pour l'adapter sur grand écran sous le titre de Valerian et la Cité des mille planètes. Blockbuster de 180 millions de dollars (!!), il emmène à son bord un couple de jeunes premiers : Dane DeHaan (Chronicle, The Amazing Spider-Man 2...) et Cara Delevingne (la chanteuse et mannequin que l'on avait déjà aperçu dans Suicide Squad). Véritable crash au box-office américain, le film a également été étrillé par la critique US malgré l'énorme succès du précédent métrage de Besson, Lucy, outre-Atlantique. Que vaut réellement cette super-production à la française ?

    Clarifions d'abord les choses. Valerian est un film de science-fiction d'un sous-type particulier : le space-opera. Il s'inscrit dans le même registre que Star Wars ou Les Chroniques de Riddick. C'est aussi, et surtout, un blockbuster dans la droite lignée des productions hollywoodiennes. Dernière chose, Valerian est mis en scène ET écrit par Luc Besson lui-même. Le (très) gros problème, c'est que Besson n'a plus rien réalisé de bien depuis 1997 (Le Cinquième Élément justement) si l'on excepte son biopic correct (mais très académique) intitulé The Lady. Valerian, c'est donc du quitte ou double. On y entre pourtant avec un enthousiasme non dissimulé car Besson plonge tête la première dans le space-opera et la SF comme il ne l'avait pas fait depuis Le Cinquième Element.

    La première partie du film fait d'ailleurs immensément plaisir. Simplement parce qu'elle renoue avec une folie visuelle et créative qui réjouit. La multiplicité des races extra-terrestres à l'écran, les nombreuses trouvailles de mise en scène (le marché invisible, simplement fantastique) et un sense-of-wonder délicieux. Nous sommes bel et bien dans un space-opera ambitieux...sur le plan visuel. Besson renoue avec la foisonnance du Cinquième Élément ainsi qu'avec son extravagance en termes de costumes et de xénomorphes. C'est fou, c'est bon, et ça fait du bien. Les effets spéciaux (globalement excellent malgré quelques incrustations perfectibles) clouent le spectateur à son siège dès l'introduction sublime sur la planète des Pearls. Arrive ensuite nos deux héros, Laureline et Valerian qui vont dès lors enchaîner courses-poursuites et scènes d'action brillamment mises en scènes. Puis, une fois ces premiers sommets passés, le film se recentre sur la fameuse Cité des mille planètes pour installer son intrigue. C'est là que tout dérape.

    A partir de ce moment, la brèche dans la coque du vaisseau Valerian apparaît très clairement : le scénario. Non seulement on ressent de désagréables sensations de déjà-vu avec le Cinquième Élément (un duo de héros en fuite perpétuelle, une danse mémorable au 2/3 du film, une menace de fin du monde...) mais, surtout, celui-ci s'avère simpliste. Trop simpliste. Pour n'importe quel amateur de science-fiction et/ou de cinéma, l'intrigue sera cousue de fil blanc avec des twists qui n'en sont absolument pas. En réalité, Besson est tellement préoccupé par l'esthétisme de son film (sur lequel il n'y a franchement rien à redire) qu'il en oublie ses personnages et le fond de son aventure. Laureline et Valériane par exemple, sont tellement clichés que cela en devient ridicule. Le fil rouge de leur intrigue : "Tu vas m'épouser ou pas ?". Mais...franchement... Les deux acteurs n'ont aucune profondeur. Ajoutez à cela une Cara Delevingne médiocre (cette pseudo-actrice ne sait définitivement pas jouer !) et vous obtenez une immense déception narrative. En face, le grand méchant de service joué par un Clive Owen totalement sous-exploité (souvenez de son excellence dans Les Fils de l'homme et The Knick) se révèle du même tonneau. Il est méchant, très méchant, et encore un peu méchant derrière. Il n'y a aucun début de nuance. 

    On pourrait espérer quelques originalités dans la course de l'intrigue elle-même mais...non. Valerian, c'est du rollercoaster. Un enchaînement de séquences visuellement bluffantes (et qui permettent de maintenir l'attention du spectateur sur plus de 2h de film) mais cruellement vides. Pire encore, aucune émotion ne se dégage, l'alchimie qu'on trouvait entre les protagonistes du Cinquième Élément ne marche pas ici. La faute également à un trop plein de caméos où l'on voit défiler Alain Chabat, Matthieu Kassovitz, Ethan Hawke ou encore...Rihanna. Le cas de cette dernière est d'ailleurs surprenant. Profitant d'une excellente séquence d'introduction, elle se révèle en vérité être un joli personnage en plus d'une actrice tout à fait respectable. Elle ne dénote cependant pas dans la narration de Besson en finissant expédiée pour ne pas perdre le rythme. La dernière partie, une fois que l'on a déjà largement tout deviné de l'intrigue, nous dévoile une longue et pesante explication du comment et pourquoi de l'histoire. Luc Besson prend par la main son spectateur si jamais celui-ci aurait été trop stupide pour avoir tout compris lui-même. On assiste, désabusé, à un long résumé de l'intrigue par Valerian...digne d'un épisode de série policière cheap. On se demande pourquoi Besson en arrive là...

     Valerian et la Cité des mille planètes n'est pas le mauvais film qu'on dit mais n'est pas non plus la réussite que claironne certains. Luc Besson reste un brillant réalisateur capable de nous scotcher dans un univers de SF foisonnant et ultra-généreux. Il reste aussi un pitoyable scénariste qui déroule une intrigue insignifiante et ébauche des personnages creux. A l'heure où des blockbusters comme War of The Planet of the Apes et Baby Driver tirent le meilleur de ce type de super-productions que l'on pensait définitivement inintéressantes, Valerian fait fausse-route. 
    Une magnifique coquille vide en somme.

     

    Note : 6.5/10

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